‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 75 sur 99 · ACT:E TROISIÈME 1I · texte numérisé non relu

ACT:E TROISIÈME 1I

ANTOINETTE

Quand tu lui as parlé de fixer une date, elle a accepté tout de suite la première que tu proposais!

CHARLES, pensif.

Oui, c'est vrai... Elle a accepté sans hésiter. Elle a accepté cela comme on accepte n'importe quoi, quand on n'attache plus beaucoup de prix à rien. Mais moi, je n'aurais peut-être pas dû le recevoir, ce cadeau qu'elle me faisait d'elle-même avec indifférence. Je n'aurais peut-être pas dû le recevoir de son découragement et de sa lassitude... Dieu sait qu'en l'arrachant à ce danger qui la menaçait là-bas, en restant sourd aux objurgations et aux menaces de l'autre, en l'emmenant presque de force, je crois avoir agi pour son bien... Mais ensuite, ensuite, en lui demandant de me confirmer cet engagement pris dans l'affolement d'une heure de crise... en faisant d'elle ma femme malgré tout ce que je sentais en elle, ai-je vraiment agi plus pour son bonheur que pour le mien?... Ça, je me le demande I Et quelquefois, vois-tu, cela me... cela me tourmente... Qu'est-ce que tu en penses?

ANTOINETTE, haussant les épaules.

Je penses que tu es fou I

CHARLES

Ahl En tout cas, maintenant c'est fait, c'est fait! Ce qui arrivera, on le verra bien I... Et puis, quand même, après tout, ma vie n'est pas là tout entière. J'ai mes travaux, ma carrière. J'ai... j'ai ton atfection. Et un jour viendra peut-être tout de même où sinon l'amour, du moins un peu d'intimité et de douceur, entrera ici. Je m'en contenterai parfaitement !

(Un silence. Il a dit tout cela tète baissée ; d'un autre ton.)

Je te dis tout cela, tu sais, ce n'est pas vrai.

ANTOINETTE

Je sais bien.

CHARLES

Non, la vérité, c'est que j'ai mis à présent tout mon bonheur dans cette petite fille et que rien n'existe plus pour moi, en dehors d'elle. C'est absurde,

c'est fou, mais c'est comme cela. (Un temps. D'une voix hasse ) Je SUIS très malheureux 1 (Antoinette lui prend la

main doucement.) Et ce qui m'enrage, vois-tu, c'est que là où j'ai échoué, un autre, peut être, aurait réussi. Ça ne suffit pas, décidément, d'aimer bien, d'être sincère et pas méchant. Il faut autre chose pour séduire, pour conquérir, pour entraîner... une force, un pouvoir, un magnétisme, quelque chose d'extraord naire enfin que je n'ai pas, moi... On m'a déjà dit çi. Je ne le croyais pas... Je le crois à présent.

ANTOINETTE, indignée.

Par exemple! Qui t'a dit cela?

GHAALES, laconiquement, d'une voix sourde.

Quelqu'un I

ANTOINETTE, avec véhémence.

Eh bien, moi, je te dis qu'il t'a menti, celui-là, que Dersonne n'est plus fait que toi, pour être aimél

CHARLES, souriant.

Ma pauvre Antoinette, tu ne me vois pasi

ANTOINETTE, avec vivacité.

Mais si, très bien, je te jure et ce n'est pas parce que je suis ta sœur.,. Je connais des femmes, tu n'aurais eu qu'un geste à faire, et elles auraient été folles de toil... (Charles se met à rire.) Parfaitement I... Et

Page 1