ACTE TROISIEME
si profondes Ji/Térences que j'ai renoncé une fois pour toutes à vous comprL'ndre.
Aujourd'hui je compte m'expliquer assez clairement pour que tu ne puisses, sous aucun prétexte, t'en dispenser ! Ecoute I Pendant ces six mois que je viens de passer, j'ai beaucoup changé. Je ne suis plus tout à fait l'homme léger que tu raillais autrefois; j'ai plus réfléchi que dans toute mon existence. Je me suis jugé et j'ai jugé les autres comme moimême... sans indulgence. Du point où je la regarde à présent, ma vie n'a pas valu grand'chose. Je l'ai gâchée sottement. J'ai... Mais ce qui est fait est fait. Il est trop tard pour recomuiencer. Parlons de toi.
CHARLES
Oui ! Et que je sache enfin de quoi vous m'accusez 1
ROGER
Tu vas le savoir... Pendant vingt ans, je me suis occupé de toi, je t'ai accueilli chez moi avec bonté, avec amitié. Est-ce vrai?
CHARLES
C'est vrai.
ROGER
Eh bien, je t'accuse de la plus effroyable ingratitude 1 (Mouvement de Charles. Le coupant, avec autorité.)
Ne m'interromps pas! Tais-toi! Tu me répondras après si tu veux, si tu peux !... Depuis six mois, une rupture profonde s'est faite entre ma femme et moi... une rupture telle que rien peut-être ne nous rapprochera plus désormais et que nous vivrons, à la fois prés et loin l'un de l'autre, sans pouvoir oublier,
sans pouvoir pardonner. (Nouveau mouvement de Charles.) Cette maison où tu avais ta place de familier.
tu l'as ruinée et désolée. Au moment où elle était tranquille, souriante et heureuse, tu y as introduit, volontairement, le drame, le drame qui sans toi peutêtre n'eût jamais éclaté!
CHARLES
Allons donc I II couvait sous cette tranquillité hypocrite. Et ce bonheur que vous osez m'accuser d'avoir détruit, tout déjà le menaçait.
ROGER
Rien ne le menaçait *. Ce bonheur inespéré que je ne méritais pas, je l'avais cependant. Il éclairait et remplissait merveilleusement mon existence. (Avec
unô mélancolie et un regret amer.) C'était peut-être pOUT
moi la pente d'une vieillesse heureuse. J'aurais fini dans cet amour que je ne me connaissais pas, que je n'osais pas m'avouer et qui prenait si bien l'âge de mon cœur. Tu ne l'as pas voulu *... Non seulement ta jalousie âpre, furieuse, injustifiée, sans droits, s'est férocement ruée contre cet amour innocent et sans défense pour me l'arracher, mais elle a pris le soin cruel de le révéler à mon inconscience, d'apporter partout sa lumière impitoyable pour que je souffre, l'ayant perdu, d'une souffrance plus précise, plus désespérée et plus inguérissable !
CHARLES
En vérité, je vous écoute avec stupeur... Vous êtes là à vous lamenter dans votre égoïsme. Et, pas un instant, vous n'avez l'air de vous douter que, dans ce conflit douloureux, vous n'étiez pas le plus intéressant 1 Mais non, mais non. Votre destinée était accomplie. Bonne ou mauvaise, votre existence était faite!... Ah! comme sans le vouloir vous m'auriez justifié, si j'avais besoin de l'être, d'avoir pris l'intérêt de celle qui pouvait être la seule, la vraie vie-,