ACTE TROISIEME
time, du petit être qui s'en allait, incertain, igno. rant, parmi les embûches et les obstacles, sur le mauvais chemin de la vie.
ROGER, les bras croisés.
Et c'est toi, n'est-ce pas, qui as eu ce beau rôle de protecteur de l'innocence ! C'est par abnégation, c'est par devoir, c'est pour son bien et pour son honneur que lu as fait ce que tu as faiti
CHARLES
Oui, je le jurel
ROGER, éclatant de rire.
Et le plus fort, peut-être, c'est qu'il le croit... Ah! bel honnête homme, va, homme de devoir qui a su s'entourer de bonnes raisons, justifier par de louables mobiles les convoitises de son instinct... A ton tour d'apprendre quelque chose de moi; à moi de t'éclairer sur toi-même. Car je te connais, parce que je me connais, et, si dissemblables que tu nous croies, il y a tout de même entre nous une ressemblance.
CHARLES, avec force
NonI
ROGER
Si I C'est la ressemblance qui existe entre tous les hommes... C'est cet instinct brutal qui fait que nous nous ruons, quels que soient nos idées, nos sentiments, sur l'être vers qui nous pousse une force obscure irrésii-tiblc. Et c'est à ton instinct que, le sachant ou ne le sachant pas, faut-il que je t'apprenne cela, tu as obéi!... Je t'ai vu suggérer la défiance autour de moi, fomenter le trouble, démolir mon foyer, sans pitié, sans merci, pour emporter au lien la femme que tu voulais et dont tu t'es emparé malgré elle.
.io-2 JEUNESSE
CHARLES
Ce n'est pas vrai.
ROGER
C'est vrai I Lâchement, tu as abusé du hasard qui te l'offrait.
CHARLES, révolté.
Taisez-vous donc! Mais vous l'eussé-je, de force.., de force, entendez-vous I arrachée à cette heure critique, que j'en avais le droit... le devoir !... Oui, j'ai bien fait, mille fois bien fait de mettre mon mariage entre vous comme un infranchissable obstacle. Et la vie est là pour me donner rai.?onI,.. Quand j'ai emmené ma femme, elle vous aimait. Elle ne m'aimait pas! Après?.. J'ai le temps d'attendre, moi, je suis jeune! Mille pensées, mille élans naturels. mille joies fougueuses nous sont communs qui doivent nous rapprocher fatalement. C'est toute la vie que je lui assurais!... C'est le foyer... C'est l'enfant futur ! Et vous-même si vous aviez été libre, que pouviez-vous faire de cette existence qui commence prés de la vôtre qui s'achève. Tout ce qui nous unit vous séparait!
ROGER
Rien ne sépare deux êtres qui se vouent librement l'un à l'autre. De quel droit oses-tu interpréter la nature et parler en son nom avec cette assurance. Elle est mystérieuse. Elle fait n;iilre l'amour où elle veut, comme elle veut; et le pire crime, celui que je te reproche, vois-tu bien, pour lequel je le liais, c'est l'abus monstrueux de la force. Tu l'as commis sans cesse, quand tu l'as einiuenée, (juand tu me l'as cachée, quand, plus tarJ, prulitant d'une parole extorquée, tu l'as épousée conlie sa volonté sincère el profonde. Tu le commets encore aujourd'hui en ;o