‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 98 sur 99 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ROGER, frappé.

A moi ! (il s'est rapproché d'elle, elle le regardé et a un involontaire mouvement de recul dont il s'aperçoit.) Ne regardez pas, Mauricette, mon visage que les insomnies ont creusé, où les larmes, en coulant, ont laissé leur trace passagère. Ça, c'est I3 visage de mon mallieur, de mon désespoir, de ma solitude! Demain peut-être le bonheur m'en aura fait un autre... (passant la main sur son visage.) Et quand même... quand même, après tout c'est mon amour pour vous qui s'est inscrit là, sur ces rides qu'il a creusées!.. (Avec désespoir.) Je peux être laid et vieux pour les autres, mais pas pour vous, n'est-ce pas, pas pour vous?... D'ailleurs, l'âge ne s'écrit pas là, mais là (il touche son cœur.) et ce cœur-là, plein de vous, s'est conservé jeune pour vous ! (.wec une agitation désespérée.) Mais dites-moi donc que tout n'est pas fini, Mauricette! Rappelez-vous... là-bas,., autrefois...

* MAURICETTE, avec embarras.

Autrefois, je ne réfléchissais pas, je ne savais pas... Je sais maintenant qu'on a... des responsabilités... des devoirs...

ROGER, la regardant avec effroi.

Gomme on a pris sur vous de l'influence... Charles?

MAURICETTE, les yeux baissés.

Il a été très bon pour moi. (Mouvement de Roger.) Oui,

très bon. Je ne peux pas oublier comme il s'est montré patient et tendre malgré ses apparences rudes, avec des gestes qu'il faisait doux pour moi, comme ceux d'une maman... Jamais il n'a eu seulement une brusquerie, un mouvement qui lui échappât... Il m'a caché sa peine pour m'en éviter le remords; je n'ai jamais vu ses larmes, mais souvent ses yeux rouges, d'avoir cleurc seul 1...

ROGER, la regardant.

Comme vous parlez de lui I

MAUniGETTE, avec un peu de gêno.

C'est bien naturel... On ne vit pas près d'un homme comme Charles sans reconnaître peu à peu ses qualités, sa valeur... sans... sans être touchée de ce qu'il a fait pour vous, sans... sans l'apprécier, enfin...

ROGEO, la regardant toujours avec une jalousie souffrante.

Ah! (un temps, avec désespoir.) Mais moi aussi je ne vis que par vous, que pour vous !.. Mauricelte !.. *(ii

tend les bras vers elle, puis les laisse retomber avec désespoir.) Mon Dieu, c'est fini... Oh! Je comprends... De loin on se fait des illusions, on croit ce qu'on veut croire. On vient, on voit... (Accablé.) Et voilà... et voilà I

MAURIGETTE.

Pardonnez-moi, pardonnez-moi ! Ce qui s'est passe en moi, je ne le sais pas moi-même... On ne se connaît pas bien. C'est la vie qui vous mène, qui vous pousse... (Très émue, pleurant presque.) On n'est pas responsable... Ce n'est pas ma faute, ce n'est pas ma faute !

ROGER, tristement.

Non, ce n'est pas votre faute ! Ce qui arrive devait arriver, la jeunesse va vers la jeunesse... C'était forcé, c'était fatal ! On ne peut rien à cela ! Ah! vieux

fou que j'étais !.. (Mauricelto va pour parler. Doucement.)

Non, ne parlez pas. Toutes vos paroles sont cruelles malgré vous, cruelles comme cette jeunesse que j'ai adorée en vous... (pius bas.) que j'adore encore .. Laissez-moi vous regarder seulement. . regarder une dernière fois le visage de ma petite Mauricette d'autrefois... (il la regarde longuement, avec douleur.) Et main-

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