‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 10 sur 180 · ire partie, chap. m. — 2. Ibid., chap. iv. 3. h« partie · texte numérisé non relu

ire partie, chap. m. — 2. Ibid., chap. iv. 3. h« partie

entière; elle lui a tout sacrifié, ses devoirs, ses intérêts, son repos, sa réputation. Pour lui, elle a joué sa fortune et sa vie. Elle est entrée dans les conduites les plus équivoques et les plus contraires. C'est La Rochefoucauld qui Ta jetée dans la Fronde , qui l'a fait, à son gré, avancer ou reculer, qui Ta rapprochée ou séparée de sa famille, qui Ta gouvernée absolument. En un mot, elle a consenti à n'être entre ses mains qu'un instrument héroïque. Sans doute la passion et l'orgueil ont pu de temps en temps trouver leur compte dans cette vie d'aventures et dans ces périls énergiquement bravés; mais de quelle trempe était l'âme qui mettait en cela sa consolation I Et, comme il arrive d'ordinaire, l'homme auquel elle se dévouait n'était pas entièrement digne d'elle. Il avait infiniment d'esprit ; *mais il était profondément égoïste, petitement ambitieux, et jugeant des autres sur lui-même, subtil aussi daiis le mal comme elle l'était dans le bien, plein de raffinement dans son amour-propre et dans la recherche de ses intérêts, le moins chevaleresque des hommes en réalité, quoiqu'il affectât toutes les apparences de la plus haute chevalerie. Aussi, dès qu'il croit que Mme de Longueville a un moment chancelé loin de lui et trop écouté le duc de Nemours, il se retourne contre elle et la poursuit du plus misérable ressentiment. Il la noircit auprès de son frère; il révèle les faiblesses dont il a profité; et quand elle est tout occupée à

réparer les torts de sa vie, quand elle les expie par la plus dure pénitence, il fait imprimer à l'étranger des mémoires où il la déchire et qu'il n'a pas même le courage d'avouer ', comme un peu plus tard il fera faire par Mme de Sablé des articles de journal à sa gloire, qu'il corrigera de sa propre main, ôtant soigneusement les petites critiques qui avaient été mises pour donner du poids aux louanges 9; en sorte que la pauvre femme, en revenant des Carmélites ou de Port-Royal, eût pu rencontrer, dans les rares salons où elle allait encore, l'histoire de ses amours et la peinture de ses défauts* tracés de la main de celui qui eût dû mourir pour la défendre, fût-ce même contre la vérité. La Rochefoucauld, après la Fronde, arrangea très-bien ses affaires avec la cour; il s'y ménagea et s'y soutint; il monta dans le carrosse de Mazarin en disant le mot fameux : tout arrive en France ; il sollicita et obtint de grandes grâces pour son fils ; il brigua pour lui-même la place de gouverneur du Dauphin, qui fut donnée à Montausier ; il sut s'entourer de femmes aimables , qui toutes en étaient avec lui à l'admiration et aux petits soins, et dont l'une, Mme de La Fayette, lui consacra

1. Personne n'a été dupe du désaveu qu'il fit par politique des passages de ces mémoires qui regardaient Condé et sa sœur, car ce sont précisément les plus travaillés et qui trahissent le plus sa main. Ils révoltèrent la conscience publique, dont l'interprète est M"» de Motteville, t. V,p. 114-11», et p. 132

3, Voyez la m* partie.

sa vie et remplaça Mme de Longueville, Combien la conduite d'Anne de Bourbon est différente ! L'amour l'avait engagée dans la Fronde , l'amour l'y avait soutenue ; dès que l'amour lui manque, elle ne sait plus où elle en est. L'altière héroïne qui, pour faire la guerre à Mazarin, avait vendu ses pierreries, engagé sa fortune, traversé la mer dans une barque et pensé s'y noyer, soulevé le Midi et tenu en échec la puissance royale, dès qu'il ne s'agit plus que d'elle, se retire de la scène, rentre dans l'ombre, se voue à la solitude à trente-cinq ans et dans toute sa beauté, ne retenant du passé de sa vie que le souvenir de ses fautes, comme Mlle de Lavallière. Àh ! sans doute il eût mieux valu lutter contre son cœur, et à force de courage et de vigilance se sauver de toute faiblesse. Nous mettons un genou en terre devant celles qui n'ont jamais failli ; mais quand à Mlle de Lavallière ou à Mme de Longueville on ose comparer Mme de Maintenon , avec les calculs sans fin de sa prudence mondaine et les scrupules tardifs d'une piété qui vient toujours à l'appui de sa fortune, nous protestons de toute la puissance de notre âme. Nous sommes hautement pour la sœur Louise de la Miséricorde et pour la pénitente de M. Singlin et de M. Marcel '• Nous préférons mille fois l'opprobre dont elles essaient en vain de se couvrir, à la vaine considération qui a entouré, dans une cour dégénérée, Mme Scarron de-

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