tn« partie
Zi INTRODUCTION.
venue en secret la femme de Louis XIV. Deux choses seules nous touchent , la vertu vraie et la passion vraie : Tune, qui est au-dessus de tout et que Dieu seul peut dignement récompenser; l'autre, qu'il ne
faut pas trop célébrer , mais qui a son excuse au moins et une sorte de grandeur dans ses élans désintéressés, dans ses sacrifices, dans ses souffrances, surtout dans ses expiations.
Comprenons donc bien M™ de Longueville. Ce n'est point du tout une politique comme la Palatine; elle n'a eu aucun véritable esprit de conduite. C'est une niaiserie de l'accuser de n'avoir pas eu de consistance et de caractère propre : son vrai caractère et l'unité de sa vie doivent être cherchés où ils sont, dans son dévouement à celui qu'elle aimait. Elle est là tout entière et toujours la même, à la fois conséquente et absurde, et touchante jusque dans ses folies.
Je mets tous ses mouvements désordonnés sur le compte de l'esprit inquiet et mobile de La Rochefoucauld. C'est lui qui est l'ambitieux, c'est lui qui est l'intrigant; c'est lui qui erre de parti en parti à tort et à travers selon les circonstances, uniquement occupé de ses intérêts, et sans nul autre grand mérite qu'un esprit fertile en expédients de toute sorte et une bravoure brillante sans talent militaire. Et j'attribue à Mme de Longueville, au sang des Condé, à ce grand cœur qui éclate partout en elle, je lui attri-
bue l'audace dans le danger, un certain contentement secret dans l'excès du malheur, et après les revers une fierté devant les victorieux qui ne le cède point à celle du cardinal de Retz. Mme de Longueville aussi ne baissa pas les yeux; elle les détourna sur un plus digne objet. Une fois frappée dans le point qui était tout pour elle, elle dit adieu aux affaires et au monde, sans demander grâce à la cour, et demandant pardon à Dieu seul.
Ainsi considérées, toutes les critiques qu'on a pro. diguées à Mme de Longueville lui tournent en apologie.
La Rochefoucauld, après avoir fait de Mn,ede Longueville l'éloge que nous en avons cité, ajoute : «Mais ces belles qualités étaient moins brillantes à cause d'une tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que bien loin de donner la loi à ceux qui avaient une particulière adoration pour elle, elle se transformait si fort dans leurs sentiments qu'elle ne reconnaissait pas les siens propres. En ce temps-là le prince de Marcillac avait part dans son esprit, et comme il joignait son ambition à son amour, il lui inspira le désir des affaires, encore qu'elle y eût une aversion naturelle. » Cette tache que lui reproche ici La Rochefoucauld est précisément son auréole, celle de la femme aimante et dévouée.
Le futur auteur des Maximes ne fait pas difficulté d'avouer qu'il s'attacha à elle autant par intérêt que
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par affection. Après une telle déclaration, on n'est guère reçu à s'écrier cbevaleresquement :
Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurai» faite aux, dieux.
Non, ce n'est pas pour lui plaire que vous vous êtes' engagé dans la Fronde ; vous vous y êtes jeté de vous-même par la passion du mouvement et de l'intrigue. Vous le reconnaissez : elle avait une aversion naturelle pour les affaires ; elle vous y a suivi contre son goût et ses intérêts manifestes.
La Rochefoucauld raconte, dans la nouvelle partie de ses Mémoires l , comment et dans quelles vues il se lia avec M0* de Longueville* II cherchait à se venger de la reine et de Mazarin ; pour cela, il avait besoin du prince de Gondé; il s' efforça d'arriver au frère par la sœur* Laissons- le parte lui-même : « Tant d?imitilité et tant de dégoûts me donnèrent enfin- d'autres pensées et me firent chercher des voies périlleuses pour témoigner mon ressentiment à la reine et au cardinal Mazarin. La beauté de M™ de Longueville, son esprit et tous les chaînes de sa personne attachèrent à elle tout ce qui pouvait espérer d'en être souffert Beaucoup d'hommes et de femmes de qualité essayèrent de lui plaire; et pardessus les agréments de cette cour, M"* de Longueville était alors si unie avec toute sa maison, et si *
1. Publiée en 1817, par M. Renouard, et qui se trouve aussi dans Hôdittaa de Petit*!, t* LI, p. 993,
tendrement aimée du duc d'Enghien, son frère, qu'on pouvait se répondre de l'estime et de l'amitié de ce prince quand on était approuvé de Mme sa sœur. Beaucoup de gens tentèrent inutilement cette voie et mêlèrent d'autres sentiments à ceux de l'ambition. Miossens, qui depuis a été maréchal de France, s'y opiniàtra le plus longtemps, et il eut un pareil succès. J'étais de ses amis particuliers, et il me disait ses desseins. Ils se détruisirent bientôt d'euxmêmes : il le connut et me dit plusieurs fois qu'il était résolu d'y renoncer ; mais la vanité, qui était la plus forte de ses passions, l'empêchait souvent de me dire vrai, et il feignait des espérances qu'il n'avait pas et que je savais bien qu'il ne devait pas avoir. Quelque temps se passa= de la sorte, et enfin j'eus sujet de croire que je pourrais faire un usage plus considérable que Miossens de l'amitié et de la confiance de Mme de Longueville. Je l'en fis convenir lui-même. H savait l'état où j'étais à la cour; je lui dis mes vues, mais que sa considération me retiendrait toujours, et que je n'essaierais point à prendre des liaisons avec Mine de Longueville , s'il ne m'en laissait la liberté. J'avoue même que je l'aigris exprès contre elle pour l'obtenir, sans lui rien dire toutefois qui ne fût vrai. Il me la donna tout entière ; mais il se repentit de me l'avoir donnée quand il vit les suites de cette liaison. »
L'ennemie déclarée de Mme de Longueville est sa
belle-fille , Mmc de Nemours , d'un caractère tout opposé au sien, judicieuse mais sèche, très-légitimement portée pour M. de Longueville son père, qu'elle disputait à l'influence de sa femme et poussait du côté de la cour. Dans ses Mémoires, elle-même reconnaît le parfait désintéressement de Mme de Longueville, son sincère attachement à son frère, et son peu de goût pour la politique : « L'on l s'étonnera sans doute que Mme de Longueville ait été une des premières (à se jeter dans la Fronde) , elle qui n'avait rien à espérer de ce côté et qui n'avait aucun sujet de se plaindre de la cour... M. le Prince avait pour Mme sa sœur une extrême tendresse. Elle, de son côté, le ménageait moins par intérêt que pour l'estime particulière et la tendre amitié qu'elle avait pour lui... Mme de Longueville savait très-mal ce que c'était de politique » En même temps elle l'accuse
d'avoir cherché l'éclat et l'apparence, de n'avoir eu aucun motif solide dans sa conduite, d'avoir sacrifié à une fausse gloire la fortune et le repos, et tout cela sous l'influence de La Rochefoucauld. « Ce fut, ditelle, M. de La Rochefoucauld qui inspira à cette princesse tant de sentiments si creux et si faux. Gomme il avait un pouvoir fort grand sur elle, et que d'ailleurs il ne pensait guère qu'à lui, il ne la fit entrer dans toutes les intrigues où elle se mit que pour pouvoir se mettre en état de faire ses affaires par ce