Mémoires, t. Ier, p
LA ftOCHEFOUCAULD. 349
tout le reste par son père et par son frère ; 2* que ce s'est pas elle, comme on ne cesse de le répéter, qui jeta La Rochefoucauld dans la Fronde; que, loin de là, c'est La Rochefoucauld, et La Rochefoucauld seul, qui peu à peu l'y engagea, de dessein prémédité et par intérêt; 3° que la conduite de Mme de Longueville dans la Fronde doit être rapportée à La Rochefoucauld qui la gouvernait, et que la seule chose qui soit bien à elle est le caractère qu'elle déploya quand l'intrigue devint une tempête , quand il fallut payer de sa personne , jouer son honneur, son repos, sa fortune et sa vie, retenant encore sous la main d'un autre ce qu'elle ne pouvait jamais perdre , la hauteur d'âme et la brillante énergie de la sœur du grand Condé.
Nous n'avons pas ici à raconter la Fronde, à faire connaître ses péripéties, ses principaux personnages, les vrais ressorts de leur conduite, leur apparent patriotisme, leur réelle ambition, leurs mobiles espérances , leurs perpétuels changements. Nous ne voulons peindre que M"' de Longueville; c'est à elle, sans la séparer de son frère Condé , que nous nous attacherons dans ce dédale d'intrigues; ici même nous la montrerons seulement dans les débuts et les premières scènes de la Fronde.
Dès que La Rochefoucauld fut entré dans le cœur de M"16 de Longueville , il l'occupa tout entier. Elle mit à son service tout ce qu'elle avait de séductions
dans sa personne, de ressources dais l'esprit, de hardiesse dans le cœur. Insouciante de ses intérêts et tournant le dos à la fortune de sa maison , on la vit attaquer avec éclat ou miner par ses artifices cette royauté dont sa famille avait été l'appui, et qui était encore bien plus l'appui de sa famille. On la vit, oublieuse de ses plus justes ressentiments, même de son honneur, passer dans le camp de ceux qui, en 1643, avaient tenté de flétrir dans sa fleur sa jeune et pure renommée. On vit la fille des Condé livrée aux Vendôme et aux Lorrains, faisant cause commune avec Beaufort et avec Mm< de Chevreuse, et s' ex posant à rencontrer dans ce monde nouveau pour elle son ancienne et implacable ennemie, Mme de Montbazon. En vérité , il ne lui aurait manqué, si Guise n'eût pas alors été à Naples, que d'avoir à serrer la main qui tua Coligny !
Cependant La Rochefoucauld n'oubliait pas le motif qui lui avait fait désirer avec tant d'ardeur la conquête de M,ne de Longueville. Il avait voulu, lui-même nous l'a dit, arriver au frère par la sœur, et gagner à la Fronde la maison de Condé, qui jusqu'ici avait servi de rempart à la reine et à Mazarin.
M. le Prince était mort à la fin de 1646, et avec lui sa famille avait perdu son gouvernail politique. Mmc la Princesse demeura inébranlablement attachée à la reine ; mais Mme de Longueville n'eut pas grand'