CONDÉ
peine à entraîner tout d'abord parmi les mécontents le prince de Conti, qui, en attendant le chapeau de cardinal, n'était pas fâché de faire du bruit, déjouer un rôle, et d'acquérir une importance qui le relevât à côté de son frère. Elle n'eut pas besoin d'une grande habileté pour engager dans le parti des mécontents son mari, qui y inclinait naturellement Mais la grande affaire était d'y attirer Condé lui-même.
Celui-ci croyait avoir beaucoup à se plaindre du cardinal, k la mort de son beau-frère Brézé, en 1646, il avait demandé à lui succéder dans la charge de grand amiral de France. On n'avait pu ajouter cette charge à toutes celles que les Condé possédaient déjà; mais, par ménagement, la reine ne l'avait donnée à personne et se l'était attribuée à ellemême. M. le Prince, qui vivait encore, ambitieux et avide, avait vivement ressenti ce refus. L'impétueux Condé n'avait pas dissimulé sa colère. 11 était aussi fort irrité qu'on l'eût envoyé en Catalogne remplacer d'Harcourt, en lui promettant tout ce qu'il fallait pour y faire une campagne digne de lui, et qu'on l'eût laissé, sans les secours promis et énergiquement réclamés, entre une place forte qu'il ne pouvait emporter d'assaut dans l'état de ses troupes et une puissante armée qu'il ne pouvait ni attendre ni aller chercher, en sorte que sa vertu militaire l'avait obligé à lever le siège de Lérida et à se replier en bon ordre devant l'ennemi. Il sentait qu'il avait bien fait, mais
c'était la première fois qu'il reculait ; malgré lui , sa gloire en souffrait , et il se plaignait avec amertume de ce qu'il appelait la déloyauté dû cardinal. Enfin on l'envoyait en Flandre prendre le commandement d'une très-faible armée, non pas sans courage, mais sans discipline. D'ailleurs, il faut bien le dire, le vrai génie de Condé était pour la guerre. Là, encore une fois, il est le premier de son siècle, et l'égal des plus grands dans l'antiquité et dans les temps modernes, aussi ardent qu'Alexandre , aussi résolu que César, aussi fertile en expédients qu'Ànnibal, aussi capable que Napoléon de calculs précis et vastes, comme l'atteste le plan de campagne qu'il avait conçu en 1645 pour aller dicter la paix à l'Empereur dans Vienne. 11 possédait toutes les parties de l'homme de guerre. Il ne savait pas seulement enlever la victoire par la hardiesse de ses manœuvres, il savait la préparer, et, comme l'a dit Bossuet d'un tout autre personnage , ne rien laisser à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et prévoyance. Il était aussi bon administrateur militaire que général actif et entreprenant. Il a excellé dans l'art des campements et des sièges comme dans celui des combats , et il a devancé Vauban '. Tour à tour il avait cette audace qui confondit Mercy à Fribourg et à Nortlingen, et la forte prudence qui lui fit lever en 1647 le siège de Lerida , et qui plus tard , en 1675 , lassa