CONDÉ
Montecuculli l. Il joignait aux plus heureux instincts des études profondes , et il tenait école de guerre. En Catalogne, il marchait un César à la main et l'expliquait à ses lieutenants. Il a formé les plus grands généraux, à commencer par Turenne qui servit sous lui pendant deux campagnes, et à finir par ce Luxembourg qui aurait besoin d'être jugé de nouveau , et qui peut-être ne serait pas trouvé inférieur à Turenne lui-même. Ajoutons ce dernier trait si frappant : Condé est le seul capitaine moderne qui n'a jamais essuyé de défaite et qui a toujours été victorieux quand il a commandé en chef. Turenne a été battu deux fois en bataille rangée, à Rethel et à Mariendal ; Frédéric a débuté par des revers ; Napoléon a terminé son éblouissante carrière par deux effroyables déroutes, Leipzig et Waterloo; Condé seul n'a connu que la victoire. Il a eu devant lui les trois plus grands généraux de l'Europe, 'Mercy, Montecuculli , Guillaume : aucun des trois n'a pu lui arracher l'ombre même d'un avantage. Nous pourrions facilement étendre, sans l'épuiser, l'éloge du guerrier dans Condé ; mais , nous le reconnaissons , . il n'avait pas les qualités du grand politique, parce qu'au fond il n'avait pas d'ambition vraie et bien déterminée. Premier prince du sang dans une monarchie telle que la monarchie française au xvir siè cle, que pouvait-il désirer que d'acquérir de la gloire?