‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 163 sur 180 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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LES CARMÉLITES. m

parler et ine remercier de mes soins, m 'assurant qu'elle prieroit Dieu pour moy et pour tous les miens, sy Dieu luy faisoit miséricorde.

Les religieuses m'ont raporté plusieurs circonstances de son bienheureux trépas qui donnent dévotion et font bien voir que la bonne vie est suivie d'une bonne mort.

Le lendemain de sa mort, qui estoit le premier jour d'un autre mois, ie ne perdis point temps d'user de ma permission d'entrer dans le monastère, et m'y en allay dès le matin pour voir le corps de qette servante de Dieu que i'aimois comme ma mère, et pour assister à son enterrement. Je rends tesmoignage qu'encore que i'eusse peur de voir des corps morts, ie n'en eus point de celuy-là, et si ie me troùvay un espace de temps quasy seule auprès, et mesme ie prenois plaisir à regarder son visage, en telle sorte que je n'eusse point voulu partir de là. Elle estoit blanche et un peu rouge, et incomparablement plus belle qu'elle n'estoit en vie.

Une dame qui est à moy et qui n'entra pas au monastère ce mesme iour, s'étant résolue de ne point approcher de la grille du chœur, où le corps estoit exposé aux yeux du peuple qui estoit dans l'église, par une. grande appréhension qu'elle avoit des morts, voyant que chacun se pressoit pour aller voir le corps de cette servante de Dieu, elle s'efforça d'y aller aussy et asseura qu'elle trouva ce visage si beau et attirant qu'elle ne cessa de le regarder, jusqu'à ce qu'on porta le corps en terre, sans en avoir aucune peur.

11 y eut quantité de personnes qui prièrent qu'on fit toucher- leur chapelet à ce corps, le regardant comme celuy d'une sainte; et en effet on en passa quantité par la grille que quelques dames, qui estoient entrées avec moy dans le monastère et avec quelqu'autre princesse, reeevoient, ce qui est une mar-r que que l'on recognoissoit en cette servante de Dieu quelque chose d'extraordinaire.

Nous assistâmes toutes à son enterrement qui fut fait par Mgr Tévesque de Lisieux, par l'estime qu'il avoit d'elle durant sa vie. Cette cérémonie ne se peut passer sans renouveler ma douleur de la mort de cette bonne mère, encore que' je ne doutasse point qu'elle ne fust bien heureuse et qu'elle ne conservât tousiours beaucoup de charité pour moy. .

Je rends tesmoignage que le jour de la Pentecôte environ six semaines après la mort de cette servante de Dieu, estant allée au monastère pour faire mes dévotions, ie feus à la chambre où elle estoit décédée la prier de me continuer au ciel la charité qu'elle avoit eu pour mon ame sur la terre. Estant sortie de la chambre et parlant à la mère prieure et autres religieuses en un lieu tout contre, ie feus en un instant surprise d'une grande odeur, dont ie fens tout emuè, et mesme les laimes m'en vinrent aux yeux-, et ie devins fort rouge, de sorte que les religieuses s'aperce vânt de cette émotion ie leur dis que ie sentois nostre mère Magdelaine ; car ie creus que c'estoit elle, ayant ouy dire que Dieu manifestait sa sainteté par semblables odeurs. Je m'en allay rendre grâces à Dieu devant le très Saint-Sacrement de ce qu'elle m'avoit voulu faire ainsi cognoistre qu'elle se souvénoit de moy, et ie demeuray dans

un sentiment de respect très-grand vers cette servante de Dieu et créance de sa gloire.

En Tannée 1640, au mois de décembre, comme festois sur son tombeau la remerciant de quelques assistances que i'avois reçues de Dieu par son intercession , ie sentis une très-bonne odeur que ie ne scay à quoi comparer, mais i'asseure qu'elle estoit excellente, et qu'encore que ie sois subiecte à me trouver mal des senteurs, celles-cy ne font pas cet effect, elles élèvent à Dieu et donnent joye et se font sentir à une personne seule, quoy qu'en compagnie de plusieurs , ce qui m'arriva encore cette fois que ie dis ; car les religieuses qui estoient avec moy n'y eurent aucune part.

J'ay souvent ressenty son assistance depuis sa mort en divers besoins dans lesquels i'ay eu recours à son intercession.

J'ay eu cognoissance de plusieurs grands miracles que Dieu a opérés par l'intercession de cette sienne servante, et mesme i'ay veu quelques-uns de mes domestiques estre guéris merveilleusement par le recours qu'ils ont eu eu elle. Mon contrôleur, nommé Fermelys, ayant porté neuf mois un grand mal de costé avec jaunisse et fièvre lente dont on croyoit qu'il mourroit, en fust guery par une neufvaine qu'il fit à la Mère Magdelaine de St Josepb, prenant de l'eau où avoit trempé du linge teint de son sang. La nourrice de ma fille, la duchesse de Lougueville, fust guérie ', à l'instant d'un furieux mal de teste par

1. Voici un billet de la princesse qui se rapporte à ce qu'elle allègue ici. Ce billet n'est pas daté, mais près de la suscriptiou une main ancienne a mis : « Madame la Princesse, novembre 1645, sur la guérison d'un mal de teste par l'attouchement du cœur de notre bienheureuse. Elle y fait voir sa dévotion et sa confiance vers. elle. »

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