‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 165 sur 180 · DÉPOSITION AUTOGRAPHE DE ^MADAME UE L0N6TJEVILLE · texte numérisé non relu

DÉPOSITION AUTOGRAPHE DE ^MADAME UE L0N6TJEVILLE

« Je Anne Geneviefve de Bourbon , princesse du sang de France , femme de très haut et très puissant prince , Henry d'Orléans, duc de Longuerille et dTîstouteville, prince souverain de Neufchâteau et Vaïeugin en Suisse, comte de Dunois et lieutenant gênerai pour le Roy en Normandie, aagée d'environ vingt sept ans, certifie que dAs mon enfance jusques a Tannée mil six cent trente sept, j'ay très souvent eu la bénédiction de voir la vénérable Mère Magdelene de St. Joseph au monastère de l'Incarnation a Paris, le premier de l'ordre de Notre Dame du mont Carmel en France ■selon là réforme de Samte Thérèse, duquel elle a esté prieure plusieurs années.

Je say qu'elle estoit fort régulière dans les observances de la religion, tant parce que je lui ay veu pratiquer que par le bon règlement que j'ay toujours reconnu et que je reconnois encore dans le monastère de l'Incarnation de Paris qu'elle a gouverné en calité de prieure par diverses fois; et je puis rendre témoignage, par la particulière coanoiisanee que j'ay de ce monastère où j'entre plus qu'en pas un autre, qu'elle y a établi une grande perfection, et que c'est la maison religieuse la plus exacte et régulière que je coguoisse.

J'ai vu en particulier le zeJle de cette servante de Dieu pour la régularité par le refus qu'elle fit de recevoir madame l'abbesse du lis , qui l'est a présent de Jouarre, en l'ordre des Carmélites., à oause que Sainte Thérèse deffend dans les constitutions d'y recevoir des professes de quelque autre ordre.

Je say aussi quelle empêcha des dames de considération d'user de la permission qu'elles avoient de NTe Saint Père le Pape pour entrer <ruelqucsfois dans le monastère de l'Incarnation, pour esviter que les entrées si frequantes de personnes séculières ne fissent quelque tort aux religieuses qui font sy particulière profession de solitude et d'imiter les anciens pères hermites du mont Carmel dont elles sont descendues.

Je lui ay souvent ouy parler de la condition religieuse avec grande estime, et la mettre -au dessus des plus grandes delà terre. Elle estïmoit fort la penitance, et y affectionnoit les personnes du monde. Elle m'en a parlé diverses

1. C'est vraisemblablement à cette déposition que se rapporte ce billet de M"« de LongueviUe, depuis la auefaessede Nemours, adressé à ftt|le d'Éperaon :

«"Mademoiselle,, je dit à madame ma mère (sa belle-mère M"»e de Longue ville) ce qw tous m'aviez commandé. Elle m'ordonne de vous envoier la copie de ce qu'elle a remarqué en la bienheureuse mère pour voir si vous le trouvés bien. Faites moy l'honneur de me le mander, et le jour que vous soueterés que le procureur vienne, Madame l'attendera avec bien de l'impatience , puisque c'est pour servir Dieu et vous plaire. Pour moy, ma très chère cousine, je n'oré jamais plus de joye que -de mériter l'honneur de vos bonnes grâces, puisque je suis plus véritablement que personne du monde, Mademoiselle,

Vortre «tues hnartble cousine «t servante ,

M*HI£ VOftLÉAUS. »

fois et d'estre soigneuse de mortifier mon esprit et mes sens en leur retranchant les plaisirs superflus.

Elle m'a anssy grand nombre de fois exortée a ne point lise des romans, a quoy elle me voyoit affectionnée, que je ne puis dire combien elle m'en a parlé, me montrant que cette lecture estait fort préjudiciable à l'ame, et mesme indigne d'une personne de ma condition, et enfin elle me les fit quiter l.

Elle me portoit beaucoup a fuir la vanité, non pas a ne me trouver a«x lieux ou elle savoit bien que je ne pouvois esviter d'aler, mais elle me dissoét qu'au milieu des divertissements du monde je devois estre soigneuse de m'eslever a Dieu et de lui demander qu'il me préservât de prendre part a la vanité qui y règne.

Elle n'aymoit point qu'on dit qu'un sermon n'estoit pas beau, et dissoit qu'il y en avoit toujours assez pour profiter sy on estoit bien disposé.

Elle parloit a la Reyne et aux princesses avec une certaine majesté et authorité, qu'il sembloit qu'elle eut droit de les enseigner et reprendre, comme elle le faisoit très a propos dans les occasions. C'estoit toujours néanmoins avec un grand respect, et d'une majesté si plaine de grâce qu'on ne pouvoit treuver mauvais ce qu'elle disoit. Elle se faisoit extrememant aymer de cens avec qui elle conversoàt; on .sentoit une inclination vers elle toutte particulière, et une sy grande confiance en elle qu'on luy disoit toutes choses avec une entière ouverture de cœur. Elle entroit dans les sentiments des autres, leur ouvrant son cœur plain d'une véritable charité, et par cela donnoit grande ouverture vers elle.

Pour moy, je lui eusse découvert mes plus secrètes pensées, et l'ay très sonvent fait selon mes besoings, sur quoy eue m'a donné de très saints conseils et beaucoup d'assistance. Je ne me lassois point de l'entendre parler, ny d'estre avec elle; car ie l'aymois comme ma propre mère, et l'estimois une sainte par la connoissance particulière que j'avois de sa grande charité vers moy1 et dt ses grandes vertus. Souvent ie me suis trouvée bien heureufte qu'elle m'eut donné sa bénédiction.

Elle avoit une douceur, une gayeté, une égalité et une patience admiraMsf dans ses continuelles infirmités, et cela paroissoit tant en elle qu'il n'y a .personne qui Tait cognue qui n'en puisse rendre le mesme tesmoignage.

Je me souviens de l'avoir vene agir sans s'émouvoir dans une afiuûe très

1. On retrouve ce détail dans presque toutes les dépositions; il prouve a quel point le goût des romans était alors répandu dans.la iautceooiété. Quand Mme de Longueville <Jit qu'elle renonça aux romans, entendez pendant la vie de la mère de St-Joseph et jusqu'au bal qui rendit au monde M11* de Bourbon; voyez plus haut chap. Ier* p. 184.

2. Vers pour envers, locution ici habituelle, qui se trouve souvent dans les meilleurs écrivains du règne de Louis XIII et de la Régence, et qui va diminuant sons Louis XIV.

importante pour son Ordre ' où elle eut beaucoup de subieet d'exercer sa patience envers quelques personnes; et pendant tout ce temps ie ne lui ay jamais ouy dire une parole contre ceux qui la persécutoient, ny tesmoigner aucune aigreur vers eux ; elle les excusoit tousiours et en parloit avec compassion, grande douceur et charité, amoindrissant leur faute autant qu'elle pouvoit.

J'ay aussy remarqué lorsqu'on parloit en sa présence au desavantage de quelqu'un, qui que ce fût, sy il arrivoit qu'elle ne le pût excuser, elle en temoignoit compassion et rejetoit la faute sur la fragilité de la nature et non sur la malice de la personne, et elle imprimoit cette disposition d'excuse dans ceux qui l'entendoient, les portant non seulement par ses exhortations, mais comme par une participation de sa grâce, à estre dans cette véritable charité.

J'ay ouy dire qu'elle faisoit plusieurs charités aux pauvres, et ie suis témoin qu'elle eut soing, pour le temporel et le spirituel, de deux petites Canadiennes et d'une femme hiroquoise que les Pères Jésuites avoient fait venir à Paris; elle les fit baptiser et me porta à estre la marraine de la femme hiroquoise.

J'ay expérimenté en moy mesme, et j'ay veu en beaucoup d'autres, qu'elle avoit un grand désir de servir les âmes dans leurs besoings et les aider à suivre les voyes du salut.

J'ay connu qu'elle pénétroit les secrets de Dieu sur les âmes, et je me souviens en particulier d'une personne de maconnoissance qui avoit de très grands désirs de se retirer du monde ; elle en communiqua diverses fois avec cette servante de Dieu, sans qu'elle approuva ou désapprouva ses désirs; mais elle l'exhortoit seulement à s'exercer dans la vertu et perfection qui se peut pratiquer en toute condition, parce qu'elle voyoit par une lumière surnaturelle qui ne pouvoit venir que de Dieu que les désirs de cette dame n'auroient pas leur effet, dont pourtant elle ne luy disoit rien. Cette personne remarquoit bien que la servante de Dieu avoit une inclination et un désir ardent qu'elle fut religieuse, mais elle luy voyoit réprimer par une lumière qui ne pouvoit estre humaine, et agir non pas conformément à ce désir, mais selon que la prudence divine lui dictoit; ce que je sçay avec une entière certitude, cette personne se confiant en moy comme en elle mesme. Elle s'est depuis engagée dans le monde 2, et se souvient tousiours du sage procédé de cette grande servante de Dieu.

J'ay tousiours ouy parler d'elle comme d'un des plus grands esprits qu'il y eut. Tous ceux qui la connoissoient ne doutoient point de cela, et pour mon particulier tout ce que i'ay Veu de sa conduite m'a fait faire le mesme jugement.

Elle avoit une grande déférence an sens d'autruy et estoit extrêmement

1. L'affaire de la révolte de Bourges, dont parle plus en détail la princesse de Condé.

2. Quelle est cette personne si liée avec Mlle de Bourbon, qui voulut aussi se faire carmélite? Ne serait-ce pas elle-même dont elle parlerait ici ?

humble. Je l'ay vue baiser les pieds des religieuses par humilité.; et depuis qu'elle fust hors de charge, je l'ay veue souvent rendre de grands respects à la mère prieure et à la mère sousprieure qui estoient ses filles, les ayant reçeues et élevées dans la religion.

J'ay remarqué qu'elle avoit une grande dévotion au St. Sacrement, qu'elle estoit le plus qu'elle pouvoit en sa présence, et pour cela ie l'ay veue quitter plusieurs fois Madame ma Mère et d'autres princesses qui estoient entrées dans le monastère et qui aimoient fort de l'entretenir. Elle m'a parlé souvent sur le saint sacrifice de la messe et des dispositions que nous devons avoir pour y assister. J'ay connu par ses actions et par ses paroles qu'elle avoit un grand amour de Dieu. Elle portoit les âmes à avoir tousiours nostre Seigneur Jésus Christ présent, et à le prendre pour règle de toute leur conduite et actions. *

Elle m'a quelque fois parlé en particulier . d'honorer le cœur de nostre Seigneur Jésus-Christ, de lui demander qu'il sanctifiât tous les mouvements du mien par ceux du sien très saint et divin; et j'ay connu, par tout ce qu'elle m'en a dit, qu'elle avoit une dévotion et très particulière application à ce très sacré cœur du fils de Dieu.

Pour ce qui est de la dévotion à la très sainte Vierge, c'est une des choses dont elle m'a plus parlé, et n'est pas croyable les soins qu'elle a pris de m'y affectionner; tant à recourir souvent à elle qu'à pratiquer diverses choses, faire des dévotions particulières en son honneur, et enfin de l'honorer par toute sorte de voyes, ce qui m'a fait connoitre qu'elle y avoit une rare dévotion.

Je l'ay veue porter un très grand respect au saint bois de la croix de nostre Seigneur Jésus Christ. Je l'ay veue aussy fort dévote aux Saints dont elle honoroit beaucoup les images et reliques; et à son exemple les religieuses du monastère de l'Incarnation leur rendent de grands honneurs, et sont fort désireuses d'en avoir quantité qu'elles tiennent avec grande révérence. Elle m'a souvent exhortée à la dévotion envers St Joseph.

Sa piété paroissoit en toutes choses, particulièrement à faire embellir l'église et l'autel où repose le très Saint Sacrement, qu'elle faisoit orner le mieux qui luy estoit possible.

Je me souviens qu'elle reprenoit des dames quand elle les voyoit parler devant le Saint Sacrement.

Lorsque cette servante de Dieu tomba malade de sa dernière maladie et que je la sçeus à l'extrémité, je fis plusieurs prières et des vœux pour demander à Dieu qu'il ne la retirât pas si tost de ce monde où elle estoit sy utile pour la gloire et le bien de son Ordre, et pour mon particulier il me sembloit qu'en la perdant je faisois une perte irréparable. Madame ma mère et moy eusmes beaucoup de desplaisir de ne pouvoir entrer au monastère pour la voir, parce que nous y étions entrées ce mois là les trois ibis qui nous estoient lors permises. Cette servante de Dieu prist la peine de venir au parloir deux ou trois jours avant sa mort pour voir Madame ma mère et moy, et nous tesmoigna à toutes deux une grande affection.

Quand j'appris la nouvelle de sa mort, je fus extrêmement touchée et au-

448 APPENDICE. NOTE PÛEMIÈRE.

tant que sy étant été ma propre mère; je lapteuray beaucoup, et Madame ma mère aussi, pu l'estime que je faisois de sa sainteté. Je desirois d'avoir quelfM chose qui rai eut appartenu, et la mère prieure me donna ma de ses petits reliquaires que j'ay tousiours gardé depuis.

Le teodemam de sa mort, comme e'estoit un autre mois, ji'enteay au couvent pour assister à son enterrement. J'y vis venir beaucoup de monde pour la voir, et qui paroissoit venir non tant par curiosité que par dévotion ; ils passoient leurs chapelets par la grille pour les faire toucher à son corps, et demandoient par dévotion des fleurs qui estaient près elle. Son visage estoit sy beau, sy doux, et sy este vaut k Dieu que je ne pouvois me lasser de la regarder, et je me sentois sy fort attirée auprès de ce saint corps que je ne l'eusse point quité sy Madame ma mète, qui craignait que je ne me fisse mal parce qne je pleurais fort, ne m'en eut fait sortir.

J'ay remarqué qu'encore que les religieuses fussent extrêmement touchées et affligées de cette perte, elles la portèrent dans une constance sy grande que j'en fus estonnée.

Quelque temps après sa mort, comme je parlois d'elle avec deux demoiselles en une chapelle de chez M™ de Brienne> il y en eut une qui dit qu'elle avoit une feuille de tuMpe, qu'elle avoit prise sur son corps le jour de son enterrement, qu'elle avoit senty plusieurs fois exhaler une trèfr-boone odeur. Je luy demanday pour voir sy je la sentûrois; d'abord je me sentis rien, ni ces deux demoiselles non plus; mais dans le désir que j'avois de participer à ces odeurs, nous dîmes l'antienne des vierges en son honneur, et au mesme instant une de ces demoiselles et moi sentîmes cette feuille avoir une excellente odeur que je ne seaurois comparer à aucun parfum de la terre, et celle qui nous f avoit donnée et qui l'avoit sentie plusieurs fois ne sentit rien pour lors. Cette odeur eslevoit à Dieu et nous donna une grande joye.

Une autre fois estant dans le couvent des Carmélites, je sentis l'odeur de cette servante de Dieu par deux diverses fois, et Madame ma mère un autre jour estant assise proche de la chambre où elle estoit décédée, elle se retourna et dit qu'elle sentoit fort bon, nous demandant sy nous ne sentions rien, et au mesme temps je la vis rougir et les larmes aux yeux; nous estions lors plusieurs qui la suivions et ne sentions rien du tout *.

J'ay eu depuis sa mort recours à elle en divers besoings, et l'ay priée souvent avec grande confiance, me souvenant de la grande charité qu'elle avoit pour moy pendant sa vie sur terre; j'ay grand nombre de fois visité son tom-

s. Ne nous étonnons pas de tous ces détails. D'abord de& faits miraculeux étaient nécessaires pour obtenir la béatification qu'on poursuivait. Ensuite jusqu'à la fin du siècle, on rencontre bien des miracles, à Port-Royal aussi bien qu'aux Carmélites, et Pascal y croyait comme M™ de Longueyille. Enfin n'oublions pas que les âges de foi sont ceux des miracles, et qu'après tout, dans la misère de la nature humaine, un peu de crédulité est une bien faible rançon de la grandeur et des avantages de l'esprit religieux.

beau* par dévotion, et j'y ay veu souvent Madame ma mèra et mesme la Reyne et le Roy quelquefois.

J'ay entendu dire qu'il s'est fait quantité de miracles en divers endroits de la France par son intercession, et j'ay parlé à quelques personnes qui m'ont dit en avoir receu goérison.

Je n'ay rien dit ea tout oe que dessus que je a'affîKoa par cramant comme trèsrxerita^le. En foy de quoy, je l'ay signé de mon scein& en présence de deux notaires apostoliques et fait sceller de nos armes à nostre hostel à Paris, ce dix-huit de juillet mil six cent quarante-sept. « Ainsy signé,

Akne de Bourbon. («Scellé de son sceau et de ses armes. »)

Extrait du témoignage de la marquise de Portes pour la mère Madeleine de Saint-Joseph.

« Je ir^ppf lfô Qfnçiç-Fél ta» <fe BitfiQS , marquise dp Portes , vicomtesse de» Térarque, et d'Çstpilles , fille d'Antoine Hercules de Budos , marquis de Portes, chevalier des ordres du Roy, gouverneur du Gé vaudra, hautes et basses Septyèflçs, et de Louise de Crussol, sa légtfirçïe épouse; je suis née à Agdes, en Languedoc; j'ay yiiigt-sept ans, passés j j'ay cfcu bien suffisamment pour na'etitretenip selon ma condition, etc.

Je ayis de Languedoc , de la villes dAgd^s, corawne j'ai desja dit; j'en suis sortie fort jeune; j'ay été quelques années dans L'abbaye de Caea, et depuis, j^sques à cette heupe, à Paris, excepté quelques années que j'ai domguré à Moulins avec, madame Marie des Ursâns, duchesse de Montmorency, et dans, mes terres, aux Sévenne*.....

Pendant 1$ temps que j'ai eu la gn✠de demeucer en ce saint couvent du faubourg SainMaeques , où elje& eurent la bonté de oie garder environ un an pour éprouver ma vocation dans FinçertjUufc où j'estoiside la vojpnfcé de Dieu... (Et là elle déclare que, sans avoir connu la mère Madeleine de Saïut-Joseph, elle a vu et entendu des choses dont elle a; besoin de déposer, et elle cite le témoignage de Mine la priaces&e de Coudé)... J'ai desja, dit qommç elfes m'avojeut tait la gçaça dç me souffrir enMtfon un an avec elles; e£ puisque j'ai esté assez peu heureuse pour en sortir, l'on peu! juger que j'en parle sans, préoccupation....

440 APPENDICE. NOTE REMIÈRE.

Cette vénérable mère chérissoit tant la solitude, et l'a si bien enseignée et establie en son monastère, que plusieurs, pour avoir leur conversation continuelle dans le ciel , ont entièrement banni celles dé la terre depuis quinze et seize années; et dans tout ce grand couvent, l'on n'y entend pas une parole, et il m'a toujours paru un grand désert, mais un désert dans lequel la grâce parle incessamment au cœur. Je dis ce que j'ai senti. Ce lieu m'a toujours semblé un sanctuaire rempli de tous côtés de la sainteté de Dieu, ce qui m'invitoit à l'aimer, joint à l'exemple de ces anges terrestres qui m'y portèrent sans cesse.... En foi de quoy j'ai signé le présent escrit de ma main.

« Màrie-Fkucb de Budos. d

Et plus bas : « C'est ainssi que j'ay déposé pour la vérité,

Je Marie-Félice de Budos. »

Extrait du témoignage de M*0 de Vantadour, M1,e de Saint- Géran , seconde femme de Charles de Levis , duc de Vantadour, qui était Montmorency par sa mère, et neveu de Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de Condé. Le duc de Vantadour mourut en 1649; sa jeune veuve vécut jusqu'en 4704. Sa fille épousa le maréchal duc de Duras.

«J'ai nom Marie de la Guiche, duchesse douarière de Vantadour. Mon père avoit nom Jean-François de la Guiche, seigneur de Saint-Géran, chevalier des ordres du roi, gouverneur du Bourbonnois et maréchal de France. Ma mère avoit nom Suzanne aux Espaulles. Je suis née en une des maisons de ma mère, nommée Sainte-Marie , située dans le diocèse de Coutances, en Normandie. J'ai vingt-huit ans.... J'ai connu la vénérable mère Magdeleine de Saint-Joseph dès mon enfance , parce que Mme la maréchal de Saint-Géran , ma mère , me menoit avec elle lorsqu'elle la venoit voii', et la prioit de me donner sa bénédiction. Je me souviens que, quoique je fusse bien petite,, elle me tesmoignoit beaucoup d'affection, et que sa charité et son humilité la faisoient s'abaisser jusques à entretenir et contenter un enfant comme j'étois alors. Je n'ay pas été en âge, durant sa vie, de discerner par moi-même ses incomparables vertus, mais j'en ay

ouï parler à tout le monde comme d'une personne fort extraordinaire.... J'ay entendu dire ces choses, et en termes encore plus forts à Mme la Princesse, de laquelle M. le duc de Vantadour, mon mari , avoit l'honneur d'être neveu, ce qui m'engageoit à estre souvent auprès d'elle. ...

Jesçay qu'eu l'année 4645, M. le Prince fut très-grièvement malade en Allemagne, dont M™' sa mère estant affligée au dernier point alla chercher sa consolation avec Dieu , se retirant dans le couvent des Carmélites, où elle prit pour advocate, auprès de la divine Majesté , la vénérable mère Magdeleine de Saint- Joseph, à laquelle elle fit vœu que., si par son intercession notre Seigneur rendoit la santé à M. le Prince, elle feroit faire un tableau dans lequel il seroit représenté priant devant la servante de Dieu; et incontinent après, elle apprit la guérison de M. son fils, et accomplit le vœu qu'elle avoit fait. Ce tableau se garda en dedans du couvent, où je l'ay vu il n'y a pas encore longtemps4.... On m'a conseillé à moi-même d'y recourir (à ses reliques) lorsque mon fils le duc de Vantadour estoit malade.... Je la regarde comme bien heureuse, et lorsque j'entre avec les reines dans le couvent de l'Incarnation , je vais visiter son tombeau , la suppliant de. m' assister en mes besoins.

a Cet insi que j'ai déposé pour la vérité , moy Marie de la Guiche, duchesse de Vantadour. »

Extrait de la déposition de M"** la duchesse d'Épernon , nièce de Richelieu, bellç-mère de Mlle d'Épernon, sœur Anne Marie de Jésus.

«J'ay nom Marie du Cambout, natifve d'Angers, âgée environ de trente-deux ans. Mon père s'appelloit Charles du Cambout, marquis de Pont-Château, chevalier des ordres du roi, lieutenantgénéral pour Sa Majesté en Basse-Bretagne, et gouverneur de la ville et château de Brest. Ma mère avoit nom Philippe de Burge.

Je commençay de connoitre la vénérable mère Magdeleine de Saint-Joseph en l'année 4633, ou environ , dans l'occasion que

1. Il n'y. est plus. Voyez aussi sur ce sujet la description de la duchesse de Chàtillon, plus bas, p. 446.

j'entais quelquefois avec feue M** la Princesse de Condé dans le couvent de rineaniation. J'ay eu l'honneur d'entretenir plusieurs fois cette servante de Dieu , et mesme (favoir mangé quelquefois avec die ea compagnie de M"* la Princesse et de M"* de Bourbon, sa fille. Le sujet ordinaire des entretiens que j'ay eus avec elle estoit les matières de dévotion, à quoi elle portoit toujours eeux avec qui elle oonversoit. Je sçay que les reines de France et d'Angleterre la visitoient souvent et faisoient grand estât de sa conversation. Nostre reine en toutes choses témoignoiÉ pour eHe un grand respect, et la faisoit toujours asseoir auprès de soi. Elle s'en servoît aussi pour attirer les daines de sa cour à la vertu et à la piété. Il me souvient encore d'en avoir entendu parler à quantité d'autres personnes de qualité en des termes pleins de respect, entre autres à Mademoiselle, qui m'a tesmoigné y avoir une grande dévotion....

Je» sçay que le corps de cette servante) de Dieu a esté inhumé dans le cloître pour y avoir entre et avoir visité souventes fois sou sépulchre. J'ay mesme vu la reine aller visiter ledit tombeau, et s'y mettre dévotement à genoux. J'ay vu aussi Mademoiselle lui rendre lies mêmes respects.... Entre autres, je sçay que MBe la marquise de Polignac, M"™ d'Amboise, parente de M. le duc d'Espernon , M"e d'Espernon , lorsqu'elle estoit encore dans le monde, y ont eu souvent recours, etc.

Elle nous portoit toujours à la piété, nous y exhortait puissamment; sur quoi il me souvient qu'un jour estant dans le caveau, la reyne appella Mlle d'Esperiion pour estre instruite de la mère Magdeleine, laquelle lui parla en présence de la reyne, et après en particulier en des termes si pieux qu'élite en fut extrêmement touchée , et l'interrogea encore après en particulier si elle lisoit des romans, lui en fit quitter la lecture, et lui fit acheter les œuvres de Grenade , etc.

« Ainsy j'ay déposé pour la vérité, moy Marie du Cambout, duchesse d'Espernon. »

Extrait du témoignage de madame la duchesse de Mortemart , la mère de madame de Montespan ;

« J» m'appelle Diane de Graoaaigne , et sais née en Poitou , âgée d'environ 46» ans. Moi» père avoit nom Jea» de Gransaigne , et estoit seigneur de Marsillac. Ma ruer* s'appeloit Catherine de la Brodière. Je suis femme de M. le duo de Mortemairt , chevalier des ordres du Roy, premier gentilhomme de sa Chambre, conseiller en ses conseils, comte de Maure , et prince de Tonné Charente etc.

J'ai commencé à eonnoitre la mère Magd. de St. J. vers Tannée 46$4 que j'étois fille d'honneur de 1a Heine , et elle estoit prieure au couvent de l'Incarnation au faubourg St. Jacques. La Reine ma maîtresse allant souvent au dit monastère visiter cette, servante de Dieu pair l'estime qu'elle en faisoit , j'allois avec sa Majesté; je voyois aussi cette vénérable mère, et l'entendois parler. La dite Ma}. Paimoit beaucoup, et partait d'elle très avantageusement, ce que j'ai vu faire aussi à feue madame la Princesse, à madame de Montmorency (Felice des Ursins, femme du maréchal de Montmorency, décapité en 1632), à M. le comte de Maure, à madame la marquise de Vins eto.

Je say.que depuis (sa mort) le Roy et la Heine sont entrés plusieurs, fois dans, le dit couvent pour visiter son tombeau , et que diverses personnes de condition ont fait empressement pour entrer dans le monastère avec leurs Majestés pour visiter le sepulchre de la vénérable Mère, et moi mesme j'ay visité souventes fois le dit sepulchre, et l'infirmerie où est mprte cette servante de Dieu etc.

11 est véritable que Dieu a honoré la Mère Magdeleine de St. Joseph du don 4e prophétie, de celui d'extase et de discernement des esprits. Mademoiselle de Bonœil *, qui a esté comme moy fille d'honneur de la Reyne et depuis s'est rendue religieuse sous la conduite de cette servante de Dieu, m'a dit que lui estant allé demander pla<& pour estre reçue dans son monastère , et lui exposant la crainte qu'elle avoit qu'étant avec le grand monde elle perdit sa vocation si elle ne la recevoit promptement , cette ser-

1 . Nous ne trouvons pas ce nom dans notre liste. Mu< de Bonœil sera peutêtre entrée au couvent de la rue Chapon, dont la mère de Saint-Joseph a aussi été quelque temps prieure.

vente de Dieu lui répondit que, puisqu'elle ne pouvoit encore entrer dans le monastère, ses parents y estant absolument opposés, Dieu la garderait, et lui promit qu'elle auroit soin d'elle; ce qu'elle éprouva fort peu de temps après. Car estant un soir à un grand bal devant le Roy et fort attentive à regarder toutes les belles choses qui y estoient , elle vit intérieurement cette bonne Mère présente devant elle avec grande douceur et gravité , qui lui fist entendre qu'elle n'etoit pas pour ces choses là ni ces choses là pour elle, et lui osta tout le plaisir qu'elle pouvoit y prendre.

Je scay que les reines, Marie de Medicis, la reine à présent régnante, et celle d'Angleterre ont honoré cette servante de Dieu de leur affection pendant leur vie et de leur piété après sa mort, comme ont fait aussi feue madame la Princesse et plusieurs autres princesses et dames de qualité de cette cour, etc.

« Cet insi que j'ai déposé pour la vérité, moy Diane de Gransaigne. »

Extrait du témoignage de madame la duchesse de Lesdiguières :

«r Je m'appelle Anne de la Magdeleine ; je suis née en cette ville de Paris, et j'ay environ 39 ans. Mon père s'appeloit Leonor de la Magdeleine, marquis de Ragni , et estait lieutenant du Roi en Charolois , Bresse et Buget , commandant les armées de Sa Majesté. Ma mère avoit nom Hippolite de Gondy. Je suis femme de M. le duc de Lesdiguières, pair de France et gouverneur pour le Roy en Dauphiné, chevalier des ordres du Roy. Je me confesse par la grâce de Dieu tous les ans à Pasques à M. Charlon, pénitencier de Notre-Dame, et communie dans Saint Paul qui est ma paroisse...

a La ville de Paris, comme j'ay dit, est le lieu de ma naissance , j'y ay demeuré jusqu'à l'âge de 45 à 16 ans, et depuis que j'ay esté mariée à M. lé duc de Lesdiguières, j'y ay fait plusieurs voyages et j'y ai demeuré à divers temps env'ron 5 à 6 ans. J'ay commencé à connoistre la Mère Magdeleine de St. Joseph environ l'année 16?8 an couvent de l'Incarnation dont elle estoit alors supérieure , auquel temps madame la marquise de Ragny ma mère et madame la marquise de Maguelay ma tante m'y ont

menée plusieurs fois y allant la voir pour recevoir le profit et le fruit de ses bons conseils et de ses pieuses instructions. Dès ce temps là cette bonne mère me tesmoigna beaucoup de tendresse, ce qui a'esté cause que je l'ay connue ensuite très particulièrement, et entretenue fort souvent de différentes choses qui regardoient la conduite de ma vie, et mon salut dont sa bonté toute extraordinaire me faisoit connoistre qu'elle estoit très soigneuse par des discours tout remplis d'une charité tout à fait chrestienne et merveilleuse. Toutes ces pieuses considérations avoient tant de force pour lors sur mon esprit, et je me sentois si puissamment touchée, quand je faisois reflexion sur la difficulté qu'il y avoit de le servir parmi les honneurs et dans la pompe des mondains, que dans ces moments heureux je ne respirois plus que pour le ciel, et faisois des resolutions secrètes de quitter toutes choses et renoncer au mariage pour me vouer totalement à Dieu. En un mot cette grande servante de Dieu avoit tellement destachc mes affections du monde que je n'avois plus que du desgout pour toutes les choses qui y pou voient flatter le plus mes sens et mon imagination, et elle me seut si bien gaigner lé cœur que je croyois que le plus grand bonheur que je pouvois espérer en la terre estoit d'estre toujours avec elle ; de sorte que j'estois toute prête d'entrer dans le cloistre et lui demander l'habit de religieuse ; si ma mère ne m'avoit empeschée de retourner au couvent après qu'elle eut appris mon dessein, etc. »

Parmi les personnes d'un haut, rang qui ont recherché les entretiens de la Mère Madeleine de Saint Joseph, Mroe de Lesdiguières cite : « la reyne d'à présent qui , à l'exemple de la Reine mère défunte, Ta esté fort souvent visiter et est toujours retournée de ses visites édifiée et consolée, sans oublier aussi la reine d'Angleterre, feue madame la duchesse d'Orléans, madame la princesse de Condé, mesdames les duchesses de Longueville, de Guise, de Vendosme, de Retz, d'Aiguillon, mesdames la marquise de Magnelay, de Ragni et plusieurs autres dames de la cour, etc., etc.

« Mesdames les princesses de Condé et de Longueville qui la regrettoient comme leur Mère spirituelle , ont assisté avec bau-

coup de zèle et dévotion à son enterrement... J'ay esté à mon retour de la campagne visiter par diverses fois son tombeau. J'y ai vu aussi aller la reine très souvent accompagnée de tout ce qu'il y avoit de personnes de la plus grande condition à la cour, et je me souviens d'avoir oui dwe qu'elle a obligé par ses fréquentes exhortations madame la Princesse , mesdames les duchesses de Longuevtlte et d'Aiguillon, d'aller aux prisons , de visiter les hôpitaux, de faine l'aumosne aux pauvres, et de les secourir dans leurs nécessités, etc.

« J'ay ainsy desppsé pour la vérité, je Annx de la Madelaihe, duchesse de Leséigirieres. »

Extrait de la déposition de la duchesse de Chàtilloi).

a J'ay nom Isabelle Angélique de Montmoraxtcy . Je suis natifve de la ville de Paris. Je suis âgée de trente deux ans, fille d'Henry François de Montmorency, comte de Bouteville et autres lieux, et d'Isabelle Angélique de Vienne, sa légitime épouse. Je suis veufve de Gaspard de Colligny, duc de Chastillon.

Je n'ay point esté nourie à Paris, j'ai quasy toujours demeuré aux champs.; et de plus j'etois si jeune lorsque la vénérable Mère vivoit que je ne puis rien dire des particularités de sa vie...

Je sçay que depuis sa mort toutes sortes de personnes ont recours à elle et qu'il se fait quantité, de miracles par son intercession, et entre autres M. Fermelys1, qui estoit contrôleur de feue madame la princesse de Condé , a esté guery d'une grieve maladie par de l'eau où il avoit trempé du linge teint du sang de la servante de Dieu.

Je sçay pour l'avoir veu que feue madame la princesse de Condé avoit une telle, confiance au pouvoir que cette vénérable Mère avoit auprès de DieU que , dès que messieurs ses enfants estoient malades ou en péril dans les armées, elle faisoit des vœux pour eux à la vénérable Mère et faisoit dire quantité de messes en son honneur pour obtenir leur guerison et leur conservation.

Je sçay que pendant que M. le prince de Condé estoit en Allemagne en 1645 et qu'il eust une grande maladie, madame

4. Voir filas tant la déposition de M"" la Princesse, p. 488.

la princesse sa mère fist un voea à la vénérable Mère pour la guerison de monseigneur son fils, qui estait de faire un tableau de la servante de Dieu et monseigneur le primée à ses pieds, ce qui s'est exécuté Comme «lie l'avoit promis ! .

Je sçay que ptfr la grande estime qu'elle avoit de la sainteté de la vénérable Mère, elle en portait toujours des reliques, c'est A dire quelque chose qui lui eut touché, ou du linge trempé de son sang. Elle atooit av&si une image de la servante de Dieu, Je «çay aussi que , comme madame la princesse de Gondé sçut qu'il y avoit une personne de piété qui faisoit accoraoder l'église du grand couvent des Carmélites, elle manda qn'oa lai gardas* une chapelle parce qu'elle la vouloit faire die mente acoomoder pour y pouvoir mettre le corps de la vénérable Mère lorsque no$tre saint Père permettroit de le lever,

Durant le temps que madame la Princesse estoit h Chastillon elle m'a parlé grand nombre de fois de la vénérable Mère, e£in'<a dit qu'elle avok senti dans le «couvent des Carmélites où est son corps des senteurs extraordinaires, qu'il n'y avoit point moyen de les exprimer qu'en disant que c'étaient des odeurs de sainteté et toutes célestes. Elle m'a dit aussi plusieurs fois que jamais per- . sonné n 'avoit parlé de Dieu en des termes si touchants et si pleins d'efficace pour porter les âmes à l'aimer, et qu'elle estoit obligée de dire qu'elle lui avoit fait connoistre que les plus grandes choses de la terre sont si petites devant Dieu que c'est une grande folie d'y avoir de l'atache.

Durant le séjour qu'elle a fait dans ma maison de Chastillon, j'ay remarqué qu'elle ne se pouvoit lasser de parler de la vénérable Mère: ce qui l'obligea à me dire que c'estoit par ses advis qu'elle s'estait mise à la pieté, etqtre souvent la servante de Dieu lui avoit conseillé d'aller visiter les hôpitaux , les prisons , et de donner beaucoup d'aasmones , et elle m'a dit qu'elle l'avoft fait exactement dwrant sa vie , et je dois rendre témoignage que depuis elle le cominuoit ayant été. diverses fois avec die anx prisons et aux hospitaux. La grande estime *qu*elle avait de sa sainteté lui a fait désirer d'estre enferrée à ses pieds , et je lui ai ouï dire

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