‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 176 sur 180 · EXTRAIT DE LA DEPOSITION DE M"" LA DUCHESSE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA DEPOSITION DE M"" LA DUCHESSE DE RICHELIEU

« J'ay nom Anne de Fors. Je suis natifve de la ville de Paris. Je suis âgée de vingt-neuf aqs , fille de François de Fors, che-

M* DU ViGEAN, SCÊUR MARTHE DE JÉSUS. 461

valier, marquis de Fors et Du Vigean , seigneur de Basoge, comte de Sainte-Menoult , et d'Anne de Neuf bourg, sa légitime épouse. Je suis femme de Monsieur le duc de Richelieu, duc et pair de France, lieutenant gênerai des mers du Levant, et gouverneur du Havre de grâce.

cr J'ay eu connoissance dé la vénérable mère Magdeleine quelques années devant sa mort. La première fois que j'ay entré dans le grand couvent des Carmélites de cette ville de Paris, ça esté avec feue Madame la princesse de Gondé. Madame la duchesse d'Aiguillon y estoit qui me mena, dès que je fus dans le monastère, à là vénérable mère comme à une sainte, et me dit que je lui demandasse sa bénédiction et ses prières, et qu'elle m'estimeroit heureuse si elle m'y vouloit donner part. Je n'ay point présentes toutes les choses que me dit la vénérable mère en particulier; mais seulement il me souvient qu'elle me demanda si je priois Dieu tous les jours, et cjto'elle m'exhorta à le faire soigneusement, me monstrant que sans son assistance nous ne pouvions faire que du mal . et qu'aussy il nous falloit avoir recours à lui en toutes les actions de nostre vie. Je sçay que la vénérable mère a passé une grande partie de sa vie dans le grand couvent de Paris, et qu'elle y estoit révérée et honorée comme une sainte tant par les religieuses que par plusieurs personnes d'eminente qualité; et feue Madame la princesse de Gondé, Madame de Longueville et Madame d'Aiguillon m'en ont parlé plusieurs fois avec une haute estime de sa sainteté.... Je sçay que pendant l'extrémité qu'a eue la servante de Dieu , feue Madame la princesse de Gondé et Madame de Longueville en estoient dans une grande peine, qu'elles avoient beaucoup de douleur de la perdre, et qu'elles la pleuroient comme leur mère; et Madame la duchesse (l'Aiguillon qui estoit alors toute puissante , M. le cardinal de Richelieu vivant, employoit toutes sortes de personnes pour essayer de trouver du soulagement au mal de cette bonne mère; et je sçay qu'elle envoya une personne constituée dans une des plus hautes dignités de l'Eglise à deux lieues , d'icy chercher un remède qu'on lui avoit dit qu'il gueriroit la servante de Dieu.

J'estais encore si jeune lorsque la vénérable mère a quitté cette vie pour l'éternelle que je ne puis rien dire des particularités de sa mort. Je sçay seulement qu'il y eut un grand concours de peuple et de personnes de toutes sortes de conditions à son enterrement. Ma mère y fut par grande dévotion , et lorsqu'elle en revint, elle me dit qu'elle venoit de voir mettre en terre une sainte qui estoit belle comme un ange, et qu'en la regardant on estoit persuadé que lame de cette servante de Dieu estoit desja jouissante de la gloire; et elle adjousta qu'il y avoit une si grande foule de monde qu'elle avoit pensé estre estouffée....

Je sçay que la Royne va dans le grand couvent des Carme* lites de cette ville de Paris tous les ans, le jour que la vénérable mère a quitté la terre pour aller au ciel , et qu'elle va visiter son tombeau, et s'y met à genoux pour la prier eij grande dévotion. J'ay eu l'honneur de lui accompagner. Je sçay aussi que plusieurs princesses , duchesses et plusieurs dames de la cour sont soigneuses d'accompagner la Royne lorsqu'elle va dans le grand couvent le jour du décès de la vénérable mère , que toutes vont sur son tombeau, quelques unes prennent des fleurs qui sont dessus, les baisent et les regardent comme une relique.... Je sçay que grand nombre (Je personnes font dire des messes & l'église du grand couvent ou est le corps de cette vénérable mère , et moimesme j'y en ai fait dire un an durant, et à l'heure présente j'y fais dire encore un annuel 7 tant j'ay de confiance au pouvoir qu'elle a auprès de Dieu.

Je sçay que ma sœur est entrée dans le grand couvent des Carmélites pour y estre religieuse , par la grande estime qu'elle avoit de la sainteté de ce lieu , et qu'elle tenait à un bonheur au dessus de tous les autres d'estre dans le monastère où est le corps de la vénérable mère; et je sçay que, quelques instances que mes proches lui ayent faites pour aller en un autre couvent du mesme ordre , où ils eussent eu la consolation de la voir plus souvent, elle ne l'a jamais voulu pour les raisons que je viens de dire.

Ma sœur m'a dit aussi que la vénérable mère Ta guérie de diverses sortes de maux dont elle estoit travaillée ; et une fois qu'elle avoit de violentes douleurs à un bras avec de grandes

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inquiétudes et hors d'espoir de pouvoir fermer l'œil > qu'elle mit du. linge teint du sang de la servante de Dieu dessus, et qu'à l'instant la douleur fut apaisée et qu'elle dormit toute la nuit. J'ay sçu encore par ma sœur qu'un mois ou deux aptes qu'elle fut entrée au eouvent pour s'y faire religieuse, allant un soir dans la chambre où la vénérable mère est morte , elle sentit une odeur comme de toutes sortes de fleurs , et puis comme une excellente cassolette, et enfin cette senteur devint si extraordinaire qu'elle jugea bien qu'elle ne pouvoit venir que dtr ciel ....

J'ay ouï dire à plusieurs personnes très-dignes de foy que la servante de Dieu a eu 1^ don de. prophétie , et j'ay eu occasion moy-mesme d'en estre persuadée, Àf1" la comtesse d' A urouet, ma belle-mere , m'ayant dit que s'en allant pour lui dire adieu pour un voyage qu'elle aHa faire en Provence, elle lui dit : Je ne seray plus sûr la terré à votre retour; ce qui s'est trouvé véritable.

De tout ce que je dépose il y a bruit et renommée publique.

C'est ainsi que j'ay déposé pour la vérité, moy Anne Poussard de Focs. ».'••'"

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