DÉPOSITION OLOGRAPHE M M* BU TOGEAK , SOEUR MARTHE DB JESUS
. «Jésus Maria.
' «Je, seur Marthe Poussât Du Vigean , ditte de Jésus , âgée de vingt-huit ans et de religion trois et demy, professe de ce monastère de l'incarnation , ordre de Nostré-Dame~du-Mônt-€armel , est abli le premier en ce royaume selon la reformé de Sainte-The-r rese, désirant rendre témoignage de la sainteté que f ay expérimentée de nostre bienheureuse mère Magdeleine dé saint Joseph, depuis que j'ay la grâce d'estre en cette maispn , fais le présent escrit pour valoir en temps et lieu.
Fort peu de temps après mon entrée fceans , ayant encore l'habit séculier et recevant grande contradiction dé mes proches sur ma demeure en cette maison, je m'adressois souvent à la bienheureuse "pour qu'elle m'obtînt la force de persévérer dans ma vocation*. J'avois ouy parler d'elle à des personnes de grande condition et considération avec des termes qui m'en avoient donné
une estime toute particulière, et mesme j'ay eu la bénédiction de Tavoir vue pendant sa vie ; mais j'estois si jeune que je ne pou vois pas remarquer en elle toutes les vertus qui y p&roissoient; seulement j'estois touchée de quelque sentiment de dévotion sur sa douceur et sur sa charité, de sorte qu'il m'en est resté le souvenir jusques à cette heure , et cela n'a pas peu contribué à me faire recourir à elle dans, tous mes besoins; ensuite de quoy bien qu'indigne, j'ay yçu assistance d'elle en plusieurs occasions.
La première chose qu'elle nous a fait paroistre a esté qu'estant allée un soir la prier dans la chambre où elle est decedée, je sentis une àenleur qui dura environ un quart d'heure. D'abord, c'estôit comme toute sorte de fleurs odoriférantes, et puis je sentis comme du musc, et sur la fin ce fut une senteur comme d'une très-excellente cassolette. J'estois seule en cette chambre, et je regarday partout sy on n'y avoit point mis quelque senteur ou de fleur ou de cassolette, et je vis qu'il n'y avoit quoyque ce soit de tout cela, ny chose quelconque qui me pust faire croire que ce n'estoit pas la sainte qui me faisoit cette faveur. Pendant tout ce quart d'heure, je me sentis eslevée à Dieu et le remerciay, avec beaucoup de dévotion sensible , des miracles qu'A faisoit pour manifester la sainteté de sa bienheureuse servante.
Au mois cle may de l'année passée 1649, ayant* eu une artère piquée au bras droit, on me le pansoit tous les jours. Un soir, il m'y vint des douleurs sy efctremes que je doutois sy la gangreîne ne s'y mettrôit point. J'estois dans une telle inquiétude que je ne croyois pas pouvoir fermer l'œil de toute la nuit. En cet accablement de mal , je m' adçessay à nostre bienheureuse mère, et luy dis l'antienne , Veni, spohsa Çhristi, pour la supplier qu'elle m'obtînt de Nostre Seigneur un peu de soulagement en mon mal , et je mis dessus mon bras un peu dé linge tremjré dans son sang. Au mesme moment , Je ne sentis plus nulle douleur, et je dormis toute cette nirîct sans me réveiller et sans aucune inquiétude, et dépuis je n'eus plus de douleur en mon bras, quoyque pour le reste il ne fust pas entièrement guery. Je croyrois estre ingratte, sy je ne rendois témoignage de cette assistance.
M» DU VI&BANj SŒUR MARTHE DE JÉSUS. 46$
De plus, en la mesme année au mois d'aoust , j'eus recours à cette bienheureuse , estant malade d'une fièvre continue dont je pensé mourir, et voué,. avec le congé de nostre mère prieure, un annuel dp messes en son honneur, proposant, sous le bon plaisir de F obéissance, de faire continuer ces messes le reste de ma vie, que je crois avoir pu estre prolongée par les intercessions de la bienheureuse; car, dèç le lendemain de ce vœu, je commençay à me mieux porter, jusqu à une entière guerison qui suivit quelques jours après.
Je rends aussy témoignage, pour la gloire de Dieu^t de sa fidèle servante, que Mme la duchesse de Richelieu, ma soeur, en areceu assistance en quelques affaires de très-grande importance, qu'elle lui avoit recommandées, pour l'heureux succès desquelles i elle avoit voué deux annuels de messes en son honneur, l'un sur la fin de l'an 1649, l'autre en cette présente année 1650. Et comme ma sœur a obtenu ce qu'elle lui avoit demandé; aussy a-t-elle commencé de satisfaire à son vœu avec grande reconnoissance, et augmentation de confiance en la bienheureuse.
Tout ce que j'ai dit est tres-veritable. -C'est pourquoy je le signe de ma main, ce jourd'huy 17 novembre 1650. x>
Quand une religieuse mourait, la mère prieure en faisait part à toutes les maisons de l'ordre et demandait leurs prières en faveur' de la décédée. Elle écrivait, à cet effet, une lettre circulaire^ édifiante plutôt qu'historique, où toutefois on trouve de loin en loin des renseignements précieux. La collection de ces lettres circu-, laires est une des sources les meilleures de l'histoire du couvent de la rue Saint-Jacques. Nous y avons beaucoup puisé, ainsi que dans les annales des fondations et dans les vies manuscrites. C'est la mère Marie-Madeleine de Jésus, MUe Marie Lancry de Bains, qui composa la lettre circulaire de MUe de Fors Du Vigeari,
1. Les deux seules affaires importantes qu'ait poursuivies Mme de Richelieu en 16*9 et 1650 , sont, d'abord son mariage avec le duc de Richelieu, qu'elle ménagea avec un art infini et qui eut lieu, à la fin de 1649, puis le désir de rentrer en grâce avec la reine et Mazarin et d'en obtenir le tabouret, à quoi elle réussit en 1650 en sacrifiant Mme de Longue ville, à laquelle elle devait son mariage. Voyez ne partie. fc .
sœur Marthe de Jésus, morte en 4665, le 25 avril, comme nous l'apprend le commencement de la circulaire. Nous la transcrivons presque tout entière :
« Son • appel à la vie religieuse eut tous les caractères d'une vocation divine. Nous le rapporterons ici tel qu'il se trouve décrit dans la Vie de saint Vincent de Paul, d'après !e témoignage signé de sa propre main,, dam les informations juridiques faites trois mois après la mort du saint, » Vie de saint Vincent de Paul , Nancy, 2 vol. in-4, 17M et 1748 (parCoMet) : « Là marquise Du Vigean étant malade, Vincent alla chez elle pour la consoler. La visite finie, au défaut dé la mère, la fille se chargea de le reconduire. Mademoiselle, hii dit-il, vous n'êtes pas faite pour le monde. Elle comprit le sens de cette expression générale , à laquelle elle aurait volontiers répondu : Si cet homme était prophète, il ne me tiendrait pas un pareil propos. Elle déclara au saint qu'elle n'avait aucun goût pour la1 vie religieuse; et comme elle n'ignorait point le crédit qu'il avait auprès de Dietr, elle le pria fort de ne lui demander point qu'il la fît changer de sentiment Vincent sortit et ne répliqua rien. Mu,î Du Vigean le quitta plus résolue que jamais de s'établir dans le siècle 5 eUe reconnut avec le temps que Dieu lui avait parlé par la bouche de son ministre. Sa passion pour le monde, dont les agréments commençaient à l'enivrer, s'évanouit entièrement. » MUe Du Vigean quitta le siècle avec courage et tous les grands avantages qu'elle pouvait posséder à la cour, où elle était singulièrement estimée. Mais le sacrifice qui coûta le plus à son cœur fut la séparation de Mme sa mère, qui l'aimait au-dessus de toute expression. On comprit dès lors que ses Années seraient remplies de grandes bénédictions. Qn ne peut dire à quel point s'est portée sa ferveur pour toutes les vertus religieuses. Dès son entrée, elle montra un si grand désir de la retraite qu'il paraissait bien qu'elle y trouvait celui qui fait notre véritable bonheur; et toot le temps qu'elle a été parmi nous, elle y a toujours tendu, n'en sortant jamais <Jué pour l'obéissance Ou la charité. L'oubli de son corps a été en elle si