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de le trouver un mari commode ; mais celui-ci , fier et amoureux, entendit bien avoir épousé pour luimême la belle Charlotte ; et, voyant le roi s'enflammer de plus en plus , il ne trouva d'autre moyen de se tirer de ce pas difficile que d'enlever sa femme et de s'enfuir avec elle à Bruxelles. On sait toutes les folies que fit alors Henri IV, et à quelles extrémités il s'allait porter quand il fut assassiné en 1610 f.
Henri de Bourbon , prince de Condé , n'était point un homme ordinaire. 11 devait beaucoup à Henri IV, et il en attendait beaucoup ; mais il eut le courage de mettre en péril l'avenir de sa maison en s' exilant volontairement , et plus tard il se compromit de nouveau par sa résistance à la tyrannie sans gloire du maréchal d'Ancre, sous la régence de Marie de Médicis. Arrêté en 1616, il ne sortit de prison qu'à la fin de 1619 , et dès lors il ne songea plus qu'à sa fortune. Né protestant , il avait embrassé le catholicisme par politique, à l'exemple d'Henri IV. Sa femme lui avait apporté une grande partie des immenses richesses des Montmorency. Il se soumit à Luynes et servit Bichelieu. Il força son fils , le duc d'Enghien, à épouser une nièce du tout-puissant cardinal , qui venait de faire décapiter son beau-frère.
1. Voyez, à la Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrits de Conrart, in-4°, t. XVI, p. 642, une lettre inédite de Henri de Bourbon à sa mère, sur l'assassinat d'Henri IV, qui prouve à quel point il est absurde de l'accuser d'avoir trempé dans cet assassinat. Le même volume contient divers écrits du même prince contre le maréchal d'Ancre. A 5
Aussi avare qu'ambitieux, il amassait du bien, il entassait des honneurs. A la mort de Richelieu, il devint le chef du conseil , et déploya dans cette conjoncture difficile un heureux mélange de prudence et de fermeté. Il soutint la régence d'Anne d'Autriche et sauva la France des premiers périls de la longue minorité de LouÎ6 XI Y. Il mérite une place dans la reconnaissance de Ja patrie pour lui avoir donné en quelque sorte dieux fois le grand Condé en imposant à cette nature de feu , et toute faite pour la guerre 9 la plus forte éducation militaire que jamais prince ait reçue, et en le préparant à pouvoir prendre à vingt et un ans le commandement en chef de l'armée sur laquelle reposaient en 1643 le6 destinées de la France.
Lorsque Henri de Bourbon , qu'on appelait M, le Prince, fut arrêté, il ne fit qu'une seule prière, que lui dictaient la jalousie et l'amour : il demanda qu'il fût permis à sa femme de partager sa prison. Charlotte de Montmorency avait à peine vingt et un ans 9 elle n'aimait pas son mari, et ils ne vivaient pas très-bien ensemble ; mais elle n'hésita point , et vint elle-même supplier le roi de lui permettre de s'enfermer avec son mari, m acceptant la condition de rester prisonnière tout 1$ teaaps qu'il le serait. Cette captivité, d'abord très-dure à la Bastille, puis un peu moins rigoureuse à Vincennes, dura trois années. La jeune princesse fut souvent malade ; elle eut plusieurs grossesses malheureuses, et accoucha d'enfants
mort-nés T. Enfin, le 28 août 1619, entre minuit et une heure, elle mit au monde Anne-Geneviève. Il semble que la naissance de cet enfant porta bonheur à ses parents , car deux mois n'étaient pas écoulés
1. Nous trouvons sur tout cela des détails nouveaux et curieux dans un Journal historique et anecdote 4e la caw et de Pmrie, au t. XI, in-4°, des manuscrits die Conrart. Ce journal inédit commence au 1" janvier 1614 et va jusqu'au 1" janvier 1630.
M. le Prince est arrêté le 1" septembre 1616 par ordre du maréchal d'Ancre, favori de la reine régente Marie de Médicis.
« Le 1 1 de Septembre, M™ la jeune Princesse arrive fort affligée. On dit que M. de Montmorency fut mal content de ce que la reine ne lui voulut pas permettre de voir M. le Prince.
« Le 19 Mai 1617, M. le Prince fait supplier le roy de foire une œuvre charitable en lui faisant bailler sa femme, à la charge qu'elle demeureroit prisonnière avec lui.
« 26 Mai 1617, Mm* la princesse de Gondé va saluer le roy et le supplier de lui vouloir permettre d'entrer prisonnière dans la Bastille avec M. le Prince. Le roy le lui accorde, et d'y mener seulement une damoiselle. Sur quoy son petit nain ayant supplié le roy de trouver bon qu'il n'abandonnât pas sa maltresse, Sa Majesté le lui permit aussi. La mesme après-dlnée, Mme la Princesse entra dans la Bastille, où elle fut reçue de M. le Prince avec tous les témoignages d'amitié qui se peuvent imaginer, et jusques-la qu'il ne la laissa jamais en repos qu'elle lui eût dit qu'elle lui pardonnoit. » — Dans ce même journal, il a été souvent question de la mauvaise conduite du prince envers sa femme, sur laquelle il n'y a pas un seul mot de blâme.
« 31 Aoust 1617. Entreprise pour sauver M. le Prince de la Bastille découverte. »
« 15 Septembre 1617. M. le Prince mené de la Bastille au bois de Vincennes... Longtemps auparavant il avoit demandé que Ton le mit au bois de Vincennes pour y avoir meilleur air. M. de Modène lui dit que se souvenant de cela, il avoit tant pressé le roy sur ce sujet qu'enfin il l'avoit obtenu. M. le Prince répondit que depuis il s'estoit aceoustumé à l'air de la Bastille; et sur ce résista le plus qu'il put, jusqu'à ce qu'il fallust aller. M"0 la Princesse alla aussi avec lui en carrosse, n'ayant voulu entrer en litière. On dit qu'au commencement M. le Prince croioit
que le prince de Condé sortait de prison avec sa femme et sa fille , et reprenait son rang et tous ses honneurs.
Anne-Geneviève de Bourbon passa donc bien vite du
seulement qu'on lui vouloit oster sa femme- M. de Vitry, M. de Persan, M. de Modène, étoient avec lui dans le carrosse. Depuis qu'il a esté dans le bois de Vincennes, on lui a permis, environ le commencement d'octobre, de se promener sur l'épaisseur d'une grosse muraille qui est en forme de galerie. M. de Persan est demeuré dans le donjon du bois de Vincennes pour garder M. le Prince avec la plus grande partie des soldats qu'il avoit dans la Bastille, et M. de Cadenet (depuis duc et maréchal de Ghaulnes, le frère du connétable de Luynes), avec douze compagnies du régiment de Normandie, fait garde dans la cour du chasteau, d'où les soldats ne sortent pas. »
« Environ le 20 décembre 4617. Mm« la Princesse très malade. Elle accouche dans le bois de Vincennes, à sept mois, d'un fils mort-né, et fut plus de quarante-huit heures sans mouvement ni sentiment. Jamais personne n'a été en une plus grande extrémité sans mourir. Entre autres médecins, M. Duret et M. Piètre l'assistèrent avec un soin extrême. Sur ce que M. le Prince désiroit qu'on Ht des obsèques à ce petit enfant, M. Tévèque de Paris assembla des théologiens, lesquels jugèrent que, puisque n'ayant point receu le baptesme il n'estoit point entré en l'église, on ne devoit user d'aucunes cérémonies sur le sujet de sa mort.»
« 5 Septembre 1 618. Mm« la Princesse accouche de deux garçons morts. Le roy en témoigne un grand déplaisir. Plusieurs personnes eurent permission de l'aller voir. »
« 21 Mars 1619. M. le Prince tombe malade. Mardi, 2 avril, MM Hatin, Duret et Seguin vont au Louvre représenter Testât de la maladie. La cause en estoit attribuée à profonde mélancolie. 11 fut tenu plusieurs j ours hors d'espérance. Il fut permis à Mme sa mère, à M»e la comtesse, à Mm« de Ventadour, à Mme la comtesse d'Auvergne, à Mme de la Tréinoille, à Mm« de Fontaines, à Mme la Grande, etc., de l'aller visiter. Le lundi, 8 avril, le roy lui renvoyé son espée par M. de Cadenet, et lui escrit : « Mon cousin, je suis bien fasché de votre maladie. Je vous prie « de vous resjouir. Incontinent que j'aurai donné ordre à mes affaires,
donjon de Vincennes à l'hôtel de Condé. C'est là que deux ans après, le 2 septembre 1621 , il lui naquit le frère qui devait porter si haut le nom de Condé, Louis , duc d'Enghien , et plus tard , en 1629 , un autre frère encore, Armand, prince de Conti. Celui-ci ne manquait pas d'esprit ; mais il était faible de corps, et même assez mal tourné. On le destina à l'église. Il fit
«je tous donnerai vostre liberté. Réjouissez-vous donc, et ayez assu- « rance de mon amitié. Je suis, etc. »
« 28 Aonst 1619. Entre minuit et une heure, Mm* la Princesse accouche d'une fille dans le bois de Vincennes. »
« 17 Octobre 1619. Conseil tenu, où Ton prit la dernièie résolution de faire sortir M. le Prince. »
« Le 18. Le roy va à Chantilly pour y attendre M. le Prince. »
« Le 19. M. de Luynes va trouver M. le Prince au bois de Vincennes.»
« Le 20. M. de Luynes va de bon matin au bois de Vincennes, et monte en carrosse avec M. le Prince et Mm« la Princesse, où étoient aussi MM. de Caienet et de Modène. Il vint trouver le roy à Chantilly, et le vit dans un cabinet où Ton dit qu'il se mit à genoux et fit des protestations extrêmes de fidélité et de ressentiment de l'obligation qu'il lnyavoit. »
« Le 22. Le roy revient à Compiègne accompagné de M. le Prince. Mme la Princesse y arriva et vit la reyne le même jour.
Dans le t. XVI de ces mêmes manuscrits, p. 933, un agent diplomatique français transmet les bruits répandus dans les Pays-Bas au sujet du prince et de la princesse de Condé, prisonniers à la Bastille ou à Vincennes. « La princesse de Condé, la jeune, a écrit par deçà à une sienne femme de chambre mariée en cette ville, que M. le prince de Condé a cuidé estre empoisonné par un sien escuyer de cuisine, nommé Baucheron, qui avoit pratiqué et receu argent pour cet effet, lequel s'est sauvé; et parce qu'il pourroit se réfugier en ce pays, elle lui donne charge d'en avertir le prince et la prinsesse d'Orange, afin de Tarrester si faire se peut. Les gens du dit prince d'Orange disent aussi que M. le prince de Condé s'est cuidé sauver, et a esté trahi et descouvert par un de ses domestiques, mais qu'il a encore d'autres moyens pour sa liberté» »
ses études au collège de Clermont, chez les jésuites, avec Molière , et sa théologie à Bourges sous le père Deschamps. Il ne commença à paraître dans le monde que vers 1647, un peu avant la Fronde. Le duc d'Enghien, chargé de soutenir la grandeur de sa maison, fut élevé par son père avec la mile tendresse dont nous avons déjà parlé, et dont les fruits ont été trop grands pour qu'il ne nous soit pas permis de nous y arrêter un moment.
M. le Prince ne donna pas de gouverneur à son fils : il voulut diriger lui-même son éducation, en se faisant aider par deux hommes d'élite, l'un pour les exercices du corps, l'autre pour ceux de l'esprit. Le jeune duc fit ses études chez les jésuites de Bourges avec le plus grand succès. Il y soutint avec un certain éclat des thèses de philosophie. Il apprit le droit sous le célèbre docteur Edmond Mérille. Il étudia l'histoire et les mathématiques, sans négliger l'italien , la danse , la paume , le cheval et la chasse. De retour à Paris , il revit sa sœur, et fut charmé de ses grâces et de son esprit ; il se lia avec elle de la plus tendre amitié, qui plus tard essuya bien quelques éclipses , mais résista à toutes les épreuves , et après l'âge des passions devint aussi solide que d'abord elle avait été vive. A. l'hôtel de Condé , le duc d'Enghien se forma dans la compagnie de sa sœur et de sa mère à la politesse , aux belles manières, à la galanterie. Son père le mit à l'académie
sous un maître renommé , auquel il donna une absolue autorité sur son fils. Louis de Bourbon y ftit traitéaussi durement qu'un simple gentilhomme. Il eut à Pacadémie les mêmes succès qu'au collège t d'où il était sorti te plus capable de tous ceux qui y étaient avec lui. Laissons parler Lenet ', véridique témoin de tout ce qu'il raconte :
« L'on n'avoit point encore vu de prince du sang eslevé et instruit de cette manière vulgaire; aussi n'en a-t-on pas vu qui ait en si peu de temps et dans une si grande jeunesse acquis tant de savoir, tant de lumière et tant d'adresse en toute sorte d'exercices. Le prince son père , habile et éclairé en toute chose , crut qu'il seroit moins diverti de cette occupation , si nécessaire à un homme de sa naissance , jdans l'académie que dans Thostel ; il crut encore que es seigneurs et les gentilshommes qui y estoient et qui y entreroient pour avoir l'honneur d'y estre avec lui seroient autant de serviteurs et d'amis qui s'attacheroient à sa personne et à sa fortune. Tous les jours destinés au travail, rie» n'estott capable de l'en divertir. Toute la cour alloit admirer son air et sa bonne grâce à bien manier un cheval , à courre la bague, à danser et à faire des armes. Le roi même se faisoit rendre compte de temps en temps de sa conduite, et loua souvent le profond jugement du prince son père en toute chose, et particulièrement en l'édu-
1. Mémoires de Lenet, collection de ftfichattd, m« série, t. H, p. 448.
cation du duc son fils, et disoit à tout le monde qu'il .vouloit l'imiter en cela , et faire instruire et élever monsieur le Dauphin de la mesme manière... »
t... Après que le jeune duc eut demeuré dans cette escole de vertu le temps nécessaire pour s'y perfectionner, comme il fit, il en sortit, et, après avoir esté quelques mois à la cour et parmi les damas, où il fist d'abord voir cet air noble et galand qui le faisoit aimer de tout le monde, le prince son père fit trouver bon au roy et au cardinal de Richelieu, ce puissant, habile et autorisé ministre , qui tenoit pour lors le timon de Testât , de l'envoyer dans son gouvernement de Bourgogne avec des lettres patentes, pour y commander en son absence... »
« Les troupes traversoient souvent la Bourgogne , et souvent elles y prenoient leurs quartiers d'hyver. Là le jeune prince commença d'apprendre la manière de les bien establir et de les bien régler, c'est-à-dire à faire subsister des troupes sans ruiner les lieux où elles séjournent. Il apprit à donner des routes et des lieux d'assemblée, à faire vivre les gens de guerre avec ordre et discipline. Il recevoit les plaintes de tout le monde et leur faisoit justice. Il trouva une manière de contenter les soldats et les peuples; il recevoit souvent des ordres du roy et des lettres des ministres; il était ponctuel à y respondre, et la cour comme la province voyoit avec estonnement son application dans les affaires. Il entroit au
parlement quand quelques subjects importants y rendoient sa présence nécessaire ou quand la plaidoierie de quelque belle cause y attiroit sa curiosité. L'intendant de la justice n'expédioit rien sans lui en rendre compte ; il commençoit dès lors, quelque confiance qu'il eust en ses secrétaires , de ne signer ni ordres ni lettres qu'il ne les eust commandés auparavant et sans les avoir vus d'un bout à l'autre... Ces occupations grandes et sérieuses n'empeschoient pas ses divertissements , et ses plaisirs n'estoient pas un obstacle à ses études. Il trouvoit des jours et des heures pour toutes choses; il alloit à la chasse; il ttroit des mieux en volant; il donnoit le bal aux daines ; il alloit manger chez ses serviteurs ; il dansoit des ballets; il continuoit d'apprendre les langues, de lire l'histoire ; il s'appliquoit aux mathématiques, et surtout à la géométrie et aux fortifications ; il traça et esleva un fort de quatre bastions à une lieue de Dijon , dans la plaine de Blaye , et l'empressement qu'il eust de le voir achever et en estât de l'attaquer et de le deffendre , comme il fit plusieurs fois avec tous les jeunes seigneurs et gentilshommes qui se rendoient assidus auprès de luy, estoit tel qu'il s'y faisoit apporter son couvert et y prerioit la pluspart de ses repas. »
Ainsi préparé, le duc d'Enghien alla, pendant l'été de 1640, servir en qualité de volontaire dans l'armée du maréchal de La Meilleraye. Celui-ci voulait
prendre ses ordres et avoir l'air au moins de dépendre de lui. Le jeune duc s'y refusa opiniâtrement, disant qu'il était venu pour apprendre son métier, et qu'il voulait faire toutes les fonctions d'un volontaire, sans qu'on eût égard à son rang. Dans une des premières affaires, La Ferté-Senneterre fut blessé et eut son cheval tué d'un coup de canon. Leduc d'Enghien était si près de lui, que le sang du cheval lui couvrit le visage. Au siège d'Àrras , on le vit partout à la tête des volontaires. 11 se trouva à toutes les sorties que firent les assiégés ; il quittait très-peu la tranchée ; il y couchait souvent et s'y faisait apporter à manger. 11 y eut trois combats pendant ce siège. Le jeune duc se distingua dans tous. « Le grand cœur qu'il montra en toutes ces occasions, dit Lenet *, la manière obligeante dont il traitoit tout le monde, la libéralité avec laquelle il assistait ceux de ses amis qui en avoient besoin , les officiers et les sofdats blessés , le secret qu'il gardoit en leur faisant du bien , firent augurer aux clairvoyants qu'il serait un jour un des plus grands capitaines du monde. »
C'est dans l'hiver de 16ftl qu'on lui fit épouser Mlle de Brézé, nièce de Richelieu. Le duc d'Enghien fit tout ce qu'il put pour éviter cette alliance , qui répugnait à son cœur autant qu'à son ambition. Il avaii jeté les yeux sur Mademoiselle , alors fille unique du duc d'Orléans , belle , jeune , riche