‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 31 sur 180 · Histoire manuscrite, t. II · texte numérisé non relu

Histoire manuscrite, t. II

aller pour la consoler ; elle lui remit les Confessions de saint Augustin et le Chemin de Perfection dé sainte Thérèse, en l'invitant à faire promettre à son fils d'y lire tous les matins durant un quart d'heure seulement. Il le promit, mais il passa huit jours sans le faire. Une nuit, se sentant pressé de tenir sa parole, il se leva et lut quelques pages de ces livres. A mesure qu'il lisait, Dieu F éclaira et le toucha si vivement que pendant plusieurs jours il versa des larmes, et demeura dans un trouble et une agitation à faire croire qu'il perdrait F esprit. Enfin il se calma, et durant plusieurs nuits il fut pénétré et comme inondé de lumières sur les perfections de Dieu. Un matin , à la pointe du jour, il se fit conduire à la place de Grenelle avec la pepsonne qui le tenait captif. Là il lui annonça qu'il ne la reverrait jamais; il lui laissa son carrosse pour se faire conduire où elle voudrait. Il revint à pied chez lui , et se rendit aux Carmélites pour voir sa sœur qu'il n'avait pas vue depuis de longues années. Celle-ci fit appeler la mère Marie de Jésus, et elle dit à son frère : Voilà votre bienfaitrice. Marie de Jésus n'avait cessé de prier pour lui. Elle lui prodigua les conseils les plus affectueux , qu'elle renouvela régulièrement une fois par semaine pendant plusieurs années. Il les suivit avec la plus grande docilité et fit de si grands progrès dans la vertu que , s' étant défait de sa charge et ayant renoncé à tous les plaisirs de la vie , il se retira dans une campagne,

y vécut en pénitent, et finit ses jours dans l'amour de Dieu.

Marie de Jésus fut très-aimée d' Anne d'Autriche, qui venait souvent la voir, et amenait avec elle Louis XIV et son frère le duc d'Anjou. Elle contribua beaucoup à l'agrandissement et à l'embellissement du monastère , qui la perdit en 1652.

Dans l'année 1620, les Carmélites acquirent une digne sœur dans une des filles d'honneur de la reine Marie de Médicis , M,le Marie Lancri de Bains. Pour faire connaître ce qu'était Mlle de Bains, nous nous aiderons d'une vie manuscrite composée par une carmélite qui l'avait parfaitement connue ' :

« Mme de Bains avait fait élever sa fille chez les Ursulines ; elle l'en retira à l'âge de douze ans pour la placer à la cour, dans l'espoir que sa beauté et sa sagesse lui procureraient un établissement , sans faire réflexion aux périls où elle l'exposait en l'abandonnant à elle-même dans un lieu si rempli d'écueils. Mais Dieu, qui s'était déjà approprié cette âme, veilla sur elle et la conserva sans tache au milieu de cette cour. Sa vertu y fut admirée autant que sa parfaite beauté, dont le portrait passa jusque dans les pays étrangers, et les plus fameux peintres la tirèrent à l'envi pour faire valoir leur pinceau. Elle avoua depuis avec agrément que jusqu'à l'âge de

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