‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 57 sur 180 · Édition Mièhaud, p. ftt · texte numérisé non relu

Édition Mièhaud, p. ftt

bles, et des récits d'intrigues de cour ou de galanterie, qui faisaient passer la vie avec autant de douceur qu'il était possible.... Ces divertissements étaient troublés par les mauvaises nouvelles qu'on apportait ou qu'on écrivait. C'était un plaisir très-grand de voir toutes ces jeunes dames tristes ou gaies , suivant les visites rares ou fréquentes qui leur venaient, et suivant la nature des lettres qu'elles recevaient; et, comme on savait à peu près les affaires des unes et des autres , il était aisé d'y entrer assez avant pour s'en divertir. On voyait à tous moments arriver des visites ou des messages qui donnaient de grandes jalousies à celles qui n'en recevaient point , et tout cela nous attirait des chansons, des sonnets et des élégies qui ne divertissaient pas moins les indifférents que les intéressés. On faisait des bouts-rimés et des énigmes qui occupaient le temps aux heures perdues. On voyait les unes et les autres se promener sur le bord des étangs , dans les allées du jardin ou du parc , sur la terrasse ou sur la pelouse , seules ou en troupe, suivant l'humeur où elles étaient, pendant que d'autres chantaient un air ou récitaient des vers, ou lisaient des romans sur un balcon ou en se promenant ou couchées sur l'herbe. Jamais on n'a vu un si beau lieu, dans une si belle saison, rempli de meilleure ni de plus aimable compagnie. »

Mais avant 4650, avant la Fronde, qui divisa toute la société française, Chantilly était un séjour

bien pluS agréable encore. Jugez-en par cette lettre que Sarrazin écrivait de Chantilly, au commencement de 1648, à Mlle de Rambouillet, devenue Mme de Montausier , qui venait de partir avec son mari pour leur gouvernement de Saintonge et d' Angoumois l :

Ni tout ce qu'on a dit de l'heureuse contrée

Où messire Honoré1 fit adorer Astrée,

Ni tout ce qu'on a peint des superbes beautés

De ces grands palais enchantés Où l'amoureuse Armide et l'amoureuse Alcine

Emprisonnèrent leurs blondins, Ni les inventions de ces plaisants jardins

Que, malgré Falerine, Détruisit le plus fier de tous les Paladins,

Tout cela , quoy qu'en veuillent dire

Les gens qui nous en ont conté, Est moins beau que le lieu dont je vous ay daté ,

Et d'où je prétens vous écrire En stile de roman la pure vérité.

« Le bruit que le zéphir excite parmi les feuilles des bocages quand la nuit va couvrir la terre agitoit doucement la forêt de Chantilly, lorsque, dans la grande route , trois nymphes apparurent au solitaire Tircis. Elles n'étoient pas de ces pauvres nymphes des bois, plus dignes de pitié que d'envie , qui, pour logis et pour habit, n'ont que l'écorcedes arbres. Leur

i. Œuvres de M. Sarrazin, à Paris, in-4°, 1656 , p. 231. Cette première édition a été reproduite en deux petits volumes en 1663 et en 1685. En 1674 parurent les Nouvelles Œuvres de Sarrazin, en deux parties, contenant de la prose et des vers.

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