Mémoires, Amsterdam, 1735, t. I«r, p
2. Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrits de Cdnrart, in-fol., t. VI II, p. 145. Sur M"e de Vandy, la parente et l'amie de Mm8 la comtesse de Maure, voyez Mademoiselle, t. III, p. 58, et t. V, p. 25, ainsi que son portrait parmi les portraits de Mademoiselle; voyez aussi Tallemant, t. II, p. 334.
comparaisons que sa beauté suggérait naturellement? Cet accord fortuit et si frappant autorise et justifie ■ pleinement le langage, qui sans cela eût pu être suspect, de Scudéry dans la dédicace iïArlamène ou le Grand Cyrus : « La beauté que vous possédez au souverain degré... n'est pas ce que vous avez de plus merveilleux , quoiqu'elle soit l'objet de la merveille de tout le monde. L'on en voit sans doute en Votre Altesse l'idée la plus parfaite qui puisse tomber sous la vue, soit pour la taille qu'elle a si belle et si noble, soit pour la majesté du port , soit pour la beauté de ses cheveux qui effacent les rayons de l'astre avec lequel je vous compare , soit pour l'éclat et pour le charme des yeux, pour la blancheur et pour la vivacité du teint -, pour la juste proportion de tous les traits, et pour cet air modeste et galant tout ensemble qui est l'Ame de la beauté '. »
1. Dans un ouvrage obscur, intitulé : La Vie de Pierre Dubosc , ministre du saint Évangile, enrichie de lettres, de harangues, etc. , Rotterdam, 1698, in-8°, je trouve une harangue adressée à Caen, en juin 1648, à M™ de Lorigueville , où le bon ministre protestant en parle presque comme Scudéry. P. 328. « Le portrait. Madame, que la renommée fait de vous, est connu par toute la terre ; et chacun y trouve tant de merveilles qu'on ne peut croire qu'il ne flatte l'original que quand on a le bonheur de vous voir. Alors on reconnaît que tout ce que fet voix publique dit de Votre AHesse n'est qu'un petit crayon de ce que vous êtes... On ne saurait jamais assez bien dépeindre cet agréable mélange de douceur et de majesté qui tempère votre visage , et qui donne de la hardiesse et de la crainte en même temps à ceux qui ont l'honneur d'approcher de votre personne. On ne saurait exprimer cette adresse inimitable qui parait en toutes vos actions, cette brillante
Au reste , non content de cette description , Scudéry l'a relevée et, comme on dirait aujourd'hui, illustrée par un portrait de Mme de Longueville, ainsi que Chapelain, en dédiant la Pucelle à son mari, a placé le portrait de ce prince en tête de son livre. Ceci nous amène à dire un mot des divers portraits que nous connaissons de Mme de Longueville ; ils nous la montrent successivement dans sa gracieuse adolescence , dans son éclat , dans sa maturité.
Le roi Louis-Philippe eut l'heureuse idée de rassembler à Versailles, dans les galeries du second étage, tous les portraits qu'il put recueillir des personnages célèbres de France. On y rencontre l un portrait de Mme de Longueville toute jeune, à côté de son père , Henri de Bourbon , et de sa mère , Charlotte de Montmorency. Malheureusement c'est une copie. Une note, placée derrière le cadre, dit que cette copie a été faite sur une peinture originale de Ducayer de 1634. Mllc de Bourbon, née en 1619, avait alors quinze ans. Il est impossible de voir ni d'imaginer une plus charmante créature. Tous les
vivacité qu'on admire dans vos paroles, cet air gracieux et pompeux qui fait respecter même votre silence Surtout , de quel pinceau pourrait-on représenter cet esprit formé de la main des Grâces et cultivé de celle des Muses, qui ne produit rien en vous que de judicieux, de délicat, d'éclatant, qui vous acquiert l'admiration du Siècle, les ravissements de la cour, les applaudissements des provinces, et qui a mérité les hommages des ennemis mêmes à Munster, et les a mis à vos pieds, pendant qu'ils refusaient la paix à toute l'Europe. » 1. Attique du Nord, n- 2173.
signes de la grande beauté qui va venir y sont déjà ; certains attraits manquent encore , mais la force qui les promet et les assure est partout empreinte.
La voici maintenant mariée, et pendant l'ambassade de Munster, en 1646 et 1647. Elle a vingt-sept ou vingt-huit ans. Anselme Van Hull est l'auteur de ce portrait. C'est un buste, avec un encadrement très-orné. La jeune femme a bien tenu tout ce que promettait la jeune fille. Les formes de la beauté se sont développées. Ses cheveux sont magnifiques. Elle a le collier de perles qui ne la quitte guère. Ce portrait est gravé dans la collection des négociateurs de Munster *. \
Celui qui est en tête du premier volume du Grand Cyrus représente Mme de Longueville en 1649 a. Elle a donc trente ans. Cette gravure est de Regnesson , beau-frère de Nanteuil, d'après Chauveau. On a aussi deux autres gravures, légèrement différentes entre elles, l'une de Moncornet, l'autre de Frosne. Parmi les émaux de Petitot que possède le musée du Louvre , il en est un , selon nous , assez médiocre ,
1. Paciflcatores orbis christiani, rive icônes principum , ducum et legatorum qui Monasterii atque Osnabrugœ pacem Europœ réconciliarunt, quoique singulos ad nativam imaginem expressit Van Hull, celsissimi principis Auriaci dum viveret pictor, in-folio, Rolterodami, 1697. Ce portrait a été souvent reproduit, entre autres, dans l'Europe illustre et la collection d'Odieuvre.
2. C'est bien là en effet la date de la première édition de la première partie, comme le dit le privilège : Achevé # imprimer 1**1 janvier 1649.
inscrit sous le n° 50 , qu'on rapporte à Mm* de Longueville. Tous ces portraits sont à peu près du même temps , et lui donnent le même caractère de beauté , la puissance et l'ampleur des formes, le vjsage plus plein que dans Van Hull, un embonpoint mieux marqué. 11 faut dire à l'honneur de Scudéry, que les phrases de la dédicace du Grand Cyrus que nous avons citées .peuvent servir de texte fidèle à la gravure qui les accompagne. Voilà bien ces blonds cher veux, ces yeux si doux, ce teint d'une blancheur éblouissante , j'ajoute et cet habillement gracieux et noble qui va si bien à la beauté, comme l'habillement des femmes du xviii* siècle semble avoir été inventé pour la laideur honteuse d'elle-même.
Enfin le musée de Versailles ' contient un autre portrait de Mme de Longueville attribué à Mignard. On y reconnaît aisément la noble dame dont l'image est en tête du Grand Cyrus. C'est bien Mme de Longueville, avec ce grand air et l'aimable langueur que tout le monde lui attribue. Elle est assise tenant un bouquet de fleurs dans les mains , dans un riche costume de cour.
Pour ne rien oublier, indiquons encore une belle médaille d'argent a, sans date et sans nom de gra-
1 Galeries du Hr étage, n? 2J.W.
2. Cabinet des médailles, avec cette légende : An. Çen. Borbonia. D. Long. S. P. Novi Castri. Sur l'autre face de la médaille le portrait de son mari.
veur, qui la représente à peu près au même fige que le portrait dp Versailles, dans sa Jœlje maturité et l'opulence de ses charmes '•
Même après sa conversion, et lorsqu'elle avaijt entièrement regqncé au monde , elle avait gardé une partie de sa beauté , et un gentilhomme qui l'avait vue en ce fcemps4$ chez 6on frère, le prince de Condé, assurait * que les progrès de l'âge ne paraissaient presque pas en elle, que sa piété lui seyait bien , que sa candeur, sa modestie et sa douceur ennoblies ppr son air de dignité , la rendaient dans ces derniers temps aussi propre à plaire q?e jamais.
En décrivant la personne de Mn,e de Longueville, nous nous trouvons presque avoir tracé le caractère de son esprit et de son âme.
1. Il doit y avoir au château d'Eu un portrait de M°" de Longueville, haut de 22 pouces, large de 18, qui provient de la vieille collection de Mademoiselle, duchesse de Montpensier. Voyez, t. II, p. i24, l'ouvrage de M. Vatout intitulé : Catalogue historique et descriptif des tableaux appartenant à Son Altesse royale monseigneur le duc d'Orléans, i vol. in-80, 1823. Il y a trop longtemps que nous avons vu ce portrait pour dire à quelle époque il représente Mme de Longueville, en quoi il se rapproche ou diffère des autres portraits qu'on a d'elle , et de quelle main il est. C'est peut-être le portrait qui est à Versailles. — Le père Lelong indique les portraits suivants de Mme de Longueville : 1° Van Hull; S° Poilly, in-fol. en Pallas; nous n'avons pas trouvé ce portrait dans l'œuvre de Poilly au cabinet des estampes (voyez la note de la p. 363) ; 3° Frosne; 4° Moncornet ; 6° la collection d'Odieuvre.