Manuscrits de Conrart, ibid
M,u DE BOURBON A LUNCOURT. 487
On leur dit sa langueur dedans las promenades!
A l'entour des cascades, Et Ton s'estime heureux du seul contentement
De dire son tourment.
Douze des plus galant, dont les voix sont hardies,
Disent des comédies Sur un riche théâtre, en habits somptueux,
D'un ton majestueux.
On donne tous les soirs de belles sérénades.
On fait des mascarades ; Mail surtout a paru parmi nos passe-temps
Le Ballet du Printemps,
Les dames bien souvent, aux plus belles journées,
Montent <tes haquenées, On voile la perdrix, ou Ton chasse le lou
En allant à Marlou.
Les amants cependant leur disent à l'oreille :
0 divine merveille f Laissez les animaux, puisque vos jeux vainqueurs
Prennent assez de cœurs.
VoUa nos passe-temps, voila nos exercices,
Nos jeux et nos délices. Pensiez-vous que d'icy vous eussiez emporté
Nostre félicité • ?
1. S'écrire en vers était devenu l'amusement de toute cette jeune et ingénieuse société. Le t. XIII des Manuscrits de Gonrart, in-fol., p. 887, contient une épltre en vers au duc d'Enghien, quand il était à Dijon et n'avait pas vingt ans; on lui donne des nouvelles des intrigues galantes de Paris, et on termine ainsi :
• Or, sachez , Monseigneur, que chacun veuf renonce,
Si , ce paquet reçu , vous ne faites reponce ,
%\ » vous n'exprimez avecque de freau* T«r»
Des dames de Dijon les entretiens divers.
Adieu, rirez content avecque ces galtntet.
Nous vous sommes. Seigneur, serviteurs et servante!»
Escrit trois mois avant juillet
Dedans l'hôtel de Rambouillet. •
Un sentiment bien naturel nous porte à rechercher quelle a été la destinée de cette cour de jeunes et braves gentilshommes, de gaies et charmantes jeunes filles, qui entouraient alors M"e de Bourbon et son frère. Nous avons dit celle des hommes : tous se sont illustrés à la guerre ; la plupart sont morts au champ d'honneur. Mais que sont-elles devenues leurs aimables compagnes, cet essaim de jeunes beautés que nous avons suivies sur les pas de M,u de Bourbon à Chantilly, à Ruel, à Liancourt, ces cinq inséparables amies dont nous avons publié des vers moins gracieux que leur figure , MUe de Rambouillet , M,le de Brienne , MUe de Montmorency-Boutteville , M11" Du Vigean? Elles ont eu les fortunes les plus dissemblables, que nous allons rapidement indiquer.
Marie-Antoinette de Lomélie, fille du comte de Brienne , un des ministres de la reine Anne , épousa, en 1642 , le marquis de Gamache , qui devint lieutenant général. On peut voir son portrait tracé par elle-même dans les Portraits de Mademoiselle, avec ceux de son père et de sa mère. Elle n'a point fait de bruit; toute sa vie s'est écoulée honnête et pieuse. Elle est morte à l'âge de quatre-vingts ans, en 170^. Elle a constamment entretenu avec Mme de Longueville le commerce le plus amical. C'était la moins brillante des cinq amies ; elle a été la plus heureuse.
On sait ce que devint Mlle de Rambouillet. Spirituelle, mais ambitieuse, après avoir épousé Montau-