‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 66 sur 180 · LES AMIES DE M"- DE BOURBON. 4S · texte numérisé non relu

LES AMIES DE M"- DE BOURBON. 4S

sier en 1645* elle rechercha, ainsi que son mari, les faveurs de la cour, et elle les obtint en en payant la rançon. Il est assez triste d'avoir commencé par être, dans sa jeunesse, si sévère à ses amants, comme on disait à l'hôtel de Rambouillet, et de ne s'être mariée que par grâce en quelque sorte, comme l'Annande des Femmes savantes, pour finir par être une duègne des plus complaisantes. Nommée d'abord dame d'honneur de la reine Marie-Thérèse, elle eut, en 1664, le courage de prendre la place de la vertueuse duchesse de Navailles , qui ne s'était point prêtée aux amours du jeune roi Louis XIV et de Mllc de La Vallière. De là des accusations très-vraisemblables accueillies par la bienveillante Mme de Motteville elle-même, et que plus tard confirma sa faible conduite, quand le roi abandonna MUe de La Vallière pour Mmc de Montespan ,. C'est au milieu de tous ces

1. Mémoires, t. VI, p. 105. «Cette dame ne haïssait pas la cour. Elle désirait l'approbation générale, et plus ardemment encore de ceux qui avaient du crédit, car naturellement elle avait de l'àpreté pour tout ce qui s'appelle la faveur. » — Ibid., p. 167. « Selon ce que j'ai dit de madame de Montausier, il est aisé de juger qu'elle devait être agréable au roi, non-seulement parce qu'elle avait de belles qualités, mais à cause que le mérite qui était en elle était entièrement tourné à la mode du monde. » Un jour que la reine mère avait reçu malgré elle mademoiselle de La Vallière, madame de Montausier applaudit à cette condescendance, qui avait pénétré de douleur la reine Marie-Thérèse. Ibid. «Je ne puis, en cet endroit, m' empêcher de dire une chose qui peut faire voir combien les gens de la cour pour l'ordinaire ont le cœur et l'esprit gastés. Dans ce même moment que la reine m'avoit commandé d'aller parler à la reine sa mère, je rencontrai madame de Montausier

bruits que son mari fut nommé gouverneur du Dauphin. Montausier était assurément un homme de mérite, et, comme sa femme, il avait de grandes qualités qu'il gâtait par de grands défauts. Il étalait un faste de vertu sous lequel se cachaient bien des misères. Il ne se gênait pas pour censurer tout le monde, et ne souffrait pas qu'on manquât en rien à ce qu'il croyait lui être dû. Il était brusque, emporté,

qui étoit ravie de ce dont la reine étoit au désespoir. Elle me dit avec une exclamation de joye : Voyez-vous, madame, la reine mère a fait une action admirable d'avoir voulu voir La Vallière. Voilà le tour d'une très-habile femme et d'une bonne politique. Mais, ajouta cette dame, elle est si fpible que nous ne pouvons pas espérer qu'elle soutienne cette action comme elle le devroit. Véritablement je fus estonnée de voir, dans la comédie de ce monde, combien la différence des sentiments fait jouer de différents personnages, et ne voulant pas lui répondre, je la quittai... Le duc de Montausier, qui etoit en réputation d'homme d'honneur, me donna quasi en mesme temps une pareille peine, car, en parlant du chagrin que la reine mère a voit eu contre la comtesse de Brancas, il me dit ces mots : Ah! vraiment la reine est bien plaisante d'avoir trouvé mauvais que madame de Brancas ait eu de la complaisance pour le roi en tenant compagnie à mademoiselle de La Vallière. Si elle estoit habile et sage, elle devroit estre bien aise que le roi fust amoureux de mademoiselle de Brancas; car étant fille d'un homme qui est à elle (le comte de Brancas était chevalier d'honneur de la reine mère ) et son premier domestique, lui , sa femme et sa fille lui rendroient de bons offices auprès du roi. » Quand vinrent les amours du roi avec madame de Montespan, madame de Montausier ne fut pas plus sévère, Mémoires de Mademoiselle, t. V, p. 254 : « Madame de Montespan s'en alloit demeurer dans la chambre qui estoit l'appartement de madame de Montausier, proche de celle du roi ; et l'on avoit remarqué que l'on avoit oté une sentinelle que l'on avoit mise jusque-là dans un degré qui avoit communication du logement du roi à celui de madame de Montespan... On me mande, dit la reine, que c'est madame de Montausier qui conduit cette intrigue, quelle me trompe, que le roi ne bougeoit d'avec madame de Montes*

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