‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 67 sur 180 · LES AMIES DE M11* DE BOURBON · texte numérisé non relu

LES AMIES DE M11* DE BOURBON

d'une morgue et d'une hauteur insupportables '. Chargé, à titre provisoire et par commission, du gouvernement de Normandie, à là mort de M* de Longueville, en 1668, il trancha du prince du sang, et exigea qu'on lui rendit tout Ce qu'on rendait à M. de Longueville lui-même. Dur à ses inférieurs, difficile avec ses égaux, il savait parfaitement ménager son crédit et pouiser sa fortune. Né protestant, il se convertit par passion pour sa femme, et

pan chez elle. Madame de Montausier dit à la reine : Puisqu'on a voulu faire savoif à Votre Majesté que je donne des maîtresses au roi, que ne peut-on faire contre tout le monde ? La reine lui répondit en termes équivoques : J'en sais plus qu'on ne croit, je ne suis la dupe de personne. * Toutes les apparences étaient contre madame de Montausier. Aussi, plus tard, Montespan, qui avait le mauvais esprit de très-mal prendre l'honneur que faisait le roi à sa femme, fit à madame de Montausier une scène ded plus désagréables. Madame de Montausier s'en plaignit au roi « qui fit chercher Montespan pour le mettre en prison. Voyez Mademoiselle, t. VI, 82 : «Cette affaire fit grand bruit dans le monde, parce que l'outrage étoit extraordinaire à supporter pour une femme qui jusque là avoit eu bonne réputation. M. de Montausier étoit à Rambouillet; il n'apprit pas cette affaire; Ton disoit même qu'on la la lui avoit cachée; d'autres imaginoient qu'il la sçavoit, qu'habilement il lui étoit avantageux de l'ignorer. Peu dé temps après il fut fait gouverneur du Dauphin , etc. »

1. S'il est vrai, comme l'assurent plusieurs contemporains, entre autres Segrais, que Montausier ait servi de modèle au Misanthrope. c'est que Molière, gui ne savait pas le fond des choses, voyant à la surface de l'humeur, de la hauteur et de la brusquerie, a pris l'apparence d'une vertu difficile pour la réalité. Mais Molière n'a dit son secret à personne, et vraisemblablement il n'y a point ici de seGret, excepté celui du génie. Le Misanthrope n'est la copie d'aucun original. Bien des originaux ont posé devant le grand contemplateur et lui ont fourni mille traits particuliers ; maie le caractère entier et complet du Misanthrope est sa création.

aussi par politique f. Mmt de Montausier était plus aimable, mais tout aussi soigneuse de ses intérêts. Elle est de cette école dont Mm* de Maintenon est la maîtresse consommée, qui recherche plus l'apparence du bien que le bien lui-même, qui s'accommode volontiers de bassesses obscures, habilement couvertes, et met tout son soin, toute son étude à ne se pas compromettre, tandis que les âmes fières et vraiment honnêtes, que la passion égare, ne s'appliquent pas tant à masquer leurs fautes, peu soucieuses de la réputation quand la vertu est perdue. M"e de Montausier s'occupa surtout de sa considération. Elle eut la confiance du roi. Elle devint duchesse. Son sort a été brillant; a-t-il été heureux? Elle se brouilla et se raccommoda plus d'une fois avec Mme de Longueville, selon les circonstances. Elle mourut en 1671, après sa mère, la noble marquise, décédée en 1665, et elle a été enterrée comme elle dans ce couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, où la plupart des amies de Mlle de Bourbon semblaient s'être donné rendez-vous pendant leur vie et après leur mort.

Mlle de Montmorency-Boutteville, Isabelle-Angélique a, annonça de bonne heure une beauté du pre-

1. Tallemant, t. II, p. 243 : «Notre marquis, voyant que sa religion est un obstacle à ses desseins, en changea. Il dit qu'on se peut sauver dans Tune et dans l'autre; mais il le fit d'une façon qui sentait bien l'intérêt. »

2. Tout le monde l'appelle Elisabeth, et elle est ainsi nommée dans les documents imprimés les plus authentiques ; mais dans tous nos manu-

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mierprdre qu'elle conserva jusqu'à la fin. Sa cadette, Marie-Louise, lui cédait à peine en beauté, et seulement comme à son aînée, dit Lenet * ; elle épousa le marquis de Valençay, et disparut dix ans avant sa sœur, en 1684. Isabelle de Montmorency avait beaucoup d'esprit, et elle joignit à l'éclat de ses charmes d'abord une grande coquetterie, ensuite les plus honteux artifices. Elle débuta par un roman et finit par l'histoire la plus vulgaire. Protégée, ainsi que sa sœur et son frère, par Mme la Princesse, presque élevée avec Mlle de Bourbon et le duc d'Enghien, elle fit ou parut faire quelque impression sur celui-ci ; mais elle enflamma surtout le beau et brave Dandelot. Mme de Boutteville refusa de lui donner sa fille, parce qu'il était protestant et simple cadet, son frère aîné, Coligny, devant succéder à la fortune et au titre des Châtillon. Mais, après la mort de Coligny, Dandelot, qui prit son nom, se sentant appuyé par le duc d'En-

scrits elle ne signe jamais Elisabeth, et presque toujours Isabelle. Voyez plusieurs de ses lettres autographes parmi les papiers de Lenet à la Bibliothèque nationale. Une pièce manuscrite, le témoignage juridique donné par Mme de Châtillon devant une commission ecclésiastique déléguée par le pape, dans l'affaire de la canonisation de la mère Madeleine de Saint-Joseph, ne peut laisser aucun doute ; Mme de Châtillon dépose ainsi : « J'ay nom Isabelle Angélique de Montmorancy , je sais natifve de la ville de Paris; je suis âgée de trente-deux ans, fille d'Henry François de Montmorancy, comte de Bouteville et autres lieux, et d'Isabelle Angélique de Vienne, sa légitime épouse; je suis vefve de Gaspard de Coligny, duc de Chastillon...» Et elle signe : «Moy, Isabelle Angélique de Montmorancy. » Voyez r Appendice, note première. 1. Lenet, éd. Mien., p. 437.

ghien et par sa sœur, enleva MUe de Boutteville, bien entendu avec son consentement, et après cela il fallut bien marier les deux fugitifs1. Il y a dans Voiture une pièce de vers un peu vive sur cet enlèvementa, et Sarrazin fit une ballade pour célébrer la méthode des enlèvements en amour 3. On pouvait croire qu'un mariage si passionnément désiré des deux côtés ferait longtemps le bonheur de l'un et de l'autre. Il n'en fut rien. Coligny, devenu duc de Châtillon, songea beaucoup plus à la guerre qu'à sa femme : il se couvrit de gloire à Lens; mais, comme nous l'avons dit, il périt dans un misérable combat, à Charenton, en 1649. 11 faut aussi convenir qu'il s'était dérangé le premier, et en mourant il en demanda pardon à celle dont il avait surtout blessé l'orgueiH. La jeune et belle veuve se consola bientôt; elle s'empara du cœur de Condé, vide depuis quelque temps, et s'appliqua à le garder sans donner le sien, ou même en le donnant à un autre, habile dans l'art de mener de front ses intérêts et ses plaisirs. Les mémoires du temps, et particulièrement ceux de La Rochefoucauld, nous la peignent ménageant à la fois et l'impérieux Condé dont elle tirait

i. Voyez de longs détails à ce sujet dans Mm« de Motteville, 1. 1«, p. 292, etc.

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