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d'amitié. Elle, de son costé, y respondoit assez, et tout le monde les favorisoit. »
11 faut voir dans les mémoires du temps, les détails de ce curieux épisode de la jeunesse de Condé, les vicissitudes de cette liaison aussi tendre qu'elle était pure, les espérances, les craintes, les jalousies, tous les troubles heureux qui accompagnent l'amour, Mlle Du Vigean avait supplié * Condé de dissimuler ses sentiments en public ; elle l'avait engagé, en badinant peut-être, à faire semblant d'aimer Mllc de Boutteville ; mais celle-ci était si belle, et le jeu était si dangereux , que Mlle Du Vigean se hâta de retirer son ordre et de défendre au duc de voir M11' de Boutteville et de lui parler. Condé obéit encore ; il rompit tout commerce avec sa cousine , et céda la place à Dandelot. Il s'empressa d'autant plus de favoriser ses projets qu'il le redoutait pour les siens, Mlle Du Vigean l'avait averti que son père songeait à
1. Mémoires de M»« de Motteville, 1. 1", p. 295 : «Le duc d'Enghien avait uoe si forte passion pour M1*0 Du Vigean, que j'ai ouï dire à Mm« Du Vigean, sa mère, qu'il lui avait souvent dit vouloir rompre son mariagt , comme ayant épousé la duchesse d'Enghien, sa femme, par force, afin d'épouser sa fille, et qu'il avait même travaillé à ce dessein. J'ai ouï dire à Mme de Montausier, qui a su toutes ces intrigues, que ce prince avait fait semblant d'aimer Mlle de Bouteville, par Tordre exprès de MUf du Vigean, afin de cacher en public l'amitié qu'il avait pour elle, mais que la beauté de Mlle de Bouteville ayant donné frayeur à Mlla Du Vigean, elle lui avait défendu peu après de la voir et de lui parler, et qu'il lui avait obéi si ponctuellement, que tout à coup il rompit tout commerce avec elle, et que, pour montrer qu'il n'avait nul attachement à sa personne, il l'avait fait épouser à Dandelot. »
Mu' DU V1GBAN ET CONDÉ. «07
la marier à ce même Dandelot f et qu'il avait offert au maréchal de Chàtillon une dot très-considérable pour avoir son fils pour gendre \ « Cette nouvelle, dit Mmf de Motteville , avait donné de furieuses alarmes à ce prince : il en donnait souvent aux ennemis de TÉtat ; mais son cœur n'était pas si vaillant contre l'amour que contre eux a. » Il prit donc l'épouvante , et , pour parer ce coup, il entra si vivement dans la passion de Dandelot qu'il lui conseilla d'enlever U\ de Boutteville.
Cependant il ne cessait de faire tous ses efforts pour rompre son propre mariage ; il y travailla avec ardeur et persévérance, La duchesse d'Enghien étant tombée malade, il crut toucher au terme de ses vœux ; mais sa femme guérit : il fallait donc obtenir la dissolution juridique de son mariage, La chose était à peu près impossible , car la duchesse d'Enghien était, alors du moins, parfaitement irréprochable, et malgré toutes ses résolutions il en avait eu un fils. Et pourtant telle était la passion de Condé qu'il s'adressa au cardinal Mazarin 3, et celui-ci , qui n'était pas fort scrupuleux , aurait peut-être permis la rupture, s'il n'eût craint que Condé, une fois dégagé, ne songeât à Mademoiselle, et ne devint beaucoup trop puissant.
On peut juger par-là de la violence du sentiment