Mémoires de Mademoiselle, t. Ier, p
de Condé. Ce sentiment ne tenait pas seulement à la beauté de Mlle Du Vigean , mais à sa parfaite honnêteté, à sa modestie, à cette tendresse à la fois dévouée et vertueuse, qui l'entraînait assez pour qu'elle se compromît un peu aux yeux du monde , mais sans rien accorder qui ternît dans l'esprit de Condé l'idéal de pureté angélique qu'elle lui représentait. De là cette passion mêlée de respect et d'ardeur qu'il brûlait de satisfaire en dépit de tous les obstacles , et qui ne fut jamais satisfaite. Mroe de Motteville, instruite des moindres détails de cette intrigue amoureuse par M,ne de Montausier, qui en avait été le témoin et presque la confidente, dit expressément, comme « une chose crue de tout le monde ', » que M|,# Du Vigean « est la seule que Condé ait véritablement aimée. » Mademoiselle , qui par divers motifs n'aimait pas celles que Condé aimait et qui est accablante sur M"* de Châtillon , s'exprime ainsi sur les amours de Condé et de Ml,e Du Vigean : « Elle était très-belle ; aussi cet illustre amant en était-il vivement touché. Quand il partait pour l'armée, le désir de la gloire ne l'empêchait pas de sentir la douleur de la séparation, et il ne pouvait lui dire adieu qu'il ne répandît des larmes ; et lorsqu'il partit pour ce dernier voyage d'Allemagne (où il remporta la victoire de Nortlingen) , il s'évanouit lorsqu'il la quitta. »