Mémoires, t. Ier, p
Une telle situation était trop violente et trop fausse pour durer bien longtemps; elle se prolongea même au delà des bornes ordinaires. M,lc Du Vigean ne voulait être que la femme de Gondé , et le mariage de celui-ci ne se pouvait rompre : rien n'avançait d'aucun côté, et tout le monde souffrait.
On comprend que les assiduités déclarées de Condé auprès de M,Ie Du Vigean intimidaient ceux qui auraient pu prétendre à sa main. Il fut question pour elle de deux mariages. Parmi ses adorateurs était le marquis d'Huxelles, qui depuis épousa Marie de Bailleul, fille du surintendant des finances. D'Huxelles était un militaire fort distingué, qui pensa devenir maréchal de France, et dont les services et la mort prématurée à la suite de ses blessures l comptèrent à son fils pour obtenir le bâton. Il songea très-sérieusement à épouser M,le Du Vigean2. Il recula devant les bruits qui n'avaient pu manquer de se répandre, « quoique , dit Lenet, d'où nous tirons ces renseignements, je sache, avec toute la certitude qu'on peut savoir les choses de cette nature , que jamais amour ne fut plus passionné de la part du prince, ni écouté avec plus de conduite, d'honnêteté et de modestie de la part de M1Ie Du Vigean. » Et en
1. Le marquis d'Huxelles mourut en 1658 de ses blessures, et un peu de dépit de n'être pas nommé maréchal. Son fils le fut en 1703. M»* d'Huxelles était aimable et spirituelle, et elle mourut très- vieille en 1712.