‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 77 sur 180 · Mémoires de Mademoiselle, t. 1", p · texte numérisé non relu

Mémoires de Mademoiselle, t. 1", p

2. Comme alors tout était matière de chansons, on fit sur ce grave et touchant événement les deux couplets suivants, que nous trouvons parmi les Chansons notées de l'Arsenal :

chercha point à la revoir, mais il conserva toujours pour elle, dit Lenet, « une mémoire pleine dé respect. 1 » L'amour de Condé ne fut donc pas un caprice passager des sens et de l'imagination. Il commença avant son mariage ; il dura quatre longues années ; il persévéra ardent et pur au milieu des camps, et ne s'éteignit que dans le désespoir d'arriver à une fin heureuse , et encore à la suite d'une longue maladie, et après une crise violente d'où le vainqueur de Nortlingen sortit renouvelé , renonçant à jamais à l'amour pour ne plus songer qu'à la gloire et à l'ambition.

On voudrait suivre M11- Du Vigean au couvent des Carmélites, et savoir en quel temps précis elle y entra , quels emplois elle y occupa et quand elle y

Sun l'air : Lair$ Un lir*.

Lorsque Vigean quitta la cour, Les Jeux, les Grâces, les Amours Entrèrent dans le monastère.

Laire la laire lan 1ère ,

Laire la laire lan la.

Les Jeux pleurèrent ce jour-là ; Ce jour la Beauté se voila, Et fit vœu d'être solitaire.

Laire la laire , etc.

1. Ibid. Le souvenir que Condé conserva à MUe Du Vigean était tel que Mademoiselle assure, 1. 1, p. 88, que si Condé favorisa Chabot dans ses desseins sur M»e de Rohan, c'est que Chabot avait été son confident auprès de MlIe Du Vigean. « Ainsi, dit-elle, après avoir été servi dans l'occasion qui lui était la plus sensible de sa vie, il ne faut pas s'étonner qu'il prit, avec la chaleur qu'il témoigna, le soin de faire réussir le mariage où Chabot aspirait. »

mourut. Voilà ce que nuls mémoires contemporains ne nous apprennent , et ce que nous pouvons maintenant faire connaître avec certitude. M1,e Du Vigean fit profession en 1649 ; ainsi elle dut entrer aux Carmélites en 1647, puisqu'on ne pouvait faire ses vœux qu'après avoir été un an ou deux postulante et novice ; elle prit en religion le nom de sœur Marthe de Jésus 1 ; elle mourut en 1665 ; elle ne fut jamais prieure ; elle était sous-prieure en 1659 , elle cessa de l'être en 1662; selon l'usage, elle dut l'être six ans, par conséquent de 1656 à 1662 : d'où il suit que toutes les lettres de MMe de Longueville adressées à la sœur Marthe et à la mère sous-prieure, de 1656 à 1662, le sont à la même religieuse , et que cette religieuse est M,le Du Vigean, ce qui explique le ton particulièrement affectueux de ces lettres 2. Enfin nous avons trouvé à la Bibliothèque nationale , dans les portefeuilles du docteur Vallant3 et dans le fonds de Gaignières4, deux billets de M1,eDu Vigean, devenue sœur Marthe , à Mme de Sablé , et un autre à cette même marquise d'Huxelles dont elle eût pu tenir la place. Ces billets sont les seules reliques jusqu'à nous parvenues de cette intéressante personne qui ,

1. Ordinairement on prenait en religion son nom de baptême, comme Louise de La Vallière s'est appelée Louisa de la Miséricorde, et Anne- Marie d'Épernon, Anne-Marie de Jésus, etc.

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