Manuscrits de Conrart, in-4°, t. X, p
« Princesse au teint de satin blanc , Princesse du plus noble sang Qui régna jamais dans le monde , Et dont l'aimable tresse blonde Surpasse en beaoté les rayons De l'astre par qui nous voyons : Bien que de l'aimable demeure Que nous habitons à cette heure, Les ennuis qui troublent les sens Sembleraient devoir être Absents,
occupé. Et il ne l'était pas encore , ou il ne Tétait qu'à la surface. Elle n'aimait point, mais elle avait distingué dans la foule de ses adorateurs Maurice, comte de Coligny, le frère aîné de Dandelot, le fils du maréchal de Châtillon, qui avait soupiré pour elle avant son mariage, et ne s'était pas retiré devant
Quand nous pensons i votre absence,
Tout nom déplaît et nous offence.
Nous avons beau jeter les yeux
Sur nn jardin délicieux ,
On charmer notre esprit malade
Des plaisirs de la promenade ,
Ouïr des rossignols chantants ,
Voir des ruisseaux et des étangs.
Des fontaines «t dei cascades ,
Des arbres et des palissades :
Tous ces plaisirs n'ont point d'appas ,
Puisque nous ne vous voyons pas.
Nous ne voyons point oette grâce
En quoi nulle ne vons surpasse ,
Ni cette admirable beauté
Far qui tout cœur est arrêté ,
Et cette majesté divine,
Cette taille , ni cette mine,
Ni ce port noble et gracieux ;
Bref, Ton ne voit point dans ces lient
Cette merveilleuse personne.
Digne qu'on ferme sa couronné.
Mais s'il vous plaît nous consoler,
Ne pouvant de loin nous parler,
A vos servantes, quoiqu'indignes.
Envoyez quelque peu de lignes;
Que nous admirions dans l'écrit
Des marques de ce bel esprit
Dont il est tant de bruit en France, etc. »
Ces vers inédits pourraient bien être de Sarrazin , car on trouve dans ses Nouvelles Œuvres, t. II, p. 255, des vers adressés à Mme de Longueville pour la remercier d'une lettre que, pendant une absence, elle avait écrite à ses amies de l'hôtel de Rambouillet, et qui pourrait bien être la lettre ici réclamée. Il serait assez naturel que l'auteur du remerciement fût aussi celui de la plainte et de la réclamation.
un mari de quarante-sept ans, peu jaloux, et même encore dans les chaînes d'une autre.
«Je ne sais, dit Lenet1, si Coligny s'attacha à MIU de feourbon par sa beauté, par son esprit ou par le respect qu'il lui devait; mais je sais bien que quoiqu'il ne la vît qu'en plein cercle, en présence de la Princesse ou du Duc, on ne laissa pas dans la suite ^ du temps de dire qu'il avait des sentiments d'amour pour elle. » D'ailleurs pas un mot sur Coligny, sur son caractère, son esprit, sa personne. Tout ce que nous savons, c'est qu'il était un des amis particuliers de La Rochefoucauld, et surtout du duc d'Enghien2 qui l'employa dans plus d'une négociation délicate. Nous avouons qu'un tel silence n'est guère en sa faveur; mais répondons-nous à nous-mêmes que Coligny était jeune, qu'il n'avait pas eu le temps de se faire connaître, et qu'il a été naturellement éclipsé par son cadet Dandelot, qui succéda à son titre et prit sa place auprès de Condé. Dans l'absence de tout autre document, un manuscrit de la Bibliothèque nationale, auquel déjà nous avons eu recours 3, nous fournit quelques détails dont nous ne garantissons point l'exactitude, mais qu'il ne nous est pas permis de négliger , faute de mieux. Ce manuscrit