SEPTIEME ENTRETIEN
Profectus tuus manifostus sil omnibus.
Que votre progrès soit manifeste à tous. (I Timoth. VI, 15.)
Naguère, au sein d'une des plus illustres assemblées intellectuelles du monde, on rappelait « les belles paroles par lesquelles Pasteur exprima son admiration et sa reconnaissance, le jour où il assista, plein d'une émotion qui débordait, à la pose d'une plaque comméniorative sur sa petite maison natale : « Regarde?^ en haut, apprendre audelà, s éleK^er toujours » (1).
Ces paroles, auxquelles Tâme profondément chrétienne de Pasteur donnait un sens bien différent de celui que leur donnerait Fambition des honneurs ou une science orgueilleuse, m'amènent à vous parler, chers
(1) Discours de réception de M. Gaston Paris, prononcé à l'Académie Française le jeudi, 28 janvier 1897.
jeunes gens, d'un autre élément qu'il vous faut introduire dans votre vie si vous la voulez rendre véritablement et pleinement chrétienne : je veux dire le progrès.
On parle beaucoup aujourd'hui de progrès, et notre siècle se glorifie d'être plus qu'aucun autre un siècle de progrès. Il ne m'appartient pas d'examiner et de juger si cette prétention est légitime. A ne considérer les choses que par leurs aspects extérieurs et au point de vue exclusivement terrestre, il est possible que la génération actuelle l'emporte sur ses devancières par les progrès qu'elle a réalisés dans la science, le commerce, l'industrie, les beaux arts. Les inventions, les perfectionnements apportés à une foule de connaissances ou de productions humaines ont, sans doute, contribué à autoriser la prétention de notre siècle.
Mais si la société contemporaine est en progrès du côté temporel, en peut-on dire autant du côté spirituel et éternel ? Le thermomètre de la vie chrétienne est-il en hausse ? Ne serait-il pas plus exact de dire qu'il est en baisse? Y a-t-il chez les chrétiens, pour
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ne parler que d'eux, la môme activité, le même zèle à s'occuper de leur âme que chez les mondains à s'occuper de leurs affaires et de leurs plaisirs? Autant de problèmes que je ne veux pas entreprendre de résoudre.
Donoso Certes écrivait, il y a cinquante ans : « Notre atmosphère contient un poison qui ne permet à rien de bon de parvenir à sa maturité. Ou l'esprit fléchit, ou l'homme tombe; celui qui ne trahit pas sa destinée, la destinée le trahit : si b
len que
nous périssons faute d'un homme qui ose dépasser le niveau du vulgaire. »
Sans m'attarder à ces considérations générales, laissez-moi plutôt, chers jeunes gens, aborder un sujet qui vous touche plus particulièrement et tout personnellement, et, le prenant par son côté le plus pratique, vous dire :
Mes amis, l'âge où vous êtes est spécialement l'âge du progrès. Comme il y a progrès physique en vous et développement de vos facultés naturelles, il doit y avoir progrès moral et développement de vos facultés spirituelles ; et votre vie, que vous voulez
rendre chrétienne, doit être une vie de Progrès.
Comprenez tout d'abord ce qu'il faut entendre par ce mot. Après quoi, je vous dirai en quoi vous devez, et par quels moyens vous pouvez réaliser les progrès que comporte la vie chrétienne.
Il y a dans toute destinée, soit des personnes, soit des choses, un point de départ et un point d -arrivée, un commencement et une fin. Entre ces deux extrêmes existe un intervalle plus ou moins grand dans lequel, selon l'économie de la divine Providence, chaque être doit se développer et acquérir les proportions physiques ou morales conformes à sa nature. C'est la période du progrès. Dans l'ordre moral surtout, suivant que le développement se produit dans un sens ou dans un autre, il y a perfection ou décadence, ascension vers le bien ou descente vers le mal. L'impulsion est donnée vers l'un ou vers l'autre ; le mouvement s'établit, s'accélère sous le choc des pas-
sions vertueuses ou vicieuses avec plus ou moins d'uniformité et de vitesse, et aboutit finalement à la grandeur ou à l'ignominie, souvent aussi à la médiocrité.
Comment en arrive-t-on à ce résultat ? Le procédé n'est pas toujours le même : il s y trouve des variétés presque infinies, produites par les diversités et les divergences si considérables qui existent dans les tempéraments, les inclinations, l'éducation, les circonstances, le milieu dans lequel se meut l'existence de chaque individu. Parfois les uns sont heureusement partis, animés des dispositions les meilleures, ne voyant que le bien, ne voulant que le bien, le parfait. Dans la suite, leurs passions les ont entraînés dans un sens tout opposé et, n'ayant pas eu le courage de déployer une résistance efficace, ils ont abouti à la déchéance totale. D'autres, au contraire étaient partis pour tomber aux abîmes : mais une main invisible et secourable, la main de Dieu, les a arrêtés, souvent malgré eux, sur la pente fatale et, comprenant leur erreur, entraînés par la passion du bien, ils se sont mis à la poursuite de la sainteté et, de progrès en progrès, ont fini par l'atteindre. D'autres
enfin, et ce sont les plus nombreux, dépourvus de toute ambition surnaturelle, aimant la vulgarité, ou du moins n'ayant pas le courage d'en sortir, se bornent à demeurer toute leur vie des chrétiens médiocres, blasés, sans enthousiasme et sans ressort, accomplissant le strict nécessaire et, leur dette de justice payée, s'estimant quittes vis-à-vis de Dieu.
Chers jeunes gens, voulez-vous être de cette catégorie et grossir le nombre, si considérable et si encombrant hélas! des chrétiens médiocres? Votre conscience, et plus encore votre foi, votre ardeur de vingt ans, se révoltent à cette seule idée. Non, non, répondez-vous, pas de vulgarité, pas de médiocrité, pas d'infériorité (1)!
Faut-il vous demander si vous voulez vous abandonner au gré de vos passions naissantes et faire une expérience des joies
(1) L'une des gloires de la chirurgie moderne, Dupuytren, avait coutume de dire que « rien n'est à i-edouter pour un homme que la médiocrité ». Cette pensée, dit un de ses biographes, fut la maxime de sa vie entière; il n'eut jamais de repos avant d'avoir atteint le premier rang. « J'aimerais mieux, répélait-il avec César, être le premier dans un village, que le second dans Rome ».
coupables et des ivresses honteuses, avant de vous engager dans la route du bien, et d y marcher sans défaillance jusqu'au terme? Vous repoussez Fidée d'être à la merci de vos passions avec la même indignation que ridée de vivre dans une médiocrité déshonorante.
Dès lors, que reste-t-il? sinon que vous voulez le bien, que vous optez pour la vertu, que vous entendez faire de votre vie une marche ascensionnelle vers la sainteté, en dépit de toutes les difficultés et de tous les obstacles.
Or qu'est-ce que cela ? Le progrès, le vrai progrès, celui qui seul mérite proprement ce nom. Tout le reste comparé à cela n'est que progrès relatif, si tant est que ce ne soit pas recul, défaillance et déchéance. Tout ce qui n'aboutit pas à rendre l'homme meilleur en le rapprochant de son idéal, qui est Dieu, ne peut pas être appelé progrès. Progresser, c'est aller en avant, c'est monter, c'est atteindre le but proposé. Or en avant, il n'y a que Dieu; en haut il n'y a que Dieu; le but proposé, unique, universel c'est Dieu, Dieu qui crie à sa créature : viens, marche, monte! Et tout ce qui rapproche de cette
fm dernière, toute aspiration vers le bien, tout effort vertueux, toute victoire sur ses passions, tout renoncement à un bien moindre que le bien suprême, tout cela s'appelle et mérite éminemment d'être appelé progrès.
Encore que votre progrès doive être universel et qu'il n'y ait rien en vous qui ne doive être l'objet d'un perfectionnement spécial, il est cependant quelques points particuliers sur lesquels vos préoccupations et vos efforts doivent se porter de préférence et se concentrer davantage, à raison de leur importance et des précieux résultats que vous en pouvez espérer.
Envisagé dans son être moral, l'homme est intelligence et volonté'. Or ce sont ces deux facultés qui, en vous, chers jeunes 2'ens, réclament un travail assidu et constant de perfectionnement progressif. Je ne parle pas ici d'un perfectionnement purement humain et naturel, lequel est pour vous un devoirdontilvous faut avoir souci ; mais, puisqu'il n'est question dans ces entretiens que
de la vie chrétienne, j'entends parler d'un perfectionnement surnaturel et divin.
Le perfectionnement surnaturel de notre intelligence est celui qui résulte de notre progrès dans la connaissance de Dieu.
Connaître Dieu, c'est le premier devoir du chrétien, avons-nous dit, et l'une des fins pour lesquelles il a reçu la vie surnaturelle au baptême. Etant faits pour Dieu, étant créés, prédestinés pour le contempler éternellement, nous avons, dès ici-bas, l'obligation de le connaître; c'est, avons-nous dit encore, la condition rigoureuse de notre participation à la béatitude céleste; car, dit l'apôtre saint Jean, « la vie éternelle consiste à connaître le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ (1).
Vous savez comment s'acquiert cette connaissance de Dieu, cette science de Dieu : c'est par la foi, dont il a été question plus haut et qui est une participation à la divine clairvoyance de « l'Esprit qui pénètre toutes choses, mêmes les profondeurs de Dieu (2) »,
d) Haoc ost autem vita œtcrna : ut cognoscant to, solum Deum veriim, otquom misisti, Jesum Christiim. (loa. xvii, 3.)
{i) Spiritiis eiiim omnia scrutatur, etiam profimda Dei. (I Corinth. ii, 10.)
Mais cette foi que nous avons reçue comme un don de Dieu en entrant en ce monde se complète par les enseignements de l'Eglise catholique aux mains de laquelle Jésus- Christ, son divin Époux, a remis le précieux dépôt de la vérité. L'Eglise enseigne par son chef suprême, ses pontifes, ses prêtres, ses apôtres, ses docteurs. Elle nous transmet ses enseignements par la parole et par les écrits, par la révélation et par la tradition, par la théologie et par le catéchisme, par les exemples de ses saints, et les actes héroïques de ses martyrs. Tout cela constitue un merveilleux ensemble doctrinal d'où se dégagent, pour l'instruction de tous, des leçons de dogme et de morale, de vertu et de sainteté, où tous peuvent et doivent apprendre ce qu'il faut croire et ce qu'il faut pratiquer.
La docilité à recevoir ces leçons et à les mettre à profit développe ce que la sainte Ecriture nomme la science des Saints, science éminemment pratique par laquelle, connaissant Dieu dans ses grandeurs et dans ses droits, dans ses amabilités et ses bienfaits, on s'applique à le servir et à lui plaire en toutes choses.
Apportez donc tous vos soins, cliers jeunes gens, à acquérir et à développer en vous cette science. « Croissez, vous dirai-je avec saint Pierre, dans la connaissance de Dieu et de Notre Sauveur Jésus-Christ (l). » De grâce, ne vous bornez pas à une connaissance superficielle, à quelques notions élémentaires, générales, incomplètes. Quelque inaccessible que soit Dieu, efforcez-vous de l'atteindre et de toujours mieux 1 atteindre par une science plus étendue, plus solide et plus complète de ses perfections adorables, de ses amabilités incomparables. Etudiez-le surtout en Jésus-Christ, « sa splendeur incarnée et la " ligure sensible de sa substance (2) )). En lui Dieu vous apparaîtra encore plus attrayant et plus aimable. Connaissant mieux Jésus-Christ et en Jésus- Christ Dieu, vous aurez une connaissance meilleure du reste, c'est-à-dire de toutes choses et de vous-mêmes. « Vous verrez la lumière dans la lumière même (3) » ; c'està-dire qu'à la faveur des clartés dont Jésus- Christ, par son Esprit, vous inondera, vous
(1) Cn?scito vero in Cognitioao Doniini Nostri et Salvatoi'is Josu Christi. (IlPetr. m, 18.)
(2) Splondor gloriae et figura .substantia^ejus. (Hebne.i, 3.). (3j In lumine tuo vidobimus lumen (Psalm. XXXV, 10.)
comprendrez mieux la fragilité des choses de la terre, votre propre impuissance, votre misère et votre néant. Oh! quel bienfait que cette notion exacte, cette juste appréciation des choses terrestres, et des choses célestes; que cette rectitude d'un jugement que Dieu éclaire et dirige! Puisse ce bienfait être votre partage et puissiez-vous, grâce à lui, grandir en cette « science des saints », qui sera, chers jeunes gens, votre sauvegarde contre l'erreur et comme le flambeau de votre vie!
Après votre intelligence, en même temps que votre intelligence, et aux mêmes titres qu'elle, votre cœur réclame aussi son perfectionnement surnaturel.
Le perfectionnement surnaturel du cœur c'est Famour, non un amour quelconque , mais Famour concentré sur Tunique objet qui lui convienne, le bien, le souverain Bien; amour à la fois affectif et effectif, pour employer le langage des maîtres de la vie spirituelle, c'est-à-dire amour de tendresse et de complaisance, amour de désir et d'inclination vers ce bien suprême et tout ce qui en rapproche ; amour actif, vaillant, généreux,
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magnanime; amour agissant et pratique; amour s'exerçant et se traduisant par la fidélité, le dévouement, le don de soi.
Or, comme vous devez tendre au perfectionnement progressif de votre intelligence dans l'ordre surnaturel, ainsi devez-vous, dans le même ordre, travailler au 'perfectionnement de votre cœur.
Comment donc perfectionnerez-vous votre cœur? En progressant dans Famour affectif et effectif àw. bien, du souverain Bien, qui est Dieu, en vous le rendant de plus en plus sympathique, en vous y attachant de plus en plus puissamment.
Dès qu'il est vu et considéré dans sa beauté et sa bonté, Dieu se fait aimer; il s'impose à l'amour. Car Dieu est amour, amour éternel, infini; amour démontré par d'innombrables manifestations, toutes plus merveilleuses et miséricordieuses les unes que les autres; amour poussé jusqu'aux derniers excès possibles à la puissance et à la bonté divines; amour humanisé dans le Christ, le Christ de la Crèche, le Christ du Calvaire, le Christ de l'autel, du Tabernacle et de la Table Sainte, notre Jésus enfin, notre doux et bienfaisant Emmanuel!...
Oh ! comment un cœur en qui la grâce du saint baptême a déposé l'aptitude et la puissance d'aimer, d'aimer l'amour incréé et l'amour incarné ; comment un cœur jaloux de remplir ses fonctions surnaturelles ne s'attaclierait-il pas à ce suprême Bien qui se nomme Dieu, qui se nomme Jésus? Gomment ne mettrait-il pas en lui ses complaisances et ne concentrerait-il pas sur lui toutes ses affections?
Ilélas ! quelque incompréhensible que cela puisse paraître, il n'est pourtant que trop vrai que ce cœur de l'homme que la nature a fait si délicat, si sensible, et en qui la grâce ne fait qu'ajouter plus de délicatesse encore et de sensibilité, il n'est que trop vrai qu'il peut aimer autre chose que Dieu , s'attacher de préférence à un bien moindre que le Bien suprême, et se passionner hélas ! pour ce qu'il y a de plus opposé au bien. Il n'est que trop vrai qu'à l'égard de Dieu le cœur de l'homme, du chrétien, n'a souvent que froideur, indifférence, dureté, insensibilité. Il n'est que trop vrai qu'à mesure que dans ce cœur croît l'amour du plaisir, des biens terrestres, des vanités du monde, l'amour de Dieu, et par suite l'amour du
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bien décroît à proportion égale, si tant est que ce ne soit hors de toute proportion. Qu'il est à plaindre le cœur ainsi vide de ce qui le devrait remplir, et ainsi rempli de ce qui en devrait être exclu !
Ghers jeunes gens, laissez-moi vous adresser, la même recommandation instante que l'apôtre saint Paul aux chrétiens de Philippes : « Je demande au Seigneur, et je vous demande à vous-mêmes une chose : que votre charité abonde de plus en plus (1) » et que, sachant par la foi, par renseignement catholique, par tant de manifestations surnaturelles dont vous avez été gratifiés, qui est celui que vous devez aimer, quels sont ses droits à votre amour, vous vous efforciez de l'aimer de jour en jour davantage.
Aimant Dieu de la sorte, aimant son Fils Jésus, aimez aussi, aimez toujours plus, ce que Dieu, ce que Jésus aiment, recommandent, possèdent en eux-mêmes : la vérité, la justice, la pureté, la sainteté, en un mot toutes les vertus qui constituent la noblesse
il) Et liocoro, ut chai-itas vestra niagisac magis abiuidct. (Plnlipp. 1,9.)
des âmes, la véritable distinction morale et, pour tout dire d'un mot, la vie chrétienne.
Mais votre amour, pour être véritable, ne devra pas seulement être un amour affectif, se complaisant dans la considération théorique, dans une admiration sentimentale des grandeurs et des bontés de Dieu ; il devra être auesi un amour effectifs manifesté par des actes, prouvé par des efforts de plus en plus généreux pour vous rapprocher de Dieu en participant à sa bonté, de Jésus- Christ en reproduisant ses vertus.
C'est en cela surtout que votre « progrès devra être manifeste (1) ». Car de quoi vous servirait-il de connaître le souverain Bien, de Testimer et de l'apprécier; de quoi vous servirait-il de vous le rendre attrayant, de Taimer, si vous ne vous rapprochiez effectivement de lui et ne travailliez à le rendre vôtre; si, par des désirs sincères et ardents, par des efforts généreux et constants, vous ne tendiez pas vers lui, comme vers votre fin dernière ?
Que votre amour pour Dieu, pour la vertu
(1) I Timoth. IV, 15.
VIE DE PROGRÉS. l'J3
se manifeste donc ainsi, chers jeunes gens. « Faites assez, vous dirai-je encore avec le Prince des Apôtres, faites assez, pour que, par vos bonnes œuvres, votre application constante à les multiplier et, par là môme, à multiplier vos mérites et à accroître vos progrès surnaturels, vous rendiez de plus en plus certaine votre vocation et votre élection (1). »
Cela revient à dire : Déployez toujours plus d'empressement à servir Dieu et à lui plaire, toujours plus de courage à vous vaincre, toujours plus de zèle à croître en vertu, toujours plus de constance à tendre vers votre fin dernière et à entrer en possession du Bien que vous aurez fidèlement poursuivi ici-bas...
J'indiquerai sommairement les moyens à l'aide desquels vous réaliserez les progrès que comporte la vie chrétienne.
Avant tout, comme il s'agit d'œuvre sur-
(1) Quaproptor, fratres, magis satagite, ut per bona opéra cei'tam vestram vocationem et electiohem faciatis. (Il Petr. I, 10.)
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naturelle et que, dans l'ordre surnaturel, tout, absolument tout a sa source dans FAuteur de tout bien et ne peut arriver jusqu'à nous que par le moyen de la grâce, cet indispensable trait d'union entre Dieu et nous ; il faut, par de ferventes et constantes prières, demander à Dieu la grâce nécessaire pour réaliser ces progrès.
Puis, comme toute œuvre surnaturelle, pour nous être imputée à mérite, réclame notre concours effectif, la coopération de notre volonté, et que rien n'excite plus la volonté, n'encourage et ne soutient mieux ses efforts que l'exemple, il faut s'aider des exemples de Jésus-Christ, notre modèle à tous, et des exemples des saints, copies vivantes de Jésus-Christ, dont la vie est proposée à notre imitation.
Vous savez quelle force impulsive vers la sainteté, Augustin puisa jadis dans cette considération. « Eh quoi! se disait-il, en songeant à tant de faibles enfants et de timides jeunes filles, bravant la mort et versant joyeusement leur sang pour Jésus-Christ, eh quoi ! ne pourrais-tu pas faire ce qu'ils ont fait, soutenus par la grâce de Dieu? »
Encouragez-vous par la même pensée,
chers jeunes gens, et, sans aller chercher dans les premiers siècles de l'Eglise des exemples capables d'exciter votre zèle, instruisez-vous et aidez-vous de ceux que vous donnent tant d'illustres chrétiens qui, de nos jours, reproduisent, grâce à Dieu, les vertus des grands siècles de loi .
N'oubliez point, cependant, qu'en cette œuvre de perfectionnement et de progrès, il faut une direction sûre. Nécessaire à tout chrétien, elle Test bien davantage au jeune homme. Les désirs les plus nobles, les intentions les plus pures , les volontés les plus généreuses peuvent, faute de direction, égarer ceux qui s'y livrent et les emporter à de regrettables excès. S'il importe de stimuler l'apathie, il n'importe pas moins de modérer la fougue et de prévenir les illusions et les indiscrétions d'un juvénile enthousiasme.
Qu'est-ce^à dire ? sinon que l'une des conditions indispensables de tout progrès régulier dans le bien c'est la docilité, une docilité d'enfant, au directeur de sa conscience. Le Prêtre a non seulement la mission, mais encore la grâce de conduire les âmes à Dieu
et une particulière assistance divine qui confère à sa direction une incomparable autorité.
Abandonnez donc à cette direction prudente, sage et paternelle du Prêtre, confident des secrets de vos consciences, abandonnez-lui vos esprits et vos volontés , allant où il vous dit, faisant ce qu'il vous conseille ou vous ordonne, vous abstenant ce qu'il vous défend ou vous signale comme nuisible à vos âmes. Que de faux pas vous éviterez; que de regrets vous vous épargnerez en vous conformant à ses indications et à ses décisions ! Quelle garantie surtout vous donnerez au développement de votre vie chrétienne, en en soumettant tous les actes à ce contrôle aussi sûr que bienfaisant!
Il est dit que « l'homme obéissant comptera de nombreuses victoires (1) ». La victoire, c'est un progrès. Votre obéissance sera donc une source de progrès.
Enfin si vous voulez être des hommes de progrès, je vous redirai ce que je vous ai dit dans les précédents entretiens : soyez des
(1) Yir obediens loquetur victoriam. (Prov. x.xi, 28.)
convives assidus de la Table Sainte. Le progrès est le résultat du zèle, du désir de plaire à Dieu, de l'amour qu'on a pour Dieu. Progresser c'est aimer et, réciproquement , aimer c'est progresser. Or l'Eucharistie c'est l'amour; c'est l'amour divin communiqué aux hommes, afin de les soulever et de les entraîner vers leur fin dernière qui est Dieu, en les faisant vivre de Dieu et pour Dieu. L'Eucharistie contient donc la grâce même du progrès ; et c'est très spécialement d'elle que l'Apôtre aurait pu dire ces paroles : « La charité du Christ me presse et m'aiguillonne (1) » elle me pousse à vouloir toujours plus et à faire toujours mieux; « oubliant ce qui est en arrière et m'avançant vers ce qui est en avant (2) »; « aspirant à des dons meilleurs à des vertus plus hautes, et désirant marcher dans une voie plus excellente encore (3). »
Avant de clore cet entretien, laissez-moi vous donner encore, chers jeunes gens, un
(1) Charitas Christi urgot nos (II Cor. v, 14.)
(2) Qu£B quidem rotro sunt obliviscens, ad ea vero, qiia? suiit priora, estendens meipsum. (Philipp. m, 13).
(3) iEmulamini autem charismata meliora. Et adhuc oxcellentiorem viam vobis demonstro. (I Cor. xii, 31.)
conseil que votre âge, peut-être aussi votre inexpérience dans les voies de la perfection, rendent doublement utile. Je l'emprunte à Faimable Docteur de la piété chrétienne, saint François de Sales.
« Dieu, dit-il, nous a ordonné de faire tout ce que nous pouvons pour acquérir les saintes vertus; n'oublions donc rien pour bien réussir en cette sainte entreprise. Mais après que nous aurons planté et arrosé , sachons que c'est à Dieu de donner l'accroissement aux arbres de nos bonnes inclinations et habitudes. C'est pourquoi il faut attendre le fruit de nos désirs et travaux de sa divine providence.
« Que si nous ne sentons pas le progrès et avancement de nos esprits en la vie dévote tel que nous voudrions, ne nous troublons point, demeurons en paix; que toujours la tranquillité règne dans nos cœurs. C'est à nous de bien cultiver nos âmes, et partant, il y faut fidèlement vaquer; mais quant à l'abondance de la prise et de la moisson, laissons-en le soin à notre Seigneur. Le laboureur ne sera jamais tancé s'il n'a belle cueillette, mais oui bien s'il n'a pas bien labouré et ensemencé ses terres.
« Ne nous inquiétons donc point pour nous voir toujours novice en l'exercice des vertus, car au monastère de la vie dévote chacun s'estime toujours novice, et toute la vie y est destinée à \^ prohation (l). »
Chers jeunes gens, n'oubliez pas qu'une loi de progrès préside à votre vie chrétienne et doit en régir toutes les opérations. En avant! Toujours mieu.v! xo'ûii votre devise. A l'exemple du grand apôtre, oubliez, vous aussi, ce qui est derrière vous pour vous porter vers ce qui est devant vos yeux. Encouragez-vous par ce que vous avez pu faire de bien à faire mieux encore, et réalisez ainsi la recommandation de l'Esprit-Saint : « Que celui qui est juste se justifie davantage; que celui qui est saint le devienne encore plus (2). »
Dans la sainte Eglise de Dieu qui combat ici-bas et marche à la conquête de la Jérusalem céleste, il y a deux sortes de soldats : il y a les éclaireurs, qui se portent en avant,
(1) Traité de l'amou? de Dieu, liv. IX, ch. vu. (•2) Qui justus est, justificetur adhuc : et saiictus. sanctiliceturadhuc. (Apoc. \xu, II.)
ouvrant la marche et traçant la route aux autres. Ceux-ci les suivent comme entraînés, et, s'inspirant des exemples de leurs devanciers, poursuivent la même conquête, encore qu'avec un inégal mérite.
Chers jeunes gens, soyez des éclaireurs et des entraîneurs^ vous portant sans cesse en avant et réalisant des progrès toujours plus marqués dans la voie du bien. Il est dit des élus de Dieu qu'ils réaliseront ici-bas de mj^stérieuses ascensions dans leur cœur et qu'ils iront de vertu en vertu (1), de clarté en clarté (2), jusqu'à la plénitude de la sainteté et de la lumière du jour éternel.
Que ce soit aussi votre préoccupation souveraine et l'objet de vos persévérants efforts.
(1) Beatusvir, cujiis auxilium abs te : ascensioncs iii corde suo (lisposuit in valle lacrymariim, in loco quem posait... Ibunt de virtute in virtutem : vidcbitur Deus doorum in Sion. (Psalm. LXXXIII, 6-8.)
(2) Nos vero omnes, revelata facie gloriam Domini spéculantes, in eamdem imaginem transformamur a claritate in claritatem tanquam a Domini spiritu. (II Cor. ni, 18.)