‹ Jeunesse et vie chrétienneChapitre 13 sur 19 · NEUVIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

NEUVIEME ENTRETIEN

Uiuisiiuistiiio, sicut acct'pitgratiam, in altoriitruiu illain administrantes, sicut boni dispensatoros niultiformis graticB Dei.

Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres la grâce qu'il a reçue. (1 Petr. iv, 10.)

La philosophie enseigne que le bien est diffusif de lui-même (1), ce qui veut dire qu'il est de la nature même du bien de se répandre et de se communiquer.

Alors même que la philosophie ne renseignerait pas, c'est là une vérité que nous avons maintes fois prise sur le fait et dont nous possédons le témoignage authentique et la vivante démonstration en nous-mêmes.

(I) Bonum est sui dilïusivuni.

224 JEUNESSE ET VIE CHRETIEiNNE.

De ce principe et de ce fait on peut déduire que tout ce qui participe au bien, à la bonté, exerce autour de soi une influence, opère une émanation, une irradiation de ce bien, de cette bonté.

A quoi Ton peut ajouter que plus cette participation est abondante, plus est grande cette influence, puissante cette émanation, prolongée cette irradiation.

C'est ainsi que Dieu, qui est le Bien suprême, la Bonté plénière, infinie, exerce sur tous les êtres sortis de ses mains créatrices Tinfluence bienfaisante de cette Bonté qui est son être même (1).

C'est ainsi que les saints, qui ne sont tels que parce qu'ils participent davantage à la Bonté divine, exercent eux aussi, tout autour d'eux et souvent jusqu'aux extrémités du monde et à travers la longue succession des siècles, une influence à laquelle il est comme impossible de se soustraire.

La même loi se retrouve dans les conditions ordinaires de la vie chrétienne et doit y avoir son application.

Cliers jeunes gens, vous voulez être des

(1) Deus ciijiis natura Boiiitas. (Orat. Eccles.)

vil- DAPOSTOLAT. Tlb

chrétiens, vous voulez vivre en chrétiens. Qu'est-ce à dire? sinon que vous voulez être bons, pratiquer \q bien, participer à la Bonté divine en puisant en Dieu même vos inspirations et les motifs déterminants de vos actes.

Dès lors, vous devez non seulement absorber à votre profit les vivifiantes émanations de cette divine Bonté, mais les laisser passer hors de vous , sans en perdre le bénéfice , et leur permettre de pénétrer en d'autres âmes. C'est un trésor commun dont il faut vouloir enrichir d'autres que soi, sous peine de n'être point chrétien dans le sens complet du terme car, a dit Lacordaire, « comme il n'y a pas de chrétien sans amour, il n'y a pas de chrétien sans prosélytisme (1). »

En somme, cela revient à dire que vous devez avoir à cœur le bien de vos semblables et contribuer à le procurer par l'exercice de V apostolat chrétien.

L'apostolat chrétien! Ce seul mot découvre au regard de la pensée un horizon immense! Que ce mot est doux et beau, et qu'il est utile de le faire résonnner aux

(1) Pensées, I, p. 106.

oreilles des jeunes gens vertueux, surtout à l'heure actuelle !

J'essayerai donc, chers amis, de vous faire comprendre ce que ce mot signifie, l'opportunité de ce qu'il signifie, et les divers moyens de réaliser ce qu'il signifie. En d'autres ternies, nature de V apostolat, ses motifs et ses formes : tels sont les points entre lesquels se partagera cet entretien.

L'apostolat, avons-nous dit, est un rayonnement de la bonté ou, pour parler un langage plus chrétien et plus usité, une émanation de la charité et un fruit du zèle.

Vous savez ce qu'il faut entendre par zèle. Il a été défini : la flamme qui s'échappe du foyer allumé par TEsprit Saint en nos âmes (1).

C'est le désir de procurer la gloire de Dieu en le faisant connaître et aimer, en étendant son règne dans les âmes et, par suite, de procurer le bien de ces dernières.

(I) Flamma ferventissima de ijisa foruace Spiritus sancti. (Guill. de Paris.)

Ce désir, en prenant plus d'intensité, devient un besoin , une préoccupation dominante, une passion véhémente, une faim, une soif, une fièvre, une torture incessante, comme on le voit fréquemment dans la vie des saints et des grands serviteurs de Dieu. Il pousse à de saintes audaces, à d'héroïques entreprises ; il fait affronter des dillicultés humainement insurmontables, endurer des souffrances indicibles, accepter la mort elle-même avec joie.

C'est ce zèle qui faisait dire à sainte Madeleine de Pazzi « 0 mon Dieu, s'il m'était possible d'aller aux extrémités des Indes ou parmi les Turcs annoncer votre loi divine et vous gagner des âmes, toutes les fatigues du corps, toutes les peines de l'esprit me paraîtraient douces pour une œuvre si belle, si admirable! »

C'est ce zèle qui inspirait à la séraphique Thérèse les paroles suivantes : « Que m'importe à moi de rester jusqu'au jour du jugement en purgatoire, si par mes prières je sauve une seule âme, surtout si je contribue à l'avancement spirituel de plusieurs. »

C'est ce zèle enfin qui arrachait, au quinzième siècle, au moine dominicain Sa-

vonarole, ce cri d'apostolique éloquence : « Florence, ô Florence, je suis fou de toi! tue-moi, crucifie-moi, si tu veux, mais convertis-toi ! » et à sainte Catherine de Bologne ces accents sublimes : « 0 mon Dieu, jetez-moi comme une enclume au fond du plus horrible des enfers, sans que je perde votre grâce et votre amour; puis frappez sur moi continuellement les coups de votre plus rigoureuse justice, afin que, j'acquitte la dette de tous les pécheurs passés et futurs. »

Dieu ne demande pas de tous les hommes qu'ils poussent le zèle jusqu'à ces héroïques extrémités. Du moins a-t-il le droit d'attendre de chacun d'eux qu'il l'aime assez pour désirer sa gloire et qu'il fasse ce qui est en son pouvoir pour la procurer.

Ce désir n'est pas autre chose que le zèle, et ces efforts pour procurer la gloire de Dieu que l'exercice môme du zèle ou, si vous aimez mieux, de l'apostolat.

En résumé, l'apostolat chrétien consiste à travailler à l'extension du règne de Dieu et au salut des âmes. Que ce soit sur un champ étendu ou restreint, par des moyens

VIE DAl'USliH.AI

ordinaires ou héroïques, peu importe : ce n'est là qu'une question accessoire et secondaire. Le principal, Fessentiel est que Dieu soit connu, que son nom soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite et que, comme une conséquence nécessaire, les âmes se sanctifient et se sauvent. Tel est Fobjet souverain, unique, exclusif du véritable apostolat, de ce que j'appelle \ apostolat chrétien .

De tous les motifs qui peuvent être invoqués d'exercer l'apostolat chrétien dans le monde, le principal se tire de cette vérité, précédemment énoncée savoir : que les chrétiens sont frères, membres d'une même famille dont Jésus-Christ est le chef. Et de même que dans le corps auquel ils appartiennent, les membres se prêtent un mutuel secours; ainsi les membres de la grande famille chrétienne doivent-ils s'entr'aider et s'aimer de telle sorte que le bien de l'un intéresse l'autre et le porte à prêter volon-

tairement et spontanément son concours pour le procurer.

« L'ordre est parfait, dit Bossuet, si on aime Dieu plus que soi-même, soi-même pour Dieu, le prochain, non pour soi-même, mais comme soi-même pour F amour de Dieu. Oh! que cela est droit! Oh! que cela est pur! Toute vertu est là-dedans. »

Partant de ce principe, fondés sur cette vérité, préoccupez-vous, chers jeunes gens, des besoins spirituels de ceux qui vous entourent ; voyant en eux des frères en Jésus- Christ, aimez-les et traitez-les comme tels. C'est un devoir de charité autant que de justice chrétienne.

Arrière cet esprit égoïste qui ne voit que soi et ne pense qu'à soi. Refuseriez-vous de tendre la main à un inconnu que vous verriez sur le point d'être englouti dans les flots de la mer, si, moyennant ce service, vous pouviez espérer de le sauver? Qui sait même si vous ne pousseriez pas l'amour de vos semblables jusqu'à mettre votre propre existence en péril pour l'arracher à une mort imminente ? Et ce que le simple amour naturel, une compassion humaine vous por-

tcrait à faire pour rintérèt du corps, Famoiir surnaturel, le zèle, Tesprit cVapostolat chrétien, ne vous le ferait pas accomplir pour rintérèt de rame?

Je parle de Tàme! Savez-vous bien ce qu'est une âme? ce qu'elle vaut aux yeux de Dieu? ce qu'elle a coûté au Fils de Dieu? , De toutes les œuvres sorties des mains divines, en est-il une qui puisse être comparée à ce chef-d'œuvre du Tout-Puissant? Ni la terre, ni le ciel, ni les fleuves, ni les mers, ni les planètes, ni les astres, ni les montagnes, ni les abîmes, ni aucune autre des merveilles de la Création visible, ne sont capables de connaître Dieu et de l'aimer. C'est l'apanage exclusif de l'ànie angélique et humaine. Et c'est là ce qui fait la grandeur et la valeur de l'ànie et son incomparable supériorité sur tous les autres êtres créés par Dieu.

Joignez-y l'amour tout à fait spécial de Dieu pour nos âmes qu'il a faites à son image et ressemblance et pour le rachat desquelles il s'est fait homme et a versé tout son sang... Ah! quand on se place à ce point de vue, on comprend la nécessité d'aimer soi-même ces âmes tant aimées de

Dieu et de contribuer à établir ou à rétablir son règne en elles (1).

Or, — et c'est là un second motif d'exercer l'apostolat chrétien, — ces âmes que Dieu a faites pour lui, ces âmes qu'il veut saintes, dont il veut être aimé et sur lesquelles il veut régner, ces âmes sont, par leur condition originelle, faibles, inclinées au mal, inconstantes; beaucoup d'entre elles, hélas! ignorent Dieu, l'ont oublié, lui sont depuis longtemps infidèles; par suite, beaucoup d'entre elles, après avoir méconnu Dieu et ses droits sacrés, après avoir négligé leurs devoirs envers lui; après lui avoir refusé la soumission, la fidélité, l'amour qu'il réclamait d'elles, se perdent irrémédiablement et vont comparaître devant le Juste juge sans autre perspective que d'entendre sortir de sa bouche la sentence qui condamne à l'éternelle réprobation.

Tel n'était pourtant pas le dessein primitif

(1) Quand Tàme regarde rAgnoau immolé sur le bois de la très sainte Croix, à cause de l'amour inefl'able qu'il a jjour sa créature, elle conçoit un si grand amour pour le salut des âmes, qu'elle se livrerait cent mille fois à la mort pour sauver une àme de la mort l'ternelle. (Sainte Catherine de Sienne, Lettre XLIII.)

de Dieu. Ces âmes, il ne les avait créées, unies à des corps, faites chrétiennes, enrichies de ses grâces , que pour les sauver et les rendre éternellement heureuses. Comprenezvous quelle violence Dieu doit se faire pour en venir à une telle extrémité, pour maudire à jamais une créature qu'il voulait à jamais combler de ses bénédictions, pour vouer au malheur infini celle qu'il avait résolu d'associer à son infinie béatitude?

Et, dès lors, comprenez-vous combien il importe de conjurer ce malheur et de travailler, selon son pouvoir, à maintenir ou à ramener les âmes dans la voie du salut et, s'il le faut, à les arracher, malgré elles, par l'exercice d'un apostolat discret et infatigable, à leur perte éternelle?

« Notre devoir à tous, a écrit le grand poète dévoyé (1), c'est sans doute, de chercher à diminuer la misère ; mais c'est aussi de faire lever toutes les têtes vers le ciel; c'est de diriger toutes les âmes, c'est de tourner toutes les attentes vers une vie ultérieure où justice sera faite et où justice sera rendue. »

(1) Victor Hugo.

Enfin, s'il vous faut d'autres motifs pour exciter votre zèle et vous animer à Tapostolat chrétien, vous en trouverez un puissant et décisif dans l'activité déployée par Satan et ses auxiliaires en vue de séduire, de corrompre et de perdre les âmes.

Considérez un instant ce que fait l'esprit du mal pour arracher ces âmes à Jésus- Christ, leur souverain et unique maître; quel zèle infernal il inspire à ses serviteurs et amis; quelle formidable propagande de mensonge, d'erreur, d'impiété, d'immoralité, il exerce d'une extrémité du monde à l'autre ; de quelles ressources il dispose , quelles forces il compte à son service.

Je vous le demande, les apôtres du mal furent-ils jamais plus nombreux, mieux organisés, plus unis, plus puissants qu'ils semblent l'être de nos jours? Il y en a partout et ils s'attaquent à tout, à tout ce qui est honnête, pur, vertueux et saint; à tout ce qui élève l'esprit, ennoblit le cœur, perfectionne la volonté et donne à l'homme, au chrétien sa vraie valeur morale. Rien n'est respecté par eux: ni la vérité, nila justice, ni le droit, ni l'honneur, ni la dignité de la vie, ni la vertu. Leur œuvre de destruction s'exerce

ME D APOSTOLAT. 2\i:>

de mille manières : par la parole et par la presse, par les associations ténébreuses et par les institutions ouvertement impies. Ils sont perpétuellement appliqués à seconder les funestes desseins et à remplir le programme exécrable de Satan leur chef.

0 Dieu ! quelle activité ! quel zèle ! quelle persévérance ou plutôt quelle ténacité, quelle obstination, quel acharnement dans cette œuvre de mort entreprise contre les disciples de Jésus-Christ!

Chers jeunes gens, sera-t-il dit que les enfants de lumière seront moins zélés, pour le triomphe du bien, que les enfants de ténèbres pour le triomphe du mal? Sera-t-il dit que la vue des efforts des seconds et de leurs succès momentanés laissera froids et indifférents les premiers et qu'ils n'opposeront pas à Tapostolat satanique, l'apostolat chrétien?

Et vous, mes amis et mes fds, laisserezvous périr les âmes sans essayer de les sauver? Et, sans aller rechercher au loin ces âmes, n'aurez-vous donc point pitié de celles qui sont à votre portée et sur lesquelles il vous est plus aisé d'exercer une influence secourable et salutaire ?

L'un des plus éminents économistes de nos jours, le propagateur de la doctrine sociale, Frédéric Le Play, écrivait en 1871 : « On reconnaît que la France se décompose, qu'elle s'affaiblit de plus en plus, et il ne vient à la pensée de personne de donner une partie, une faible partie de son temps et de son influence pour aider à conjurer le mal ! Quand j'analyse, par des questions prudemment ménagées, le but que chacun poursuit, je m'aperçois qu'au fond, on pense uniquement à son intérêt personnel et à son plaisir. N'estce pas un symptôme effrayant ? »

Ce n'est pas à vous, chers amis, que l'on devra appliquer ces attristantes paroles. La charité du Christ qui vous anime saura vous inspirer de nobles industries pour contribuer à la diffusion du bien et apporter votre part de secours à ceux de vos semblables qui sont aux prises avec la misère morale, incomparablement plus digne de pitié que la misère matérielle et physique.

« Nous devons être des sauveurs au milieu du monde, a écrit M»" de Ségur, parce que par sa sainte grâce, le Sauveur universel est en nous et veut vivre en nous, opérer en nous... N'étant plus comme jadis sur la terre

pour travailler au salut de ces chères créatures, pour leur parler, les exhorter, les consoler, Jésus daigne nous choisir pour faire tout cela par nous... Oui, Jésus veut que nous soyons tous pour le monde ce que Luimême est pour le monde, des principes de salut, de vie, do résurrection, de paix, de consolation divine. // attend cela de tous les chrétiens (l). »

Mais comment venir en aide aux âmes? Par quels moyens les soustraire à l'action visible ou cachée des apôtres du mal? A quelles ressources recourir pour les empêcher de se perdre et pour les maintenir dans les voies du salut ?

Abondantes sont vos ressources, car nombreuses et variées sont les formes de l'apostolat chrétien.

La première ressource et la plus puissante sans contredit, c'est \'A prière.

La prière est, en effet, le moyen institué, recommandé par Dieu pour obtenir la grâce

(1) Xosgraiulourseu.J(":>iis, IIP partie, p. 2GO--.iO-J.

soit pour notre profit personnel, soit pour le profit d'autrui. Dieu s'est engagé, formellement et solennellement engagé, non pas une fois, mais une infinité de fois, à ne rien refuser à qui prie au nom de son Fils, appuyé sur ses mérites, confiant en la toute puissance et la toute bonté divine.

Et comme il n'est rien que Dieu, que Jésus Christ, ne désire tant que le salut des âmes, il n'est rien de ce qui peut faciliter et procurer ce salut que Dieu, que Jésus-Christ ne soit disposé à accorder à qui le prie dans cette fin.

Priez donc; priez, en général, pour la masse des chrétiens, pour l'universalité des âmes; priez, en particulier, pour celles qui ont un plus grand et plus pressant besoin de l'assistance divine. De ce nombre sont les pécheurs endurcis , les égarés , les tentés , les faibles, les exposés, les découragés. Ce sont des malheureux qu'il faut secourir, d'autant plus malheureux qu'ils ne soupçonnent souvent pas leur détresse ou ne font rien pour éviter le danger et sortir de l'abîme au fond duquel ils se sont laissés entraîner. Soyez-leur compatissants et, par la prière, venez-leur en aide.

VIE D APOSTOLAT. n'J

Oh! appliquez-vous, avec loi, conliance, ardeur et constance à ce noble apostolat de la prière et de l'intercession, si éminemment pratique et fécond. Que d'âmes vous pouvez convertir, préserver, affermir dans le bien par vos prières humbles, ferventes, persévérantes ! A combien vous pouvez obtenir des grâces de lumière pour se diriger, de force pour lutter, de paix et de consolation pour ne point se laisser abattre et décourager !

Il ne vous sera pas toujours donné de constater les fruits bénis de votre apostolat. Le plus souvent ces fruits vous seront inconnus, pour accroître le mérite de votre prière et la rendre plus efficace encore. Contentez-vous de poursuivre le but, qui est le bien de vos frères, le salut des âmes; et comme ce but est identique à celui que poursuit lui-même le divin Sauveur des âmes, persévérez dans votre apostolat, bien convaincu, comme le dit saint Paul que « votre labeur n'est point vain, accompli qu'il est dans le Seigneur et pour le Seigneur (1) ».

(1) Itaque iVatros moi dilocti, stabilos ostote et immoliilos. abundantes in opoi-e Dei semper, sciontes quod labor vcsior non est inanisin Domino. (I Cor.xv, 58.)

2iO JEUNESSE ET VIE CHRETIENNE.

Après la prière, avec la prière, il y a la parole et V action et, en général, tous les moyens actifs mis en exercice dans le but de promouvoir l'amour de la vérité et delà vertu, le règne de Dieu dans le monde et les âmes.

La prière, qui est le mode naturel et universel de parler à Dieu, pour intéresser sa charité et mettre en activité sa bienfaisance en faveur de ceux dont l'âme nous est chère, est aussi le moyen d'obtenir de Dieu les grâces qui rendent capable de servir ses intérêts sacro-saints par la parole et par les œuvres.

Il y a donc une relation très directe, une connexion très étroite entre l'apostolat de la prière et celui de Faction, l'un étant la préparation et la garantie des succès de l'autre. Aussi bien, ne faut-il pas les séparer, sous peine de s'exposer à parler et à agir en pure perte. Avant d'entreprendre la conversion d'une âme, il importe de prier pour elle et de la recommander instamment à la miséricorde divine ; il est nécessaire de solliciter du ciel la grâce qui nous permettra d'atteindre cette âme, de la toucher et de la ramener à Dieu!

N'agissez jamais, même en vue du bien, du plus grand bien, sans vous être rendus aptes à accomplir ce bien, par la prière qui

VIE DAPOSÏOLAT. 2 il

purifie, élève, illumine, transforme l'àme, la rend puissante à l'égal de Dieu, en la faisant 0 entrer dans les puissances mêmes de Dieu » (1).

Mais ne vous bornez pas à être des âmes de prière et de désirs, dès lors que vous pouvez étendre votre apostolat et le compléter, en quelque sorte, par celui de la parole et des œuvres.

Parlez, si vous vous en sentez la grâce. Parlez toutes les fois que l'occasion s'en présentera, soit pour édifier le prochain, soit pour donner un conseil opportun à un ami que Tillusion aveugle et la passion égare; soit pour défendre la vérité attaquée, pour démasquer les mensonges de l'impiété, pour revendiquer les droits de Dieu, pour repousser les injures dirigées contre votre sainte mère l'Eglise.

Qu'importe que ce ne soit pas toujours dans des circonstances solennelles ni devant de nombreux adversaires. Dès lors qu'il s'agit de Dieu et de son Christ, des intérêts de l'Eglise et des âmes, vous devez être disposés à parler et le faire , si la grâce vous y

(Il lulruilio iii pott'iitias iioiniiii. (Ps. LXX, ID.i

2i2 JEUNESSE ET ME CHRETIENNE.

sollicite, comptant, au besoin, sur l'assistance d'en-Haut, laquelle a été promise à ceux qui, mis en devoir de répondre aux attaques des ennemis de Dieu, seront dans la nécessité de prendre sa défense (1).

Mais ce rôle de défenseur public de la vérité parla parole, bien qu'il convienne à tous, n'est pas donné à tous. Il est, du moins, un apostolat plus accessible et plus pratique, où Ton court moins de risques à parler et où l'on a plus de chance de succès à le faire. Je veux parler de cet apostolat plus familier et plus intime et, par conséquent, plus direct, qui consiste à montrer individuellement le bien à ceux qui le désirent ou l'ignorent; à y encourager ceux qui le pratiquent; à avertir, à stimuler ceux qui négligent de l'accomplir d'une façon régulière ; en un mot, à établir le règne de Dieu dans les âmes au moyen d'une parole humble, discrète, pleine d'à propos, bienveillante et toute cordiale. N'oublions pas que si la parole est une arme, une arme qui souvent blesse cruellement et fait mourir,

(1) Ponito ergo in cordibus vestris non prœmeditaii quomadmodom respondeatis. Ego onim dabo vobis os et sapientiam, cui non potoriint resistorc et contradicero oninos advorsarii vo.stri. (Luc. xxi, 11-1.5.)

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elle est aussi une arme qui ne blesse que pour faire vivre, et qui communique à tout ce qu'elle touche une sève abondante de vie. Telle est la parole de Dieu, de qui TApôtre dit qu'elle est « vivante et efficace, communiquant la vie qui est en elle et en pénétrant Tûme jusqu'à ses plus extrêmes profondeurs » (1); et de qui Jésus-Christ lui-même a déclaré qu'elle est « esprit et vie (2) », Telle est aussi la parole de l'honmie, du chrétien, s'inspirant de Dieu et n'ayant comme objectif que la gloire de Dieu.

Parler est bien, mais agir est mieux; on risque, en parlant, de rester dans le domaine de la pure théorie; en agissant, on réduit la théorie en pratique.

Agisse: donc, chers jeunes gens; soyez des ouvriers de la bonne cause; dépensez à son service et en vue de son triomphe tout ce qu'il a plu à Dieu de mettre en vous d'activité surnaturelle. Si la dose en chacun n'est pas égale, chacun, du moins, est tenu d'ap-

(1) Vivus est onim sormo Dei, et elTicax, et penctrabilior omni gladio ancipiti, et pertingens usque ad divisionem anima? ac spiritus. (Ilasbr. iv. 12.)

(2) Verba, qiue locutus siim vobi.s, spiritus et vita .suut. (.Toa. IV, (M.)

porter sa part d'action à la grande œuvre du règne social de Dieu.

En cela, moins qu'en tout le reste, n'écoutez pas un certain égoïsme spirituel qui vous conseillerait, sous de subtils prétextes, de rester confinés dans l'œuvre personnelle de votre perfection, sans vous mettre en souci de celle des autres ; ne cédez pas à une certaine paresse qui, sous couleur de prudence, voudrait s'abstenir de toute participation à l'extension du bien et laisserait ainsi le champ libre aux artisans infatigables du mal.

Par dessus tout, n'invoquez pas les arguments que certains catholiques chagrins et pessimistes s'évertuent à vulgariser, sans se douter qu'ils font l'office de destructeurs du zèle chrétien, d'apôtres du découragement et de la lâcheté. A quoi bon agir? disent-ils. Et que faire? Du reste, le mal n'est-il pas trop grand ?Que peuvent nos efforts isolés contre la conjuration du nombre? — Non , non, n'écoutez point, ne tenez point ce langage. Le maître au service et pour la gloire de qui nous devons agir, lutter, souffrir et mourir, n'est-il pas là pour nous faire entendre sa consolante et triomphante promesse ? « Ayez confiance.

VIK D APOSTOLAT. 2i5

nous crie-t-il, j'ai vaincu le monde (l). » Avec moi et par moi vous le vaincrez aussi.

Vous êtes jeunes, chers amis; et, à vofre âge, c'est un besoin cVagir, de se dépenser, de se dévouer. Faites-le dans l'ordre du bien et au profit spirituel de vos semblables. Faites-le, en prêtant un concours personnel et effectif à tontes les œuvres de charité, de zèle , de réforme sociale , de restauration chrétienne : Patronages, cercles, syndicats, conférences de saint Vincent de Paul, associations et comités de défense et d'action catholique; tout ce qui peut, en un mot, contribuer au triomphe de rÉvangile et au vrai bonheur de la société, aimez-le, patronez-le et, dans la mesure compatible avec votre situation et votre âge, donnez-y votre coopération : ce sera, de ce chef, travailler à votre profit personnel. Songez que le bien qu'en vue de Dieu vous vous efforcez de procurer aux autres devient, en vertu d'une sage disposition de la Providence, votre bien propre, car ce bien, accompli dans l'oubli de vous-mêmes, au prix d'efforts, de sacrifices méritoires,

(1) Conliilito : ogo vici munduin. (Joa. xvi, 3o.)

trouve sa récompense immédiate dans les grâces que Dieu accorde aux âmes vraiment apostoliques; et ces grâces, trésor spirituel 01^ elles puisent sans cesse, sont comme le fonds qui les enrichit , comme l'aliment qui les sustente, comme la vie qui les anime et les rend capables d'agir et de se porter à de nouvelles bonnes œuvres.

Mais il est un genre d'apostolat supérieur à celui de la parole et de l'action, et que, par-dessus tous les autres, je vous recommande : c'est celui de V exemple . Encore que j'aie déjà traité ce sujet dans le précédent entretien, permettez-moi, à raison de son importance, d'y revenir dans celui-ci.

Oh ! que puissant est l'apostolat exercé par l'exemple d'une vie sincèrement chrétienne ! Sans doute, il y en a que cet exemple, choque, irrite, rend hostiles, car ils j voient un blâme direct ou indirect infligé à leur conduite, et rien n'indispose et n'aigrit comme un reproche sur un point où l'on ne veut pas apporter de réforme. C'est la plaie vive qu'il est toujours désagréable et douloureux de toucher, même pour la guérir.

Mais à côté de ceux qui repoussent systé-

VIK U Al'USTOLAT. 247

matiquement le bon exemple, il y a ceux qui en subissent, souvent à leur insu et comme malgré eux, la salutaire contagion et l'irrésistible influence.

Combien de gens ont besoin d'impulsion, étant incapables de se porter d'eux-mêmes au bien qu'ils approuvent, estiment et désirent, ou de s'y maintenir, sollicités qu'ils sont par des passions impérieuses ou des influences extérieures, contraires et malsaines !

A ces timides, à ces indécis, à ces traînards, à ces poltrons, disons le mot, à ces lâches, il faut une main résolue qui prenne la leur et les entraîne dans la voie du devoir et de la vertu. Cette main c'est celle de l'apôtre dont les exemples, je l'ai déjà dit, entraînent aussi bien et mieux encore que les paroles. Toujours il en sera ainsi, et de toutes les éloquences, la plus persuasive et la plus efficace sera, comme elle l'a toujours été, celle qui se dégage d'une conduite irréprochable et des exemples d'une vie vertueuse.

Le 9 novembre 1870, le général Chanzy, à la tête d'une forte colonne, s'élançait sur Coulmiers. La position était des mieux dé-

fendues. De nombreuses batteries balayaient le terrain que nos troupes avaient à parcourir. Sous la pluie de boulets et de balles qui les accueille, nos jeunes soldats hésitent : ils vont reculer. Mais le brave général Barry, mettant pied à terre, se porte en avant au cri de : « Vive la France ! A moi, les mobiles ! » Les chefs de corps suivent son exemple. Les mobiles, électrisés, s'élancent à leur suite et, dans une poussée irrésistible, chassent Tennemi du village dont ils défendent les approches, et rendent impossible tout retour offensif (1).

Chers jeunes gens, vaillants apôtres, soyez, vous aussi, des entraîneurs, ce Que la lumière de vos bons exemples brille donc et éclate aux yeux de tous, afin que, voyant vos œuvres, les hommes en glorifient Dieu qui est au ciel, » en marchant sur vos traces et en se conformant ù votre conduite (2).

Et maintenant faut-il vous dire où votre

(1) Les Conlem'porains : Chanz}-.

(2) Luceat lux vestra coram hominibus ut videant opéra vostra et glorificentPatrem vestruiu qui in cœlisest. (Matlh. V, 16.)

Mt 1) Al'nSluL.Vl. .ii'.i

esprit crapostolat trouvera roccasion de s'exercer, de se manifester sous les diverses formes qui vous ont été indiquées?

Nul théâtre ne convient mieux à votre zèle que le foyer de la famille.

Peut-être Dieu vous a-t-il donné des parents chrétiens dont les exemples, mieux encore que les conseils, vous sont une prédication continuelle et un puissant encouragement à la vertu. Mais hélas! les familles chrétiennes deviennent de plus en plus rares, et, au lieu de ces exemples de soumission à Dieu, de confiance en sa providence, d'accomplissement des devoirs religieux, de fidélité aux devoirs professionnels et domestiques, les enfants ne reçoivent trop souvent de leurs parents, que des exemples d'indifférence religieuse, d'abandon des pratiques chrétiennes, de vie en dehors de Dieu.

La cause d'un tel état de choses n'est pas toujours le mépris de l'autorité divine ou le parti-pris de professer l'impiété. Bien plus souvent elle provient d'une préoccupation exclusive des intérêts matériels et terrestres. L'obligation de pourvoir aux besoins d'une famille nombreuse, de satisfaire aux exi-

gences d'un labeur absorbant, finit par engendrer insensiblement l'abandon des habitudes religieuses.

Chers jeunes gens, peut-être y a-t-il dans votre famille quelque membre infidèle à ses devoirs de chrétien : c'est peut-être votre père, votre mère ; ce sont des frères ou des sœurs qui, depuis longtemps ne vont plus à la messe, ne font plus leurs Pâques, travaillent le dimanche, violent les saintes lois de l'abstinence , blasphèment le nom de Dieu, lisent des feuilles impies.

Par une grâce particulière, vous avez échappé à la contagion de ces mauvais exemples. L'enseignement chrétien reçu dans les établissements où vous avez été élevés, les habitudes religieuses que vous y avez conctractées et que vous avez conservées dans le monde ; les bons exemples, les encouragements au bien que vous recevez dans les Patronages ; l'action vivifiante des sacrements, dont vous vous approchez avec autant de ferveur que d'assiduité, ont exercé sur vous une protection salutaire et, en fortifiant en vous la vie chrétienne, vous ont garantis contre l'indifférence et l'entraînement au mal.

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Jeunes gens chrétiens , soyez apôtres ; entreprenez de ramener à Dieu ces membres égarés de vos familles. Éclairez-les, dissipez leurs préjugés, leurs erreurs, leur ignorance religieuse. Démontrez-leur les beautés et -les douceurs de cette religion qu'ils négligent. Encouragez-les à en reprendre les saintes pratiques, par l'assurance des forces qu'ils y puiseront et des consolations qu'elles leur procureront...

Oh! n'en doutez pas, votre parole, appuyée sur votre exemple, fécondée par vos prières, vos saints désirs, vos sacrifices, triomphera tôt ou tard des oppositions les plus fortes, des résistances les plus opiniâtres. Dieu ])énira les efforts de votre apostolat chrétien au sein de la famille.

Il le bénira d'autant mieux que vous serez plus fidèles à sa grâce et le laisserez exercer un empire plus absolu sur votre vie ; que vous vous appuierez davantage sur lui ; que vous serez plus étroitement unis à lui ; à lui par la pureté de la conscience ; à lui par le désir de lui plaire et de procurer sa gloire; à lui par votre participation sacramentelle à son esprit et à sa vie. « Je crois, a dit Tun des hommes de Dieu les plus émi-

nents de ce siècle, le P. Eymard, je crois à Tatmosphère de la grâce autour du Très Saint Sacrement et des lieux qu'il habite. Aussi, vous qui demandez une conversion chérie, ah ! communiez , emportez Jésus chez vous! c'est un feu qui, en transperçant votre cœur, ira réchauffer autour de vous ; on respirera V Eucharistie. La douceur que vous puiserez dans la communion et qui en rejaillira sur votre conduite, vous fera aimer d'abord, et puis Celui que vous portez. »

Le milieu professionnel est (Micore un champ où votre esprit d'apostolat peut efficacement s'exercer.

Vous êtes , pour la plupart, employés dans des maisons de commerce ou des administrations composées d'un personnel ordinairement nombreux. Hélas ! la majorité de ceux avec lesquels vous avez à passer les deux tiers de votre vie sont loin de partager vos sentiments et vos croyances. Mépris de la religion, plaisanteries déplacées à l'endroit de nos dogmes et de nos pratiques les plus saintes, propos obscènes et conversations immorales : voilà ce que

trop souvent vous trouvez en leur société.

Vous bornerez-vous à ne point professer ce mépris, à ne point faire écho à ces blasphèmes, à ne point encourager et suivre ces exemples? Ce qui serait assez pour un honnête jeune homme, n'est pas assez pour un jeune homme chrétien. Il y a plus et mieux à faire. Il y a, s'il se peut, à empêcher \v mal ; il y a, tout au moins, à tenter d'exercer autour de vous une influence morale qui contrebalance les effets désastreux que pourrait produire sur d'autres, plus faibles que vous, le milieu malsain où les exigences professionnelles les retiennent comme vous.

Je n'ai pas à vous dire ici par quels moyens spéciaux vous pouvez exercer ce délicat et laborieux apostolat. Il y a, en cela comme en toutes choses, à tenir compte de l'âge, des situations, des circonstances : l'esprit de zèle, s'il vous anime, saura vous suggérer diverses industries adaptées au milieu particulier dans lequel devra se produire cet apostolat et aux personnes qui en seront les objets.

N'oubliez jamais que le zèle, pour être efficace, doit exclure toute violence, impa-

tience, orgueil et dureté. « Le vrai zèle, dit saint François de Sales, est un enfant de la charité, car c'en est Tardeur; c'est pourquoi, comme elle, il est patient, bénin, sans trouble, sans contention, sans haine, sans envie, se réjouissant de la vérité. L'ardeur du vrai zèle est pareille à celle du chasseur qui est diligent, soigneux, actif, laborieux et très affectionné au pourchas, mais sans colère, sans ire, sans trouble, car si le travail des chasseurs était colère, ireux, chagrin, il ne serait pas si aimé ni affectionné ; et de même le vrai zèle a des ardeurs extrêmes, mais constantes , fermes , douces , laborieuses , également amiables et infatigables ; tout au contraire, le faux zèle est turbulent, brouillon, insolent, fier, colère, passager, également impétueux et inconstant (1) »

Sachez bien toutefois, chers amis, que douceur n'est pas faiblesse et que, selon que le dit encore saint François de Sales, si vous devez vous montrer pliable dans l'exercice de votre zèle, vous ne devez jamais rompre (2). Cela revient à dire : Soyez tout à la

(1) Traité de l'amour de Dieu, liv. X, cli. xv.

{1) Bienheureux sont les cœurs pliables, car ils ne roni-

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fois discrets et hardis, fermes et indulgents, et, tout en montrant toujours et à tous bon visage, défendez résolument votre terrain et n'en cédez pas un pouce à qui voudrait l'envahir. Montrez par là que vous avez des convictions bien affermies et que vous êtes du nombre de ceux qui sont prêts à tout sacrifier pour l'honneur de leur cause. Cette fermeté d'attitude sera la meilleure recommandation de votre qualité de chrétien et contribuera peut-être à assainir ce que j'ai nommé le milieu professionnel.

Un autre champ où votre zèle et votre esprit d'apostolat peuvent s'exercer avec profit, c'est le Patronage, ce sont les Œuvres de persévérance et les Associations diverses dont vous êtes membres et dans lesquels vous avez l'occasion de rencontrer des jeunes gens de votre âge. Tous ne sont pas également pieux et fervents; peut-être même, s'en trouve-t-il parmi eux qui apportent dans le milieu chrétien qu'ils fréquentent, à l'insu de ceux qui président, certaines idées mondaines, sceptiques, certaines formules et ex-

proiit jamais; non certes, ils uo roniprout jamais, car tout va se rompre à leurs pieds. (/(/.)

pressions grossières, licencieuses, capables de nuire au bon esprit général ou d'ébranler les convictions et la vertu de quelque camarade plus facile à entraîner. Là encore vous pouvez, si vous le voulez bien, exercer un apostolat des plus efficaces soit par votre attitude chrétienne, par l'affabilité et la cordialité de vos rapports, soit par de bons conseils discrètement et opportunément offerts.

Ayez surtout à cœur V apostolat de détail, vous appliquant plus spécialement, selon que l'occasion vous en sera offerte, à ramener aux croyances et aux pratiques chrétiennes, par des moyens directs ou indirects, tel ou tel de vos compagnons d'atelier, de vente, de bureau, de Patronage. Une parole dite à propos, un bon livre prêté, un service rendu, peuvent devenir des encouragements très efficaces au bien, ou des appels déterminants à la conversion. Rien ne vaut comme cet apostolat industrieux et aimable d'un jeune chrétien qui se fait tout à tous pour gagner des âmes à Jésus-Christ.

Que d'admirables traits on pourrait citer pour montrer quels merveilleux résultats se

peuvent obtenir lorsqu'on entreprend, avec Faidc de Dieu, de ramener au bien un frère dévoyé !

Puissent, du moins, le désir et Fespérance de ces résultats exciter votre zèle et vous rendre capables de tous les dévouements. N'oubliez jamais que l'amour de Dieu doit être actif et agissant ; que l'apostolat est une partie intégrante du service que tout chrétien doit à Dieu et qu'on ne devient apôtre que lorsqu'on a permis au christianisme de pénétrer sa vie (1).

Laissez donc votre vie se pénétrer de christianisme, ou plutôt travaillez sans relâche à accroître la vie chrétienne en vous. Partant de la notion exacte de votre impuissance et de votre néant, appuyez-vous sur Dieu et recourez à Dieu. S'il est vrai, comme je vous l'ai si souvent rappelé au cours de ces entretiens, que « sans lui nous ne pouvons rien faire », il est incontestable que « nous pouvons tout en Celui qui nous fortifie » par sa grâce et par le concours personnel qu'il nous

(1) V. Le Livre de Vapôlre. p. 9-15. Librairie V. LccoflVo Paris.

offre et nous prête en venant sacramentellement en nous.

Que la foi, riiumilité, la confiance vous tournent vers Dieu et vous unissent à Dieu. En adhérant à lui, en agissant avec lui et par lui, vous assurerez à toutes vos œuvres une fécondité parfaite et une efficacité durable. Là est le secret du véritable apostolat.

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