‹ Jeunesse et vie chrétienneChapitre 5 sur 19 · DEUXIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DEUXIEME ENTRETIEN

Soctaro fidoni.

Attachez-vous à la foi.

(I Tinioth., VI, -2.)

Encore que le sérieux de la vie soit une condition et l'un des éléments indispensables de la vie chrétienne, il ne s'ensuit pas rigoureusement qu'on est chrétien par cela même qu'on est sérieux. ]^]tre sérieux peut n'être qu'une qualité naturelle à beaucoup d'hommes, et vous ne devez pas seulement être des hommes, vous devez encore être des chrétiens.

La vie chrétienne comporte donc un autre élément plus en rapport avec son essence et son objet; elle exige la /bi, l'esprit de foi. C'est cet élément qu'il vous faut, de toute nécessité, introduire dans votre vie pour lui

donner son vrai caractère de vie chrétienne.

Cet élément est d'autant pins nécessaire, que « la misère spéciale de notre siècle, comme l'observe M^'" de Ségur, étant l'affaiblissement de la foi et du sens chrétien, le soin principal des enfants de l'Eglise, en ce siècle, doit être de réagir contre cette tendance et de veiller non seulement sur la pureté parfaite de leur foi, mais aussi sur la vie et la ferveur de leur foi. Aujourd'hui la foi ne suffit plus ; il faut l'esprit de foi. Il faut maintenant ù rh]glise des âmes fortes et généreuses ; il faut des hommes de fbiy> (1).

Mon dessein, dans le présent entretien, est de vous donner de la foi une notion aussi exacte que possible ; puis de vous dire de quelle façon vous devez vous comporter pour que votre vie soit une vie de foi.

Vous savez, chers jeunes gens, comment la foi est définie : une vertu surnaturelle en son principe et son objet qui est Dieu, par

(Il Mb" tlo S.-gur, le Bon Combat de la foi. XIV, p. m.

vu: DE lui. i5

laquelle nous adhérons à tout ce que Dieu a révélé, fondés sur l'autorité de sa parole infaillible, et à tout ce que nous enseigne FEglise de la part de Dieu.

Or cette foi, en vertu de laquelle nous croyons à Dieu et à toute autorité légitime })arlant au nom de Dieu, est un don que nous avons reçu avec la grâce baptismale. Elle fait partie de notre dotation surnaturelle d'enfants de Dieu et de l'Eglise catholique. Elle est l'apanage exclusif des chrétiens, le point de départ et le londement de tous nos rapports surnaturels avec Dieu, la première et indispensal)le condition de salut(l).

En nous gratifiant de ce don. Dieu n'a eu en vue que de vous exalter, c'est-à-dire de nous élever au dessus de nous-mêmes. Par la foi, en effet, notre intelligence dont l'activité naturelle est sans proportion avec le monde des réalités divines, est mise en possession d'une activité surnaturelle qui lui permet de s'élever du créé à l'incréé, du visible à l'invisible, d'atteindre jusqu'aux mystères de la divinité et, comme dit l'a-

(1} Joa. m, lû-SG. — Luc. \vi. 1(>.

pôtre saint Paul, « de les scruter en leurs profondeurs les plus intimes (1) ».

Donnons quelques développements à ces notions et dégageons-les, autant que possible, de tout ce qu'elles pourraient avoir pour vous de trop abstrait.

La condition de la vie éternelle, sa condition fondamentale, essentielle, indispensable, consiste, comme F enseigne l'Évangile, dans « la connaissance de Dieu et de son Fils , Jésus-Christ , qu'il a envoyé sur la terre (2) ». Quand je dis la vie éternelle, j'entends parler de la claire vision de Dieu, de la possession inamissible de Dieu, de la suprême félicité en Dieu.

Mais Dieu est esprit , sa grandeur est infinie, sa nature est impénétrable, ses perfections sont insondables. Comment prétendre ou seulement espérer de le jamais connaître? N'y a-t-il pas disproportion radicale, absolue entre son être et notre intelligence ? N'habite-t-il pas dans une lumière inaccessible (3)? Et n'est-il pas dit dans la Sainte

(1) Scrutatur oiunia, eliam profunda Dei. (I Cor. ii, 10.)

(2) Hîec est vita œterna ut cognoscaut te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Christum. (Joa. xvii, 3.)

(3) •< Qui... luceminliabitatinaccessibilem». (ITim.vi, Itl.i

Ecriture, qu' « il met la science de rhonime au défi(l) »?

Sans doute. Et néanmoins, Dieu veut être connu de nous. C'est sa volonté très expresse et Tune de nos obligations essentielles envers lui.

Dans son désir d'être connu de nous, Dieu s'est manifesté à nous par ses œuvres extérieures, par sa création visible. L'univers et ses merveilles, en révélante nos sens et à notre raison la puissance, l'opulence et la bienfaisance de leur auteur, nous donnent déjà une idée naturelle de Dieu; mais ce n'est là qu'une notion élémentaire et incomplète. Dieu a voulu compléter cette notion par une manifestation plus étendue et plus intime de lui-même. Il l'a fait par sa parole personnelle transmise à l'humanité par ses représentants et ses organes, les patriarches et les prophètes. Il l'a fait ensuite par son Verbe incarné, qui est venu manifester au monde, au moyen de ses enseignements et de ses exemples, les infinies perfections de Dieu. Enfin, dans le but de perpétuer ici-bas

(1) Ecce Dons magnus vincons sciontiam nostrain. (Job. xxxvi, 26.)

cette manifestation divine, ce Verbe incarné a confié à TÉglise qu'il a fondée et dont il a fait sa digne épouse, le dépôt sacré de la vérité éternelle, de cette science de luimôme que Dieu à voulu communiquer au monde.

Et A'oilà qu'après dix-huit siècles de christianisme, Dieu continue de parler et de se manifester au monde , comme il l'avait fait durant les quatre mille ans qui précédèrent la venue de son Fils ici-bas.

Croire à cette parole, adhérer à cette manifestation, à ce témoignage que Dieu rend de lui-même, accepter les enseignements qu'il donne, c'est avoir la foi, c'est faire acte de foi.

Mais comme cette parole, ce témoignage, cette manifestation, ces enseignements sont divins et, par suite, infiniment au-dessus de notre capacité naturelle. Dieu, qui a voulu nous les faire non seulement entendre mais comprendre, a complété le don qu'il nous a fait de la foi en ajoutant à l'autorité souveraine de sa parole une grâce d'illumination pour l'esprit qui adhère à cette parole, illumination qui n'est pas, il est vrai, l'évidence, mais la démonstration certaine des choses

révélées et comme le rayonnement de la face de Dieu sur les âmes.

Ceci vous fait comprendre ce qu'il y a pour le chrétien d'honorable et de noble dans cette adhésion de son esprit à Dieu par la foi.

Si, dune part, la foi implique une infériorité, accuse une infirmité, une impuissance de la part de Fintelligence humaine à l'égard des vérités de Tordre surnaturel, elle implique, de Tautre, une incontestable perfection conférée à cette intelligence par la condescendance divine , une admirable puissance de clairvoyance et de perception surnaturelle, une capacité merveilleuse d\i- • nion avec Dieu. Elle est, en somme, le couronnement divin de notre intelligence.

Ce qui vient d'être dit vous a, sans doute, fait comprendre que la foi est un don infiniment précieux qu'il faut apprécier et estimer ; — qu'il faut protéger et défendre ; — qu'il faut cultiver, entretenir et développer ; — une puissance qu'il faut s'étudier à

50 JEUiNESSE Eï VIE CHRETIE.NNE.

mettre continuellement en exercice sans jamais la laisser oisive. Tels sont, cliers jeunes gens, vos principaux devoirs à l'égard de la foi.

Reprenons Fénumération de chacun de ces devoirs, pour en préciser mieux encore la nature et la portée.

Vous devez apprécier et estimer la foi : certes, elle le mérite, puisqu'elle est, considérée en sa source, un don divin et que tout ce qui vient de Dieu est d'une valeur infinie.

De plus, ce don si appréciable et si estimable en lui-même. Test aussi par les biens sans nombre qu'il confère à ceux à qui il est octroyé. Parmi ces biens, l'un des plus précieux, sans contredit, est de nous préserver ou de nous délivrer d'un mal hélas ! très répandu parmi les hommes, le doute religieux, et de nous affranchir des perplexités de l'esprit, des agitations du cœur qui l'accompagnent et des dangers auxquels il expose.

Remarquez, en effet, que la révélation à laquelle nous adhérons par la foi n'a pas une source quelconque, mais la source la plus

pure et la plus sûre qu'il soit possible de concevoir : Dieu lui-même, Dieu dont la nature exclut toute idée d'imperfection ; Dieu vérité qui ne se trompe pas ; Dieu véracité qui ne nous trompe pas; Dieu enfin dont le témoignage est infaillible et, comme le disait le Roi-Prophète, infiniment digne d'être cru (1). D'où il résulte que croire à ce témoignage, c'est croire à la vérité, c'est être en possession de la vérité. Quelle sécurité pour le chrétien vivant ainsi dans la lumière ! Quel bonheur d'échapper au mal, si douloureux et si humiliant à la fois, du doute et de l'incertitude et de savoir d'où l'on vient, où l'on va, et par quels moyens on se dirigera du point de départ au terme assigné, avec l'assurance de ne point se tromper de chemin ni s'égarer en route.

L'ai»àtre saint Paul nous enseigne que la foi est « l'argument » et, en quelque sorte, « la démonstration » de ce qui n'apparaît point » (2), c'est-à-dire des mystères, des réalités invisibles; elle nous donne la garan-

(1) Tcstimonia tua crediijilia facla sunt nimi.s.(Ps. C'XVllI. .

(2) « Est autom fides... argumentum non apparentium. • (Ilebr. M, 1.)

tie certaine, absolue, de leur réalité. Elle fait davantage : saint Paul nous dit encore qu'elle est « la substance des biens invisibles et futurs que nous espérons (1) », ce qui revient à dire que, non seulement elle découvre à nos regards des horizons pleins d'espérance, mais, par la certitude qu'elle nous donne et la manifestation qu'elle nous fait de ces biens, elle les met déjà, pour ainsi dire, en notre possession, en nous inspirant la sainteté qui nous en rend dignes.

La foi a donc pour salutaire effet d'orienter notre vie, de diriger sûrement nos pas, d'entretenir la paix dans nos cœurs, de nous pousser dans le sens de notre fin dernière, et de nous mettre, dès ici-bas, en relation directe, révérencieuse et affectueuse, avec Celui qui est cette fm même et dont la claire vue sera un jour le radieux épanouissement et la riche récompense de notre foi docile et confiante à travers les sentiers obscurs de l'exil.

Appréciez donc comme il convient ce trésor sans prix de la foi. Soyez reconnaissants envers Dieu de vous en avoir si libéralement

(1) Sperandarum substantia ivniui. (IIcl

VIE Dt 1-Ul. 53

gratifiés; et, comparant votre condition à celle de tant de milliers d'êtres humains qui en sont et peut-être en resteront privés, rendez grâces à « TAuteur et au Consommateur de votre foi ». Rendez-lui grâces de vous avoir fait naître en plein catholicisme, dans un pays de foi, au sein de familles où se sont conservées intactes les saines traditions de la foi.

Appréciez la foi pour ce qu'elle est, la considérant , non comme une humiliante et odieuse servitude, mais bien plutôt comme un atTranchissement de Fesprit, comme un ennoblissement de Tintelligence, comme un divin complément de notre nature.

Faites plus : ce trésor de la foi gardez-le, conservez-le veillez sur lui, défendez-le. Est-ce donc à dire qu'il soit exposé et puisse vous être ravi? Sans aucun doute. Précisément parce qu'elle est un trésor, la foi est nécessairement un objet de convoitise de la part de celui qui, dès l'origine du monde, s'est déclaré et constitué ravisseur des biens surnaturels confiés par Dieu aux hommes. Sachez que le premier des biens qu'il convoite en eux c'est la foi. .Jésus-Christ a dit :

« Qui croira sera sauvé (1). » Et voilà pourquoi Tesprit de perdition s'attache à amoindrir et à ravir la foi des disciples de Jésus-Christ, « de peur, dit TEvangile, qu'en croyant à sa parole ils ne soient sauvés (2) ». Dès lors, c'est prudence et sagesse que de veiller sur ce trésor, que de ne le point exposer aux funestes atteintes de l'esprit des ténèbres, pas plus qu'à celles du monde où il recrute tant et de si intelligents auxiliaires (3).

Chers jeunes gens, vous êtes appelés à vivre dans ce monde où la foi est si menacée, si contredite et si combattue. Prenez garde : on essayera de vous circonvenir, de vous éblouir, de vous entraîner par des phrases sonores, d'insidieux sophismes, des arguments pleins d'astuce. On vous prêchera l'affranchissement de la pensée, l'émancipation de la raison, au nom des progrès, des conquêtes de la science...

(1) Qui crediderit et baptizatus i'uorit salvus crit. (Mai-c. XVI, IG.)

(2) Tollit Yorbiim do cordo eoriiin no crodontcs salvi liant. (Luc, vui, 12.)

(3) C'est spccialoniont de la foi quo l'apôtre saint Paul dit : « Nou.s portons ce trésoi- dans des vases fragiles : liabomus autem thesauruni istum in vasis fictilibus. » (II Corinth.

VIE DE FOI. r.o

Hélas! hélas! le rationalisme a envahi notre société contemporaine ! Depuis le philosophe sceptique et le rhéteur enflé par son prétendu savoir, jusqu'au modeste employé, lecteur assidu de feuilles anti-chrétiennes, il n'y a plus place chez personne pour les saintes croyances de nos pères; on a fait litière des notions augustes de notre religion sacrée : la foi a fait naufraa:e et dans ce naufrage ont été englouties les espérances, les énergies, les joies pures et vraies qui sont Tapanage des chrétiens croyants.

Même parmi ces derniers, la foi manque souvent de solidité. « Dans une multitude d'àmes, dit M^"" de Ségur, la foi est ébranlée, et c'est tout simple : renseignement, Fi'îducation, les habitudes privées et publiques, les journaux, la politique, les idées courantes, tout contribue à battre en brèche nos plus saintes croyances (1). »

Donc, jeunes gens, prenez garde et ne vous laissez ni entraîner, ni corrompre. Gardez avec soin le dépôt de votre foi ; ne souffrez pas que personne l'entame et ne soyez pas assez lâches pour l'amoindrir vous-

(1) .Mf'" d(> St'gur, le Bon Combal de la foi. p. 1.

mêmes par des réserves dangereuses autant qu'irrévérencieuses .

Tout se tient et s'enchaîne dans les vérités de la foi. Détacher un anneau c'est briser la chaîne entière et se rendre coupable du crime signalé par l'apôtre saint Jacques : « Quiconque a gardé toute la loi et l'a violée en un seul point, devient coupable de tous(l). »

Le colonel Paqueron écrivant à son fils, lui disait : « En religion celui qui ne croit pas complètement ne croit pas suffisamment. » Croyez donc, mes amis, à la parole de Dieu, Croyez à celle de son Eglise. Croyez à celle de son premier représentant visible ici-bas. Que votre foi soit une et simple; qu'elle soit totale et absolue ; qu'elle soit confiante et docile ; en un mot, qu'elle soit catholique, c'est-à-dire universelle, adhérant sans restriction ni exception à tous les enseignements de l'Eglise, Étant cela, elle sera complète et parfaite. Vous aurez gardé intact le dépôt de votre foi.

Veillez, en outre, à ce que la timidité, le respect humain ne vous fassent jamais rougir

(1) Quicumque autom totain legem servavorit olïendat autom in uno, factus est omnium reus. (Jac. ii. lo.)

de VOS croyances, et jamais ne vous empêchent de rendre témoignage à la vérité ou tout au moins de lui être fidèles.

Je viens de nommer le respect humain. Je ne sais si vous vous faites une idée exacte de la signification de ce mot. Respect veut dire regard. Le respect humain c'est donc le regard du côté des hommes, mais des hommes dont on a peur; c'est une sorte de regard de côté ou plutôt en arrière, comme si l'on voulait se soustraire à Tattention de ses semblables en accomplissant un acte louable et bon.

De plus, ce mot qui donne à la chose qu'il nomme un faux air de sentiment honorable, puisque le respect, dans le sens ordinaire du terme, est un hommage, ce mot, dis-je, est, au contraire, en pareil cas, un outrage à l'homme qu'il suppose hostile au bien, à la vérité , à Dieu.

Ces simples indications suffisent à montrer ce qu'il y a de bas et d'odieux, d'avilissant et de lâche dans le respect humain. Jeunes gens, sachez-le bien, il n'est pas de pire danger pour votre foi; c'est le respect humain qui rend pusillanime, qui pousse aux compromissions, qui arrête sur les lèvres la

profession do foi chrétienne, qui fait trahir la vérité et déserter le drapeau du Christ.

Arrière les poltrons et les lâches ! « On ne doit rien craindre, on ne doit avoir honte de rien, dit saint Augustin, quand on porte le signe de la croix sur le front » . « Nous vivons dans un temps, écrivait le général de Sonis, où il faut être chèvre ou chou, prendre un parti et porter un drapeau à la main. »

Ghers jeunes gens, sachez que ce qui était la vérité hier, Test encore aujourd'hui et le sera demain et toujours; vous en avez pour gage l'assurance même de l'Esprit-Saint (1). Par conséquent, ayez le courage de vos convictions; si on les attaque défendez-les; si on les contredit, confessez-les fièrement (2). « Je suis catholique et je suis fier de l'être, » disait Garcia Moreno, dans sa Défense des Jésuites. — « Catholiques du dixneuvième siècle, s'écriait Montalembert dans

(1) Et Veritas Domini manot in œternum. (Ps. cxvi, 2.)

(2) Le célèbre paysagiste Corot fut toujours un fidèJe croyant. Un jour que déjeunes rapins tenaient devant lui des propos déplaces mélangés de blasphèmes : « Messieurs, leur dit-il, on ne tient pas ces discours-là chez moi, parce- <luo, voyez-vous, le bon Dieu c'est mon homme! »

Dans une circonstance où des journaux impies traitaient de clérical le général de Miribel : « Tant mieux, répondit noblement ce dernier, on saura qui je suis. »

VIL l)i: 1 01. 50

un écrit demeuré célèbre il), nous ne voulons pas être des ilotes au milieu d'un peuple libre. Nous sommes les successeurs des martyrs, et nous ne tremblerons pas devant les successeurs de Julien l'Apostat. Nous sommes les fds des croisés, et nous ne reculerons pas devant les fds de Voltaire ! »

Inspirez-vous de ces nobles exemples, et si vous ne vous sentez pas la force de pousser jusque là les bons combats de la foi, sachez du moins montrer par une attitude toujours digne, que les déclamations emphatiques des esprits forts, pas plus que leurs sarcasmes n'entameront vos croyances religieuses.

J'ai dit encore que vous devez à la foi de Y entretenir, de la cultiver en vos âmes et de lui donner de jour en jour de nouveaux accroissements.

Cultivez votre foi : j'entends par là que vous lui procuriez tout ce qui est capable de la fortifier, de l'éclairer, de la perfectionner. « La foi, dit M^"" de Ségur, est comme la vie : elle ne se conserve pas toute seule. Nous

(1) Du devoir des catholiques, d'abord dans la (iuestiou d'enseiirneiuent. ensuite dans les élections.

l'avons reçue : il faut l'entretenir (1). » Mais comment l'entretenir? En lui fournissant une alimentation normale et substantielle. A l'aide de bons livres, des livres qui exposent la doctrine chrétienne, qui la défendent contre les attaques des incrédules (2) , complétez, en les précisant et les agrandissant, A'otre instruction religieuse et les notions élémentaires que vous en avez reçues dans votre enfance.

La parole de vérité, tombant du haut de la chaire chrétienne et recueillie fidèlement par vous, sera un autre aliment à votre foi. Souvenez-vous de ces paroles du Sauveur : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu (3) ». Or Dieu, parle par ses ministres, et cette parole de Dieu, transmise en son

(1) Le Bon Combalde la foi, II. p. T.

(2) SaMS vouloir faire ici une ('UuiiK'ralion complète de ces livres, j'indiquerai, parmi les plus populaires, les opuscules si clairs et si pratiques de Ms' de Ségur, entre autres : le Bon Combat de la foi; Réponses aux objections les jjIus rrpandv es contre la Religion: Grosses vérités; Je crois; la Divinité de Jésus-Christ ; L'Église; la Foi devant la science moderne ; les Francs- M açom ; la Révolution; la très Sainte Communion, etc. On se procure ces opuscules, à prix très réduits, h la, Librairie Tolra. Paris.

(3) Non in solo pane vivit honio, scd in omni verbo quod proceditde ore Dei. (Matt. iv, 4.)

ME DE l-OI.

nom, porte avec elle, pour la communiquer aux âmes, une vertu nutritive et restauratrice dont il serait imprudent de se priver.

Joignez à l'audition de la parole divine un travail de réflexion personnelle, d'assimilation de cet aliment spirituel et substantiel et, si vous en avez le loisir et l'attrait, mettez par écrit ces réflexions intimes. Beaucoup de personnes ne pensent que lorsqu'elles écrivent; du moins, donnent-elles alors à leurs pensées plus de précision et de consistance : au point de vue de la foi, c'est un avantage qu'il ne faut point dédaigner.

A ces divers moyens joignez encore celui de la prière, de la prière qui attire la grâce et qui assure à toute opération humaine cet influx divin d'où elle tire son caractère surnaturel, sanctifiant et méritoire.

Joignez-y enfin et surtout la sainte communion. L'Eucharistie, aliment de nos âmes, est aussi l'aliment de la foi, car elle est le sacrement, le mystère de la foi ^ non pas seulement en tant qu'elle est proposée à notre croyance, mais parce qu'elle possède en soi la vertu de la fortifier et de la féconder. « La foi, dit AP'' de Ségur, c'est la vie de notre âme; l'Eucharistie, c'est le pain, l'alimenta-

tion de cette vie. La vie de la foi ne peut pas plus se passer de l'Eucharistie que la vie du corps ne peut se passer du pain qui soutient et renouvelle ses forces... La foi et la communion : ces deux idées sont donc corrélatives, inséparables. « « Voulez-vous, ajoute-t-il, avoir une foi bien vivante, bien vigoureuse, bien épanouie ? Communiez, communiez souvent; communiez très souvent, et communiez saintement et très saintement (1). »

Que dire encore? Cette foi, déposée en vos âmes par Dieu et qui est le principe de vos relations surnaturelles avec lui, n'est pas seulement spéculative, c'est-à-dire apte à percevoir la vérité manifestée par Dieu; elle est aussi pratique et agissante; elle est une puissance qu'il faut réduire en actes et mettre en exercice. Après avoir reçu la lumière divine, elle doit s'en former des principes et des jugements à la faveur desquels elle conduise la vie dans les régions du monde surnaturel. Elle doit être comme le flambeau qui éclaire tous nos pas, comme la règle qui dirige toutes nos actions, toutes

(1) Le Bon Combal delà foi, XI, p. 19-80.

vit; DE rui.

nos démarches, comme le g'iiidc indispensable en toutes nos voies.

Exercez donc votre foi, produisez-en, multipliez-cn les actes, car, vous dit Tapôtrc saint Jacques, « la foi sans les œuvres est une foi morte (1) ». Cela revient à dire : agissez par esprit de foi conduisez-vous par les principes et les inspirations de la foi, faites enfin ce que vous dit la foi (2) .

Sachant par la foi ce qu'est Dieu, quels sont ses droits sur vous, quel est le but de votre vie, la valeur de votre Ame, le prix du temps, la malice du péché, faites en sorte que tous vos actes s'harmonisent avec ces notions et cadrent avec vos croyances (3).

Oue votre respect, votre soumission à l'égard de Dieu, votre fidélité à observer

(1) Filles, si non liabet opéra, moi-tua est in senietipsa, (S. Jac. n, 17.) Fides sine operibus niortua est. (IbUl. ïiO.j

(•2) Qusecumque cUxerit vobis facile. — La foi. dit saint Augustin, est un nom composé de deux syllabi's dont la premièi-e est prise de faire, et la seconde de dire. « Credei'e in Cliristum fides (li-des) vocatur... Fides appeifata est ab en quia fit quod dicitur; duœsyUabœ sonant cum dicitur fidos : prima syllaba est a facto, secunda a dicto. Interroga ergo W ulrum credas? dices : credo ;fac quod dicis, et fides est. » Serm. 237 de (emp.)

(3) lUe vere crédit, qui exercet oi)erando quod crédit. (S. Aug. Serm. 26 in Evang.)

ses commandements, témoignent que vous le tenez pour maître et que vous vous considérez comme ses serviteurs. Que votre résignation dans les épreuves, votre conformité à sa volonté sainte, alors même qu'elle se montre rigoureuse, prouvent que vous le tenez aussi pour Père et que, malgré les apparences, vous croyez à son infinie bonté. Que votre application à vous préserver des atteintes du péché, à vous maintenir en état de grâce, à faire des progrès dans la vertu, disent hautement que vous ne vous considérez pas comme ayant ici-bas une cité permanente, mais que vous en cherchez une autre en vue de laquelle vous travaillez, vous priez, vous luttez, vous souffrez. Enfin que tout dans votre vie soit marqué au coin de la foi, de telle façon que cette vertu devienne comme le mobile déterminant et, en quelque sorte, le principe vital de votre activité humaine.

L'Esprit-Saint nous apprend, en effet, que c'est de la foi que le chrétien tire sa subsistance : « Mon juste, dit-il, vit de la foi (1). » Pour réaliser cet oracle divin, ayez

(1) Justus autem meus ex lide vivit. (Ilebr. x, 38.)

vu: DÉ FOI. G5

soin (F opposer aux motifs naturels inspirés par l'humaine sagesse, par Tintérêt ou la passion, les motifs surnaturels inspirés par la foi ; de mettre toujours vos pensées, vos désirs, vos desseins, vos affections, vos actes, vos souffrances, tout, absolument tout ce dont votre vie se compose, d'accord avec les principes de foi qui doivent régir vos esprits, vos cœurs, vos volontés ; avec les vérités surnaturelles qui constituent la base de la vie chrétienne; en un mot, avec Dieu, vérité première et fm suprême de notre vie.

Vous êtes sur le point de vous consacrer à une entreprise temporelle : si vous vivez de la foi, au sens que je viens d'indiquer, vous ne vous préoccuperez point seulement des avantages matériels que cette entreprise vous oll're, mais encore et surtout du profit que votre àme y pourra trouver, tout au moins du détriment qui pourrait en résulter pour elle.

Vous songez à embrasser Tétat de mariage : si vous vivez de la foi, vous aurez bien plus à cœur de contracter une union chrétienne que de réaliser ce que le monde nomme un établissement avantageux.

Vous êtes éprouvés par la maladie, Tinfir-

66 JEUNESSE Eï VIE CHRETJENNE.

mité : si vous vivez de la foi, vous accepterez avec soumission la privation de la santé et ferez tourner vos souffrances à votre bien spirituel.

La mort vous ravit une personne chère : si vous vivez de la foi, vous ne pleurerez et ne vous désolerez pas comme ceux qui n'ont point d'espérance, mais vous saurez vous incliner sous le main de Dieu qui vous afflige et, bien loin de murmurer, de vous plaindre, vous bénirez son saint nom et rendrez hommage à sa souveraine bonté.

Voyez, en somme, ce que vivre de la foi veut dire. La vie se compose de réfection, de récréation, d'action, de travail, de repos, de sommeil. Animer tout cela de la foi, de l'esprit de foi, c'est faire de sa vie une vie de foi.

Ah! que votre vie, ainsi éclairée, dirigée, pénétrée par la foi, en sera belle, sainte, heureuse et féconde !

(( La foi, dit M^'" de Ségur, c'est tout le chrétien. C'est la vigueur de la foi qui fait toute notre force spirituelle; c'est elle qui enfante les saintes pensées et les dévouements religieux; c'est elle qui porte et féconde la prière, le zèle de la gloire de Dieu

VIK J)K lui. (-.7

et du salut des âmes, rumour de TJi^glise, réiiergie dans les combats de la vie et toute l'efflorescence des A'ertus catholiques. C'est la foi qui porte la sainteté. Cette mesure ne trompe point : à la taille d\m saint, vous pouvez mesurer les proportions de sa foi (1). »

Chers jeunes gens, ne refusez donc pas à votre vie d'être une vie de foi. C'est votre intérêt le plus réel et le plus sacré ; ce sera aussi votre gloire devant Dieu et même devant les hommes; ce sera encore, pour la société, au sein de laquelle vous vivez, une prédication ou, tout au moins, une protestation, peut-être même un titre auprès de Dieu à la régénération de cette société incrédule et infidèle (2).

Le Seigneur se serait contenté jadis de trouver seulement dix justes dans Sodome pour épargner la ville prévaricatrice : comment n'aurait-il pas égard aujourd'hui à cette jeunesse croyante et vertueuse qui s'apprête

(1) Ms"" de Ségur, le Bon Combat de la foi. I, p. 1.

(2) L'historien protestant ïaine disait un jour à un prélat catholique : « Si l'Église (et, ajouterons-nous, avec l'Égiise les enfants dévoués de l'Église) par les miracles de leur zèle, n'arrivent pas à conquérir ces niasses païennes pour en faire un peuple de croyants et de pratiquants, c'en est fait de la civilisation française. »

à remplacer la jeunesse voltairienne et rationaliste du dernier siècle et à relever les ruines accumulées par elles dans notre malheureuse et chère société!

L'apôtre saint Paul, écrivant aux chrétiens d'Ephèse, leur souhaitait de faire habiter par la foi Jésus-Christ dans leurs cœurs (i).

Tel est aussi, chers jeunes gens, le souhait que je forme pour vous, en vue de votre bonheur présent et futur. Par la foi vous attirerez Jésus-Christ en vos cœurs, ce qui veut dire que la foi produira en vous l'amour, et cet amour fera vivre et régner en vous Jésus-Christ. Régnant en vous, il dirigera votre vie, il en inspirera tous les actes et leur communiquera sa divine fécondité. Par vous il régnera dans d'autres cœurs et assujettira d'autres volontés à la sienne. Ainsi, grâce à la foi, à F esprit de foi dont votre vie sera constamment imprégnée, vous serez les apôtres du règne social de Dieu (2) et de

(1) Hlijus ri'i irratia llocto genua inca, ad Patrein Domini nostri Jesu Christi... ut det vobis... Christum habitare per fideiu in cordibus vestris. (Ephes. m, 14, 17.)

(i) Un politicien tristement célèbre de nos jours, Clemenceau, dans un moment de sincérité qui l'honore, a fait à la Chambre la déclaration suivante : « Que tous les chrétiens

SOU Christ, des propagateurs de la loi, des missionnaires de TÉvangile dans le monde... Et quand sonnera pour vous riieure suprême, vous pourrez dire avec la même confiance que le grand apôtre ; « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course ; j'ai conservé la loi: et maintenant j'attends la couronne de justice qui m'est réservée et que le Seigneur, juste juge, me rendra; couronne qu'il a promise non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aspirent à son suprême avènement (l). »

(11' nmii sniciit (li's catlioli(|iii's di- lait, et il n'y aiiia plus do i"luostion sociale. »

(1) Boiiiuii cortanien cortavi, ciirsuia con.sumiiiavi, (idi'iu sorvavi, in roliquo repcsita ost inihi corona justitia- (inam nMJdct iiiiiii Dominiis in illa die : non soluiii aiitciu uiilii, si'd et iis qui diligiint advcntuni l'jus. (II Timotli., iv, 7. S.)

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