‹ Jeunesse et vie chrétienneChapitre 6 sur 19 · TROISIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TROISIEME ENTRETIEN

Vilain asaimis in omni piotato.

Vivons eu toute piété.

(II Tiuiotli. u, 2.)

l^armi les motils qui ont déterminé le Fils de Dieu à venir sur la terre et à prendre notre nature, celui de nous faire renoncer à l'impiété et embrasser la piété nous est signalé par rapùtre saint Paul : « La grâce de Dieu notre Sauveur, dit-il, a été manifestée à tous les hommes pour nous instruire, afin que reniant toute impiété, nous vivions... pieusement en ce siècle (l). »

Puisque, au dire de TApôtre, c'est pour nous donner la notion, le sens, le goût de

(1) Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus erudions nos, ut abnegantes inipietatem et s;\îcularia desidei'ia, sobrieet justeet pie vivanuLs in hoc sa^culo. (Tit. u, 11,1-2.)

72 JEUNESSE ET YIE CHRÉTIENiNE.

la piété, que la divine Sagesse s'est incarnée ; puisque la piété, la vie de piété paraît être la première des choses qu'elle ait eu l'intention de nous apprendre; c'est aussi celle que vous devez avoir le plus à cœur vous-mêmes de pratiquer, chers jeunes gens, qui désirez conformer votre vie aux enseignements et aux exemples de Jésus-Christ.

Commencez par bien comprendre l'exacte signification, le sens pratique des thoIs piété, esprit de piété. Je vous dirai ensuite quels doivent être les caractères de votre piété et quels avantages la piété vous offre.

Parler de piété à des hommes du monde , c'est les faire sourire, car c'est leur parler d'une chose qu'assez généralement ils estiment convenir à d'autres qu'à eux. A leurs yeux, la piété n'est point de leur sexe; du moins , est-elle la part exclusive de certaines âmes privilégiées divinement appelées à mener la vie parfaite dans le cloître , peutêtre même dans le monde. « J'ai la foi, disent-ils; au surplus, je remplis mes devoirs

de chrétien ; cela me suffit , ne m'en demandez pas davantage. »

Et de fait, ces chrétiens font à Dieu une part dans leur vie, mais une part mesurée, rationnée, une part que je nommerai officielle. C'est ce qu'un écrivain moderne a appelé « aimer Dieu à heure fixe » , en dehors de quoi « Dieu est relégué à sa place avec injonction de n'en point sortir » (1).

Chers jeunes gens, cette prétention, cette théorie serait-elle la vôtre ?

L'idéal de la vie chrétienne s'arrête rait-il là pour vous ?

Laissez-moi, dans ce cas, vous montrer ce que cette théorie a de faux, cette prétention d'injuste, cet idéal de dangereux.

Croyez-vous que Dieu soit votre Maître?

— Sans doute , me répondez-vous , et voilà pourquoi nous lui obéissons , nous le respectons, nous le craignons. ..

Mais, dites-moi, Dieu n'est-il pas aussi votre Père, le père de tous les hommes? Et ne nous a-t-il pas manifesté l'étendue de sa

(1) Eup. (lo Margorio, Lettres à un jeune homme sur In piété (Lettro IlII.

JEUNESSE ET VIE CHtlÉTIENNE. 5

charité en faisant de nous ses enfants (1) ? Et s'il a des droits comme Maître, n'en a-t-il pas comme Père ? Et si , en votre qualité de serviteurs, vous avez des devoirs à lui rendre, n'en avez-vous point pareillement en votre qualité de fils ? Parmi les hommes , en est-il un seul qui soit dispensé d'aimer Dieu, qui ait le droit de s'affranchir envers lui de ce devoir filial?

Or Tamour de Dieu se nomme piété, comme l'on désigne sous le même nom l'amour d'un enfant envers ses parents. Etre pieux c'est donc aimer Dieu.

Le baptême, qui nous fait enfants de Dieu, nous met dans l'obligation de Faimer comme un père , en même temps qu'il nous confère la grâce même de cet amour et nous rend capables de le pratiquer. <( Vous n'avez point reçu , dit saint Paul , l'esprit de servitude qui inspire la crainte, mais l'esprit d'adoption des fils, dans lequel nous crions : Père! Père! (2) »

(1) Vidotoqualeiu cliaritatem doditnobis Pater, ut lilii Dei noniinemur et simus. (I Joa. m, 1.)

(2) Non onim accopistis spiritum servitutis iterum in timoré; sed accopistis spiritum adoptionis filiorum in quo clamanius : Abba Pater. (Rom. viu, 15.)

VIE DE riETE. 75

Tous les bienfaits reçus de Dieu depuis notre baptême n'ont fait qu'accroître l'obligation où nous sommes de l'aimer.

Plus nous avançons dans la vie, plus nous sommes redevables à Dieu (I). Plus, par conséquent, nous le devons aimer. Plus nous devons être pieux (2).

Ne dites donc pas : la piété n'est pas mon affaire. Je l'abandonne à d'autres. Elle est votre affaire comme elle est celle de tous les chrétiens, car c'est un devoir, pour vous comme pour eux, d'aimer Dieu.

Ne dites donc pas : la piété n'est pas faite pour les personnes du monde. Bossuet vous déclare, en termes formels, que <(. la piété est le tout de l'homme », et l'apôtre saint Paul vous répond : « Dieu s'est incarné , la Sagesse divine a parlé, pour vous instruire, vous enseigner à vivre pieusement dans le siècle », au sein même de ce monde où votre existence doit s'écouler.

(1) •< Il y a au lond.de tous les cœurs, dit saint Bernard, un sentiment naturel de justice qui crie à chacun des hommes qu'il doit aimer de tout son pouvoir Celui à qui il est redevable de tout. »

(2) Omnia nobis divin;e virtutis ad pictatom donata sunt (II Petr. I, 3.)

Je VOUS disais tout à Fheure que la piété ne fait qu'un avec l'amour de Dieu.

Dans son principe et dans son fond, elle n'est pas autre chose, en effet, qu'une disposition intérieure et affectueuse, qu'un sentiment filial qui fait désirer plaire à Dieu et craindre de lui déplaire.

Dans son exercice et sa manifestation elle est , comme l'a si bien dit un auteur spirituel de nos jours, « cet ensemble d'actions et d'habitudes qui sortent naturellement de cet amour et le traduisent en l'entretenant (1) ». En d'autres termes, elle est l'accomplissement envers Dieu, notre Père, de tous les devoirs qu'un bon fds doit remplir à l'égard de ses parents.

Lorsque jeveuxm'assurer que vous aimez vos parents , je m'enquiers si vous avez pour eux du respect, si vous leur êtes soumis , s'il n'y a, dans votre conduite et l'ensemble de vos procédés vis-à-vis d'eux, rien qui puisse leur être pénible, les attrister, les affliger; si vous êtes appliqués à satisfaire leurs légitimes désirs, à procurer leur bien, à les obliger par vos services, à les rendre heureux;

(I) Ms"" Gay, Sermons pour le Carême. De la piété chré- Vienne, t. II, p. 259.

VIE DE l'IElE.

en un mot, si vous leur êtes dévoués. Et si le résultat de mon enquête est aiïirmatif, j'en conclus que vous êtes animés envers vos parents d'une véritable piété fdiale.

Ainsi en est-il de vos rapports avec Dieu : si vous avez pour lui du respect , de la révérence, de la docilité, si vous mettez autant de soin à lui plaire qu'à ne point lui déplaire, vous aimez Dieu véritablement , vous Taimez d'un amour dévoué, d'un amour filial; la piété est en vous; vous êtes des jeunes gens pieux.

Oh! soyez tels, devenez tels, chers jeunes gens , car la piété est la seule façon convenable de témoigner à Dieu , votre père , la reconnaissance de vos cœurs, pour les bienfaits que vous avez reçus de lui.

Comptez , si vous le pouvez , ces bienfaits dans l'ordre de la grâce ; comptez , non seulement les bienfaits généraux , communs aux autres hommes , mais ses bienfaits particuliers, personnels, individuels.

Songez à ce que ces bienfaits lui ont coûté, à ce qu'ils lui coûtent encore présentement : offrande de tout lui-même, sacrifice permanent, humiliations sacramentelles. Oh! que

tout cela VOUS dit sou amour et vous crie : Enfants, soyez reconnaissants envers votre Père. Aimez-le, entourez-le; cherchez à lui plaire , évitez de lui déplaire ; faites-lui honneur, développez le riche patrimoine de grâces célestes qu'il vous a acquis au prix de tout son sang; faites fructifier les divines semences jetées à profusion dans la terre de vos âmes par sa main libérale.: c'est l'élémentaire devoir de la reconnaissance, c'est la mise en pratique de la piété fdiale et de l'obligation fondamentale où tout chrétien se trouve « d'aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces (1) ».

Il y a loin, vous le voyez, de cette théorie divine à celle dont je vous parlais tout à l'heure , de cet amour de Dieu animant la vie tout entière à cette religion méthodique , calculée, mesurée, réduite aux seules pratiques obligatoires , à ces rapports ofiiciels avec Dieu d'où l'amour, j'entends un amour de tendresse et de dévouement, est exclu.

Sous peine donc de méconnaître en Dieu

(1) Diliges Dominum Don mt un m. ex toto corde tuo, et ex tota anima tua. et ex tota lortitudine tua. (Deut. vi, 5.)

sa qualité de père et eu vous celle de fds , c'est un devoir pour vous de pousser votre religion jusqu'à l'amour fdial de Dieu, ce qui revient à dire jusqu'à la piété.

En somme, si l'on analyse l'idée de piété, on y découvre trois éléments essentiels : le respect, l'amour et le dévouement; le respect de Dieu jusqu'à V adoration .l'amour de Dieu jusqu'à la tendresse, le dévouement à Dieu jusqu'au sacrifice.

C'est jusque là qu'il est possible d'aller; c'est jusque là qu'il faut vouloir aller si l'on veut vivre en plénitude de la vie de piété, si l'on veut faire de la [)iété le principe dirigeant des rapports avec Dieu.

Rester en deçà, volontairement, systématiquement, c'est borner l'idéal de la vie vraiment chrétienne; c'est ne vouloir pas satisfaire les justes exigences divines ; c'est se priver du mérite incontestable et du profit réel, incalculable qu'il y a à servir le Seigneur « avec un cœur grand et une âme voulante » (1), pour employer une énergique expression de nos Livres sacrés.

(1) Deus... dot vobis cor omnibii.s, ut côlatis oum... cordo magno ot animo volcnti. (IIMachab. ii, 3.)

Ce qui vient d'être dit vous a donné, cliers jeunes gens, une notion suffisante de la piété, en tant (qu'esprit, c'est-à-dire, en tant que disposition intérieure et habituelle inspirant et animant les actes de la vie, principalement ceux qui ont pour objet le culte de Dieu, son service.

Ces actes qui ne sontque Texercicede l'esprit de piété et que, pour cette raison, on nomme actes de piété, soyez fidèles à les accomplir; afîectionnez-vous-y au point d'en faire les éléments actifs de votre vie chrétienne. Vous les connaissez trop pour qu'il soit nécessaire d'en faire une énumération détaillée; il suffira de vous en rappeler les principaux : Prières du matin et du soir, assistance au saint sacrifice, confession, communion, visite au Très Saint Sacrement, récitation du chapelet, lectures chrétiennes, méditation, examen. Tels sont, chers jeunes gens, les principaux actes de piété dont l'accomplissement fera de chacune de vos journées et de votre vie elle-même, des journées et une vie chrétiennes.

Heureux le jeune homme qui s'attache à ces saintes pratiques et y persévère, malgré tous les exemples et toutes les sollicitations

contraires. Un tel jeune homme trouvera là le secret de sa préservation morale et de sa persévérance chrétienne, l'aliment de toutes les nobles vertus qui font les grands caractères , Félévation de la pensée et la force indomptable de la volonté, la générosité, le dévouement, le zèle entraînant qui font les apôtres et les héros du christianisme.

Quels doivent être les caractères de votre piété? Car s'il y a une piété vraie qu'il faut professer, il y a une piété fausse qu'il faut éviter. L'une et l'autre ont leurs caractères ; à ces caractères on les peut reconnaître.

Avant tout, que votre piété soit sincère, c'est-à-dire , d'après le sens étymologique, exempte de tout alliage. Pas d'hypocrisie, pas de feinte, pas de ces vertus frelatées et d'apparence, se bornant à des actes extérieurs, à des pratiques multiples, démenties par des sentiments intérieurs tout différents. Ce n'est là, vous le comprenez sans peine, qu'une contre-façon de la piété (1). Prétendre

(1) Habontes speciem pietati.s. virtutoni ojus abnegantes (II Tim. III, 5.)

être pieux de la sorte serait vouloir ressembler aux Scribes et aux Pharisiens de l'Évangile, si sévèrement condamnés par Jésus Christ et qualifiés par lui de « sépulcres blanchis dont le dehors présente une belle apparence, mais dont le dedans recèle la mort et la corruption (1) ».

« Que je vois dans le monde, de ces vies mêlées ! s'écriait Bossuet; on fait profession de piété et on aime encore les pompes de ce monde; on est des œuvres de charité, et on abandonne son cœur à l'ambition. Le christianisme n'est en nos co^irs qu'à demi : nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité. »

De grâce, chers jeunes gens, ayez une piété toute française. Vous savez que français vient de franc, et que la franchise , la droiture, la loyauté, la sincérité sont des apanages de notre nationalité et font partie du patrimoine moral que nous ont légué nos pères.

Soyez donc" ce que vous devez être, et

(1) Yœ vobis, Scribreet Pharisœi, hypocrita?, quia similes estis sepulchris dealbatis, quœ a foris parent hominibus speciosa, intus vero plena sunt ossibus mortuorum et ouini spurcitia. (Matth. xxiii, 27.)

montrez-vous tels que vous êtes, à l'exemple (lu brave maréchal de Montluc, qui disait : « J'ai toujours porté sur mon front ce que j'ai dans mon cœur(l). »

Chers jeunes gens, receuillez avec soin cette parole et comprenez bien ce qu'elle signifie.

Que votre piété extérieure soit la fidèle traduction de votre piété intérieure, et souvenez-vous que si les hommes peuvent se laisser prendre aux apparences, Dieu regarde au fond du ca^ur et n'accepte que ce qui est vrai et sincère (2).

Que votre piété soit solide et stable, plongeant ses racines et puisant sa sève dans un véritable amour filial envers Dieu ; ne se bornant pas à des formules de prières récitées du bout des lèvres, véritable corps sans âme ; ne se nourrissant pas d'impressions, de sentiments, choses essentiellement fugitives, mais s'alimentant aux sources mêmes de la vérité, de l'amour, de la vie, qui sont

(1) Lo Cardinal do Cheverus disait souvent ces paroles : « Je tâche d'être ce que je dois paraître. »

(2) Homo enim videt ea quje parent. Dominus autem intuetur cor. (I Reg. \xi, 6.)

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les exemples de Jésus-Christ, les maximes de l'Evangile et, par dessus tout, les sacrements.

C'est là, ne l'oubliez jamais, que réside la force, là, par conséquent, qu'il la faut venir puiser. Si vous ne deviez compter que sur la virilité de votre caractère, sur la ferveur de vos résolutions et sur vos efforts personnels, il y aurait tout lieu de craindre qu'au bout d'un certain temps, vous ne vous relâchiez et ne perdiez quelque chose, beaucoup même de cet amour tendre et filial qui vous anime envers Dieu. Mais avec la Pénitence et l'Eucharistie, avec la confession et la communion fréquentes, je ne crains rien pour votre piété; elle sera ce qu'elle doit être; une piété solide et persévérante.

Que votre piété soit humble, pure dans ses motifs et ses intentions, excluant toute ostentation, toute vanité, tout désir d'être admiré ou estimé, toute ambition et esprit de domination.

L une des causes principales et les plus ordinaires de la stérilité des efforts que l'on tente dans le sens du bien, consiste en ce qu'on se recherche trop soi-même dans l'ac-

complissement même du bien, qu'on aspire trop à la notoriété, qu'on se préoccupe trop de se mettre en évidence. Piété vaine et tapageuse que celle-là; piété odieuse non seulement aux yeux de Dieu (1), mais même aux yeux des hommes. Jeunes gens, soyez humbles, si vous voulez être vraiment pieux et n'oubliez jamais cette parole d'or d'un Père de i'l']glise qui revenait fréquemment sur les lèvres du vénérable curé d'Ars : « Le bien ne fait pas de bruil, le bruit ne fait pas de bien. »

Que votre piété soit aimable et attrayante, pleine de bénignité et de douceur, de condescendance et de charité. Qu'elle soit une prédication en faveur de la religion que vous professez, la rendant recommandable et exerçant autour de soi une influence agréable et salutaire, une de ces influences que l'on subit sans même essayer de s'en défendre et qui s'impose par la force irrésistible de son attrait.

Montalembert a écrit de Donoso Cortès : « Dieu avait été prodigue envers lui, il lui

(1) Odibiliscorain Deo et hominibus supcibia. (Ecclo. .\,7.)

avait conféré le don d'aimer et de se faire aimer. Ce sage, ce pénitent, ce fervent chrétien portait en lui le bonheur et le répandait au dehors à grands flots... C'était un homme charmant. Jamais personne n'a rendu la religion plus aimable et n'a donné plus d'attrait à la vertu chrétienne. »

Plaise à Dieu, chers amis, qu'on en puisse dire autant de vous. Ne me parlez pas d'une piété mélancolique et sombre, raide et austère, associée à la bizarrerie de caractère et d'humeur, à la susceptibilité, à la médisance (1). Ce n'est point là de la piété; tout au plus est-ce une piété illusoire, inintelligente, et qui est loin de répondre à l'idéal de la véritable piété.

Enfm que votre piété soit généreuse et virile, ne reculant pas devant les efforts, les sacrifices, les actes vertueux réclamés par vos rapports soit avec Dieu, soit avec le prochain; sachant accepter de bon cœur ce qui gène et ce qui coûte, ne calculant pas, ne lésinant pas, mais faisant toujours large me-

(1) « Il faut, adit Joubertjêtre religieux avec naïveté, abandon et bonhomie et non pas automatiquement, gravement mathématiquement. »

VIK DE PIETE. s:

sure et, quoi qu'il en coûte, se portant toujours en avant.

Sincérité et franchise; solidité et stabilité, humilité et modestie, affabilité et condescendance, énergie et générosité : tels sont donc les principaux caractères de la piété chrétienne. Puisse votre piété, chers jeunes gens, présenter toujours ces caractères; vous la rendrez, de ce chef, agréable à Dieu et recommandable aux yeux des hommes.

Faut-il maintenant, pour vous déterminer à embrasser et pratiquer la piété chrétienne, vous en énumérer les avantages ?

L'apôtre saint Paul les résume en trois mots. Après avoir exhorté son disciple Timothée à s'exercer à la piété : « exerce teipsum ad pietatem », il ajoute que la piété est utile à tout : « Pietas aiitetn ad omnia utilisest. »

Utile à tout : non seulement à repousser le mal, mais surtout aussi à faire le bien, à s'y maintenir et à y réaliser des progrès. Utile à

tout, et utile partout ; à toutes les époques de la vie, dans tous les milieux et en toutes les circonstances.

La piété vous sera utile dans la famille, où elle vous fera donner le bon exemple et pratiquer envers vos parents tous les devoirs de la piété filiale.

Elle vous sera utile dans le monde, où elle vous fera éviter les innombrables sottises, les imprudences fatales, les fautes graves et honteuses, qui ont leur source dans l'orgueil, la vanité, la légèreté, l'entraînement, l'amour du plaisir, la sensualité, le respect-humain; où elle vous fera paraître avec honneur et grâce et exercer autour de vous une influence, qui pour n'être pas toujours évidente, n'en sera pas moins réelle.

La piété vous sera utile dans l'état de mariage, si Dieu vous y appelle, pour accomplir fidèlement, consciencieusement vos devoirs d'époux et de pères, y apportant la vigilance, la sollicitude, l'amour, le dévouement, la patience, l'esprit d'abnégation nécessaires pour donner une éducation sérieuse, virile et chrétienne à vos enfants, veiller sur eux et écarter d'eux tout ce qui pourrait nuire à leurs unies.

Eiiriii la piété vous sera utile dans les épreuves, les revers, les pertes et les deuils, les abandons et les trahisons, toutes choses auxquelles il faut s'attendre, la vie présente étant féconde en événements pénibles et en déceptions douloureuses (1). Ah! c'est surtout alors, chers jeunes gens, que la piété vous sera utile, qu'elle sera votre force, l'inébranlable soutien de votre confiance et de votre persévérance; c'est elle qui vous fera accepter les épreuves, embrasser les croix, bénir la main de Dieu, et trouver bons ses coups ; elle qui séchera vos larmes ou en adoucira l'amertume ; elle enfin qui vous soutiendra sous le poids des peines les plus lourdes et des fardeaux les plus écrasants.

Vous voyez bien que l'Apôtre avait raison de dire : Pietas ad omnia atilis est, la piété est utile à tout.

Le même Apôtre complète sa pensée, et, voulant faire comprendre l'universalité des

(1) •• La félicité du monde, a dit Bossuet, est composée de tant de pièces, qu'il y on a toujours quelqu'une qui manque, et la douleur a trop d'empire dans la vie humaine pour nous laisser jouii- longtemps de quelque repos. »

avantages offerts par la piété chrétienne, il ajoute : elle a les promesses de la vie présente et de la vie future.

Qu'est-ce à dire et quelles peuvent bien être d'abord ces promesses de la vie présente. Promissioiiem habens vitœ quœ nunc est?

Que peut nous promettre et nous donner cette vie? Tout ce que notre être désire et réclame : la paix, le repos de Tesprit, la joie du cœur, le bonheur, en un mot. Certes, nul n'ignore que le bonheur n'est pas un bien qu'il soit donné à l'homme d'atteindre ici-bas. Mais s'il ne peut en obtenir la plénitude, du moins peut-il en obtenir l'avantgoiit et y participer, dès cette vie? C'est précisément à cette question que répond l'Apôtre en disant que la piété « a les promesses de la vie présente ».

Cela revient à dire qu'elle promet à qui vit d'elle tout ce que le cœur de l'homme peut légitimement désirer ici-bas : la paix du cœur, venant du témoignage d'une bonne conscience, le repos de l'esprit, la sérénité au milieu des épreuves, le bonheur même, dans une certaine mesure, sinon celui qui provient des richesses et des jouissances terrestres (si tant est qu'elles procurent le

VIE DE PIETE. '.Il

bonheur), du moins celui qui résulte de l'abondance des grâces divines, les seules richesses véritables, les seules capables de procurer un bonheur certain, des jouissances réelles et durables.

(c La Piété a les promesses de la vie présente. » Cela veut dire encore qu'elle procure et sauvegarde, entretient et développe la vie en ceux qui s'inspirent d'elle. Vous entendez qu'il s'agit ici de la vie do la grâce (1), participation à la vie même de Dieu, celle que nous recevons au baptême, qui fait de nous des enfants de Dieu, et nous aide à devenir des saints et des élus ; de cette vie de la grâce qui est à notre être surnaturel ce qu'est la vie physique à notre être naturel, la condition et le principe de son activité.

Or voyez, chers jeunes gens, ce qu'il adviendra si vous êtes pieux.

Etant alimentée par la piété, par V esprit

(1) Encore que ce soient des avantages temporels de moindre importance, ne peut-on pa.s dire que c'est la piété qui garde la santé, qui contribue à l'entretien et au développement des forces physiques, qui sert à ménager et, par suite, à augmenter la fortune, qui est un gage de prospérité matérielle et de bonheur, même au sens naturel du mot ? « Soyons pieux tant que nous le pourrons, écrivait Hervé-Bazin sur son cahier intime; aimons Dieu d'un amour sans bornes et, plus nous l'aimerons, plus nous serons heureux. »

et les actes de piété, cette vie de la grâce, dont la piété contient les promesses, sera en vous pleine, abondante, exubérante.

Elle se manifestera au dehors par des œuvres saintes et agréables à Dieu, sanctifiantes pour le prochain . Voilà pour le temps : promissionem habens vitœ quœ niiric est. Que devez-vous en attendre pour l'éternité ? Votre vie présente, fécondée par la piété, recevra l'abondance des bénédictions promises par Dieu à quiconque lui est fidèle ; sous l'influence de la piété qui vous fera progresser dans le bien et vous affermira dans la pratique des vertus, vous deviendrez dignes des promesses de la vie future : Promissionem habens vita3 futurœ, c'est-à-dire d'être éternellement unis à Dieu, de le contempler, de le posséder à jamais et de participer à son infinie béatitude.

Dieu lui-même nous a fait cette promesse. Il s'est engagé par serment à la réaliser. Et vous savez ce que valent les promesses de Dieu; vous savez que ses serments sont irrévocables. « Je serai moi-même, dit-il, ta récompense trop grande (1), « c'est-à-dire

(1) Ego mercos tua magna niniis. (Gon. xv, 1.)

VIE DE PJETE. y3

hors de toute proportion avec ton mérite. Et l'Apôtre, en son nom, nous assure que si nous servons ici-bas Dieu « comme des fds, nous serons traités là-haut par lui comme des héritiers, » et mis en possession de son éternel royaume (I).

Telle est Tefficace de la piété, tels sont ses avantages pour le temps et pour l'éternité. Qui s'}^ exerce et s'y applique se rend capable de la vie chrétienne, de toutes les vertus, de toutes les œuvres qu'elle comporte, et se rend digne de la vie céleste, ou, en d'autres termes, par elle il assure son salut.

Dès lors que la piété vous fait de telles promesses et vous assure de tels biens, ne voudrez-vous pas, jeunes chrétiens, consacrer tous vos soins à l'acquérir, à vous y exercer, à vous y maintenir, à en vivre, en un mot? Et ne formulerez-vous pas cette volonté dans les paroles de l'Apôtre : « Vitam agamus in omni pietate?

Chers jeunes gens, ne vous contentez pas

(1) Si aulcni lilii, et lueredes : IkitoUcs iiuideia Dei. (Rom. vin, 7.) .

de vivre en serviteurs de Dieu, lui obéissant par intérêt, ou par crainte, accomplissant le strict nécessaire et ne dépassant pas la limite du devoir rigoureux. Vivez en fils aimants et dévoués, et pour cela soyez pieux. Montrez au monde impie, au milieu duquel vous vivez, ce que peut la piété et de quoi elle rend capables ceux qui s'adonnent à elle. Soyez une démonstration vivante et permanente des avantages de la piété et de la fécondité de son influence tant sociale qu'individuelle.

De grâce, mes chers amis, ne soyez pas de vulgaires chrétiens, n'ayant du christianisme que quelques croyances mal assises et flottantes comme les opinions; que quelques pratiques isolées, routinières, systématiques : cela ne saurait vous suffire pour vous préserver de F entraînement universel, vous empêcher de sombrer sur la mer orageuse du monde (1) et pour vous garder fidèles au Dieu

(1) Dans le milieu social où sont jetés les hommes de vingt ans, tous devraient succomber. C'est merveille qu'il en échappe quelques-uns, de plus en plus nombreux Dieu merci ! et s'il s'en échappe, n'hésitons pas à le dire. c"est grâce à la piété. (Hervé Bazin, le Jeune Homme chrétien. La piété.)

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que vos mères chrétiennes vous ont appris à connaître et à aimer.

Visez plus haut, allez plus loin, jusqu'à désirer de plaire en toutes choses à ce Dieu é

Hernellement dicrne d'amour: iusau'à con-

jusqu

cevoir pour lui un amour tendre, filial, confiant, généreux et constant, jusqu'à prouver enfin à votre divin Sauveur que vous avez compris et mis en pratique la leçon qu'il est venu donner aux hommes « de vivre dans le monde d'une vie de piété », et le précepte qu'il est venu rappeler à tous « d'aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme et de toutes leurs forces » .

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