‹ Jeunesse et vie chrétienneChapitre 7 sur 19 · QUATRIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ENTRETIEN

Labora!

Travaillez! (II Timoth. ii, 3.

Ce que j'ai dit dans les précédents entretiens vous a déjà donné, chers jeunes gens, une idée exacte de la vie chrétienne. A la rigueur, il suffirait de vous avoir indiqué quelle doit être une vie sérieuse, une vie de foi et une vie de piété pour que, de vousmêmes, vous complétiez ces données générales.

Toutefois, puisque j'ai entrepris de vous énumérer les divers éléments dont se compose la vie chrétienne, que vous devez et voulez mener dans le monde, je continuerai de vous les faire étudier, afm que, connaissant mieux l'idéal de cette vie, vous fassiez tous vos efforts pour le réaliser.

Je viens, dans cet entretien, vous dire que

votre vie doit être une vie laborieuse ou, comme je Fai énoncé plus haut, une vie de labeur.

J'entends par là que vous devez accepter, embrasser et aimer la loi du travail, et vous y montrer constamment fidèles.

Afin de vous y engager, je vous dirai quels motifs vous sollicitent d'aimer et de pratiquer cette loi et de quelle façon vous le devez faire.

Il faut travailler! C'est une loi, la loi même qui préside à toute notre vie, et sous l'influence de laquelle tout, autour de nous, constamment nous ramène, une loi qui n'a point l'homme, mais Dieu lui-même pour auteur.

C'est une loi, dont naît une obligation qui nous lie et à laquelle il est de toute justice de s'astreindre; une loi qui découle, avant tout, des conditions naturelles et originelles dans lesquelles Dieu a créé l'homme, des facultés dont il l'a pourvu physiquement et moralement.

Vous savez ce qui est dit au second chapitre du livre de la Genèse : « Dieu plaça l'homme, après Tavoir créé, dans un paradis de délices, afin qu'il le cultivât (I). »

Chose étrange! voici, d'une part, qu'un paradis de délices est le séjour ordinaire donné par Dieu à l'homme ; et voilà, d'autre part, que le travail devient pour l'homme innocent la loi souveraine et l'une des fins de son existence.

Il est vrai que ce travail ne devait être pour l'homme, roi de la création, que le libre et noble exercice de ses facultés naturelles. Quoi qu'il en soit, la loi en a été posée, à l'origine même des choses, et « comme l'oiseau est né pour voler, ainsi l'homme est né pour travailler (2). »

Mais l'homme a péché, et, dès ce moment, la loi du travail est devenue pour lui une loi pénale; le travail n'a plus été qu'un pénible et humiliant effort; une lutte acharnée et souvent impuissante contre les éléments de la création sur laquelle il n'a plus eu, depuis

(1) Posuit oum inparadiso voliiptatis, utoporarotur. (Gcnos. II, 15.)

(2) Homo nascilur ad laborom, et avis ad volatum (.lob V, 7.)

sa chute, qu'une royauté relative. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (1), a dit à rhomme prévaricateur le Seigneur justement irrité. Et depuis, la terrible sentence s'est exécutée à la lettre, et le travail a été, est et sera toujours pour l'homme un châtiment.

Ce châtiment, cette loi pénale du travail, il les faut subir comme un devoir de justice, une expiation légitime. Créatures .jadis révoltées, nous devons à notre créateur une soumission universelle et satisfactoire. C'est donc pour nous un devoir de nous plier aux justes exigences de la loi du travail que nous impose notre Dieu.

Mais nous ne sommes pas seulement des créatures de Dieu, nous sommes aussi des chrétiens, c'est-à-dire des enfants de Dieu, des disciples et des frères du Christ. A ce titre, nous lui devons l'imitation. Or, au Christ, par le seul fait qu'il s'est constitué notre frère et qu'il a voulu prendre toutes nos misères, oui, toutes jusqu'à l'apparence même du péché, au Christ, dis-je, a été imposée la loi pénitentielle du travail. Quelque humiliante qu'elle fût pour lui, il a fait plus

(1) In sudore vultiis tiii vesceris pane. (Gènes, m, 19.)

VIE DE LAHEIR. 101

et mieux que la subir, il s'y est soumis de bon cœur, il Ta acceptée et embrassée avec amour, et c'est avec bonheur qu'il s'est rendu ce témoignage : « Dès mon enfance, j'ai assujetti mon corps à un pénible labeur (1). »

Frères et imitateurs de Jésus-Christ, c'est ce modèle qu'il nous faut reproduire. A son exemple et pour lui être de tous points conformes, nous devons aimer le travail et nous estimer heureux de faire ce qu'a fait notre divin modèle.

Au surplus, chers jeunes gens, pourriezvous vous en plaindre? oscriez-vous trouver trop pénible votre travail de chaque jour? Comparez-le, je vous prie, à celui de tant d'autres jeunes gens de votre âge, nés dans une condition inférieure à la vôtre ou moins favorisés que vous par la divine Providence.

Vous êtes, pour la plupart, employés de commerce ou occupant un poste plus élevé dans des administrations. Certes, je veux bien vous accorder que cette vie de travail sédentaire, dans une atmosphère lourde et viciée, cette constante application de votre esprit, cette nécessité de satisfaire, du ma-

(1) In laboribus fui a juventuto moa. (Ps. LXXXVII, 16.)

tin au soir, aux exigences de patrons difficiles ou de clients capricieux et ennuyeux, est pour vous une source de fatigue et un pénible assujettissement.

Mais songez donc à ces innombrables jeunes gens, ouvriers dans les manufactures, les ateliers, les usines, ou employés à des travaux bien autrement pénibles et parfois abjects, qui sont levés avant le jour, et rentrent chez eux exténués, le soir, ne rapportant de leur rude labeur qu'un maigre salaire ; ne trouvant dans leur intérieur qu'une nourriture commune et parfois insuffisante, qu'un lit bien dur sous le toit, dans une mansarde sans feu

Ah ! qu'il vous siérait mal, jeunes gens, de vous plaindre, alors que d'autres, plus malheureux, ne se plaignent point! Humainement parlant, votre part est meilleure, et pour être condamnés, tout aussi bien qu'eux, au travail, vous ne gagnez pas, autant qu'eux, votre pain à la sueur de vos fronts.

Il faut travailler! Car cette loi du travail, imposée par Dieu et fidèlement acceptée par votre divin modèle Jésus-Christ, est tout à votre avantage.

Vous n'ignorez point, chers amis, combien l-oisiveté engendre de maux, à quels honteux excès elle entraîne ses victimes. Au surplus, FEsprit-Saint nous apprend « qu'elle enseigne beaucoup de malice (1) ». L'expérience journalière, l'histoire de tous les siècles sont là pour démontrer la vérité de cet oracle divin.

Le travail, au contraire, est une sauvegarde puissante (2). Par son étymologie latine, il signifie entrave, et, de fait, il est une entrave réelle au mal envahissant, aux passions indomptées; il est une sorte de serre-frein aux mauvais instincts qui sont en nous et qui nous emporteraient s'ils ne rencontraient des obstacles, ou n'étaient réprimés par une force contraire plus puissante. Cela est vrai du travail accompli sans vues ni fin surnaturelles. A combien plus forte raison, estce vrai du travail chrétien, accompli pour Dieu. Grâce à lui, beaucoup de tentations

(1) Miiltaiiifiiininialitiani docuit otiosita.s. (Ecd. xxiii. ■2'.»).

{i) Lo travail ot les bonnes occupations sont une source (le sûreté pour la plupart des entrées de notre conscience. Dès lors qu'un jeune homme se relâche du côté du travail, Satan se frotte les mains; il sait par expérience que la tentation sera facile, la résistance nulle et la victoire prompte et certaine. (Ms'' de Ségur, Conseils 'pratiques sur les tfftUations, VI, p. 26.)

sont évitées, beaucoup de dangers conjurés, beaucoup de regrets épargnés. Aussi saint Jérôme, écrivant jadis à Népotien, lui recommandait-il de s'occuper sans cesse. « Que le diable, disait-il, ne vous trouve jamais désœuvré (1). »

Dès lors que le travail possède en soi une vertu préservatrice du mal, vertu qu'il tire de sa fin même qui est Dieu, l'accomplissement de la volonté de Dieu, et, par suite, le service et la glorification de Dieu, c'est pour vous, chers jeunes gens, un devoir d'aimer le travail et de vous en faire un bouclier contre les traits du démon et un frein contre l'emportement des passions.

Il faut travailler! votre dignité d'homme vous en fait une loi. Par votre nature et votre condition d'êtres intelligents et voulants, vous êtes actifs et votre activité demande à s'exercer, soit dans un labeur matériel, soit dans un travail intellectuel. Négliger l'un ou l'autre, vous y soustraire pour embrasser l'oisiveté serait vous abaisser, déchoir, vous ravaler, je ne dirai pas au niveau, mais au-

(l) Nunquam diabolus te inveniat nisi occupatum.

dessous (le l'animal sans raison; car, n'obéissant qu'à l'instinct aveugle de sa conservation, qu'à l'immuable loi qui préside à son existence, il travaille pour se construire un nid, ou se creuser un terrier, et se donne du mal pour trouver sa proie ou chercher sa nourriture.

Il faut travailler! car non seulement, par le travail consciencieusement accompli, vous faites de votre vie un digne et noble usage, mais de plus vous prenez rang parmi ceux qui ont à cœur de contribuer à l'ordre moral, de concourir à l'utilité générale, à la prospérité publique, et, par une conséquence nécessaire, au bien social, lequel dépend en grande partie de l'application régulière de toutes les forces individuelles.

Il faut donc travailler, puisque Dieu le veut et nous en a fait une loi ; puisque Jésus- Christ , en travaillant toute sa vie , nous en a donné l'exemple; puisque c'est votre avantage temporel et spirituel, le maintien de votre dignité humaine et le moyen ou, tout au moins, un moyen de servir la société en général, et votre patrie en particulier. Pesez ces divers motifs, prenez la peine

de les approfondir, et ils vous paraîtront plus que suffisants pour que vous fassiez du travail l'inflexible loi de votre vie.

Si maintenant vous me demandez de quelle façon vous devez travailler, d'un mot je répondrai à votre question : en chrétiens.

Et la réponse doit suffire, dès lors que ceux à qui je m'adresse sont des chrétiens et ont à cœur de réaliser l'idéal d'une vie entièrement chrétienne.

Parmi cette innombrable multitude humaine qui s'agite sur la surface du globe, combien, hélas ! travaillent avec acharnement et s'épuisent dans l'accomplissement d'une tâche ardue sans y goûter aucune joie ni en retirer aucun mérite ! Combien, en travaillant, sont inclinés vers la terre et ne regardent jamais le ciel! Combien sont exclusivement préoccupés des choses du temps et n'ont aucun souci des choses de l'éternité! « L'homme, a-t-on écrit, consume sa vie dans de vains projets; il espère, il travaille, il s'agite pour le lendemain jusqu'à ce qu'il ne reste enfin plus de lendemain pour lui. »

VIE DE LABEUR. Iu7

Pour VOUS, chers jeunes gens, vous avez souci du vrai lendemain, je veux dire du jour qui inaugurera, selon notre manière humaine de parler, la vie éternelle. Vous tenez à n'avoir pas travaillé vainement ici-bas. Vous avez à cœur de vous présenter devant le souverain Rémunérateur portant dans vos mains des gerbes abondantes. Et, en attendant rheure de la moisson, vous voulez goûter les joies réconfortantes du travail qui la prépare et posséder la force qui vous permettra, comme aux ouvriers dont parle rÉvangile, de porter sans défaillance le poids de la chaleur et du jour.

Que votre travail, soit donc un travail chrétien. Pour cela, animez-le de l esprit de foi et sanctifiez-le par Xa. prière.

L'esprit de foi vous fera voir dans le travail une obligation sacrée qui vous lie à l'égard de Dieu. Du moment que Dieu nous l'impose, c'est faire sa volonté; c'est, par conséquent, l'honorer, lui plaire, l'aimer que de travailler.

Travaillez donc en vue de Dieu, pour remplir envers lui un devoir de justice et un devoir d'expiation. Travaillez sous son regard, vous encourageant par le souvenir, le

sentiment de sa présence. Travaillez pour vous sanctifier, et dans cette vue, offrez à Dieu votre travail, acceptez-en volontiers, pour son amour, les fatigues et les ennuis. Renouvelez fréquemment, au cours de la journée, Foffrande de tout ce qui pourrait s'y rencontrer de pénible et, par suite, de méritoire.

Priez avant votre travail, pour attirez sur lui les bénédictions de Dieu ; priez en l'accomplissant, pour obtenir la grâce de le bien faire; priez après, pour demander pardon à Dieu de toutes vos négligences, pertes de temps et de mérites.

Et si la prière ne s'exprime pas en formules sur vos lèvres, que votre cœur prie, que votre esprit s'élève à Dieu, que votre volonté donne sa vraie direction à votre travail et sollicite la grâce nécessaire.

C'est ainsi, chers jeunes gens, que vous accomplirez cette grande et sainte obligation du travail. Fait dans cet esprit, ce travail tournera tout à votre profit surnaturel et à celui des âmes, sans parler de la gloire qu'il donnera à Dieu.

Jusqu'ici je n'ai parlé que du travail pro-

rossionucl où Tesprit, la culture intellectuelle n'ont qu'une part secondaire et indirecte. Devez-vous sacrifier au travail matériel et plus ou moins routinier de chaque jour le travail de l'intelligence? Non, cela ne convient, jeunes gens, ni à votre condition, ni à votre âge. Vous avez reçu, pour la plupart, une instruction primaire solide et, sinon complète, tout au moins suflisante pour vous classer parmi les gens doués d'un certain savoir ; cette instruction, vous devez avoir à cœur de la compléter, de l'enrichir et de la consolider par des connaissances nouvelles ; au surplus, vous devez l'entretenir et la conserver par un travail de culture intellectuelle en rapport avec votre condition, le milieu où vous vivez, l'influence que vous avez à exercer, les relations que vous avez à entretenir.

De grâce, ne soyez pas de ces esprits indolents, paresseux, terre à terre, que ne sollicite aucun désir d'apprendre et qui prétendent en savoir assez. Élargissez le cercle de vos connaissances; ajoutez chaque jour quelque chose au trésor de votre savoir. N'oubliez pas que tout en vous doit produire et que, parmi vos facultés, l'intelligence est

celle qui doit avoir sur les autres l'avantage d'une plus grande activité.

Avant tout, appliquez-vous à mieux connaître les vérités religieuses, à vous instruire plus à fond sur le christianisme, à saisir avec plus de précision la merveilleuse ordonnance des choses de la foi, les convenances des mystères, leurs rapports harmonieux avec la raison, à vous rendre capables de défendre, au besoin, la religion que vous professez, de répondre victorieusement à ceux qui l'attaquent, de montrer l'inanité de leurs arguments et la perfidie de leurs sophismes.

Étudiez avec un soin spécial le livre des Evangiles, de façon à connaître à fond l'histoire de notre divin Rédempteur. N'est-ce pas là pour un chrétien, disciple et frère de Jésus-Christ, un devoir élémentaire, et ne serait-ce pas une honte que, connaissant dans les moindres détails l'histoire d'Alexandre le Grand, de Napoléon et d'autres grands hommes, anciens ou modernes, on ignorât celle de Jésus-Christ ?

Donnez aussi à votre esprit un aliment

VIE l)K LABEUR. 111

tout à la fois agréable et profitable, eu consacraut chaque jour un certain temps à des lectures intéressantes et sérieuses.

Je dis intéressantes et sérieuses. Ne séparez pas ces deux choses, et ne sacrifiez jamais, je vous prie, à une vaine et dangereuse curiosité de Tesprit, à une distraction Frivole, à un plaisir coupable, rintégrité de votre foi ou de vos mcvurs.

Cela revient à dire : Ne lisez pas tout livre, car tout livre n'est pas à lire. Faites un choix judicieux et éclairé d'ouvrages n'offrant aucun danger à l'esprit et au cœur.

Gardez-vous de la fascination, souvent inconsciente, exercée par certains noms d auteurs tels que Voltaire, .lean-.lacques Rousseau, dont les œuvres sont, pour ainsi dire, classiques, et par d'autres, plus modernes, qu'il n'est point nécessaire de citer. Quelle que soit la valeur littéraire de ces œuvres, quelque popularité qu'elles aient acquise dans le monde intellectuel, elles n'en sont pas moins pernicieuses, attentatoires à la foi catholique, et les doctrines rationalistes, matérialistes et impies qu'elles recèlent , habilement dissimulées sous une

forme agréable et en apparence inoffensive, sont un poison qu'il faut savoir repousser sans examen (1). Combien plus le devezvous faire à l'endroit des livres où Dieu est ouvertement blasphémé, la religion méprisée, attaquée, où les saintes pratiques du christianisme sont tournées en ridicule.

Imitez en cela l'exemple de la pieuse reine de France, Marie Leckzinska, femme de Louis XV, laquelle disait : « Je me ferais un crime de lire un livre qui outragerait mon père, et à plus forte raison celui que je saurais injurieux à mon Dieu. »

Soyez aussi très circonspects à l'endroit des romans r le plus grand nombre en est immoral ou propre à jeter l'imagination dans des rêveries dangereuses , à exciter dans le cœur des désirs troublants, à donner à la vie un caractère romanesque et frivole. Laissez-moi vous prévenir, à ce propos, que le roman exerce sur l'esprit du

(1) Il 110 sera pas sans iiitérôt de ri^prodiiiiv ici l'avou suivant tombé de la plume de Rousseau lui-même : ■< Je ne rej,^ardc aucun de mes livres sans frémir ; au lieu d'instruire, je corromps; an lieu de nourrir, j'empoisonne ; mais la passion m'égare et, avec tous mes beaux discours, je ne suis qiCv.n scélérat ».

VIK DE LAHKLK.

jeune homme une fascination irrésistible et que, une fois qu'on y a goûté, on y veut goûter encore. Mieux vaut donc ne point s'exposer au danger de toucher à ce fruit défendu (1).

Ce que je dis des romans, je le dis pareillement des journaux. Parmi ceux qui ne sont pas formellement irréligieux ou immoraux (2), il en est peu dont un jeune homme puisse faire sa lecture habituelle. Pour bien des motifs, mais surtout dans l'intérêt de votre âme, préférez-leur toujours la lecture des journaux catholiques {II). Votre esprit y

(1) Jules Janin parlant des romans contemporains, écrivait à un jeune homme les lignes suivantes : « Quels livres! Si vous saviez quels abominables corrupteurs du bon ;^oùt, dos bonnes mœurs, de la civilisation, de la belle langue française! .\e Usez ni moi ni les aulres. Ne lisez i)as un livre de ce siècle : je n'en connais pas deux qui nniritent les regards honnêtes d'un brave jeune homme qui a conserve la piét('', la pudeur, les chastes enivrements de ses dix-huit ans. »

(2) Les journaux, feuilles et publications périodiques dont le dessein arrêté est de combattre la religion ou les bonnes mœurs, doivent être considérés comme prohibés non seulement par le droit naturel, mais aussi par le droit ecclésiastique. (Constitut. Apost., sur la iu'(>hil)ition et la censure des Livres.)

(3) Parmi ces journaux, nous recommandons tout spécialement le journal si populaire et si plein de l'esprit chrétien et catholiqiK^ : la Croix.

trouvera au moins autant à gagner au point de vue littéraire, que dans ces feuilles mondaines à style décadent qui faussent le goût et dépriment les facultés intellectuelles.

Que votre préoccupation dominante, je dirai plus, votre grand art, soit de transformer vos lectures en étude et, par elles, par le travail de réflexion personnelle qu'elles vous donnent occasion de faire, de préciser ou compléter vos connaissances sur les questions sociales et économiques qui, à l'heure actuelle, s'imposent à l'attention de tous les esprits sérieux. « Ce que vous avea appris à l'école des Frères, comme ce qui s'apprend dans les collèges plus élevés, au point de vue classique, tout cela s'oublie vite; ce n'est qu'une préparation aux études ultérieures que l'on fait soi-même. C'est à votre âge, quand on a déjà une certaine maturité, quand l'esprit est habitué à comparer, à juger, c'est alors qu'on peut faire des études, non pas uniquement en lisant des livres ou en suivant des cours, mais par une voie plus large, par l'observation personnelle, en réfléchissant par soi-même au lieu de recevoir des opinions toutes faites que l'on em-

ME DE LAlîKLIi. 115

priintc à autrui, saus disceruement, ou bien, ce qui est pis, mais trop fréquent, des opinions dictées par un intérêt égoïste ou par Tamour-proprc ( l). »

Avant de conclure, laissez-moi vous dire un mot d'un travail qui ne le cède en rien au travail matériel et intellectuel dont il vient d'être question, d'un travail dont la nécessité s'impose à tout chrétien ici-bas. Je veux parler du travail spirituel, du travail de correction des défauts, d'acquisition des vertus, du travaild'avancement et de progrès dans le bien. J'aurai à vous en parler plus spécialement au cours de ces entretiens. Dès à présent, laissez-moi vous dire que c'est là le travail par excellence, celui qui réclame toute votre ardeur, tous vos soins ; celui dont la négligence ou une complète omission auraient, pour le temps et plus encore pour l'éternité, des conséquences désastreuses. Car, comme l'a dit notre divin Sauveur, de quoi servirait à l'homme d'avoir par son travail, son industrie, ses persévé-

(1) Discours de 31. Claiulio Jannet à l'Assomblée générale (lu syndicat des Employés, du commerce et de l'industrie. Paris, 25 avril 1893.

rents efforts, conquis l'univers entier, si, en négligeant de s'occuper de ses intérêts spirituels et éternels, il venait à perdre son âme (1)? Sauver son âme et la sanctifier, voilà la grande, la souveraine et, àvrai dire, l'unique affaire; celle dont il faut s'occuper avant tout, celle dont le succès doit nous être plus cher que tout au monde. Cette affaire implique un réel labeur : labeur de Fesprit, toujours appliqué à écouter les enseignements de l'éternelle vérité; labeur du cœur, toujours ouvert aux effusions de la grâce divine , toujours actif à repousser les affections malsaines ; labeur de la volonté, toujours empressée à exécuter les commandements du divin Maître, toujours généreuse et fidèle dans raccomplissement de ses désirs.

« Heureux, dit l'Esprit saint, heureux celui que le Seigneur, lorsqu'il viendra pour rendre à l'homme selon ses œuvres, trouvera appliqué à ce noble labeur (2). »

En résumé, pour faire de votre vie l'usage

(1) Quid oiiim prodorit hominisi lucretur nuindum totura, ot detrimentum anima^ siiœ faciat? (Marc, viii, 3(1).

("2) Boatus ille servus , quem cum venerit Doniinus ejus inveneritsicfacientem. (Matth, xxiv, 46.)

qui convient à (les êtres intelligents et actifs, et mieux encore à des chrétiens, il vous faut, chers jeunes gens, mettre en pratique la recommandation de Fapùtre : Lahora, travaillez! S'il importe de se souvenir (jue notre destinée finale et commune est la jouissance plénière et inamissihle de Dieu dans le lieu que nos saints Livres nomment le séjour, du repos éternel, il n'importe pas moins de savoir (jue ce repos doit s'acheter par le travail.

« Soldats, s'écriait le maréchal Saint- Arnaud, en s'adressant à ses troupes après la glorieuse victoire de l'Aima qui ouvrait la route de Sébastopol, soldats! vous ne vous arrêterez qu'à Sébastopol : c'est là que vous jouirez d'un repos bien mérité, »

Pour nous, chrétiens, notre Sébastopol c'est le ciel. C'est là que les élus « se reposeront de leurs travaux (1) ». En attendant, n'oul)lions pas que nous sommes dans le séjour du labeur, et rendons-nous dignes de la récompense des élus, en travaillant avec courage et persévérance.

Le colonel Paqueron écrivant à son fils, à

(I)...Ut roquicscaiit a laljoriljii.s suis. (.\p. xiv, 1:].)

l'occasion du jour anniversaire de sa naissance, lui disait : a Je t'écris aujourd'hui, mon cher et bon Charles, pour que ma lettre t'arrive le 30 juillet. C'est le jour de ton entrée dans le monde, le jour où Dieu a eu assez de confiance en moi pour t'abandonner à ma sollicitude. Il y a de cela vingt ans déjà! Qui sait si tous deux, mon cher enfant, nous avons bien répondu depuis cette époque aux vues de la divine Providence ? Vingt ans ? Qui sait si nous en obtiendrons encore autant pour l'avenir. Ah! devenons avares, économisons, pour le travail sérieux, jusqu'à la plus petite parcelle du temps qui nous reste ! Désolante pensée que celle de cette impuissance prochaine ! Il faudrait faire entrer mille ans dans chaque année, pour réaliser vraiment la vie et réaliser quelque chose qui demeure. Laboremus! Laboremus! »

Ce mot rappelle l'éloquente réponse d'un empereur romain de l'antiquité, Septime Sévère, à qui ses courtisans demandaient le mot d'ordre. Il était mourant, ses forces étaient défaillantes. Mais, regardant son glorieux passé et trouvant dans un travail opiniâtre et constant l'explication de toutes

ses victoires, il se contenta de cette simple parole : « Laboremus ! »

Oui, oui, jeunes gens, laboremus ! ivdîVdWlez et n'encourez jamais le reproche de TEvangile : « Pourquoi demeurez-vous ainsi oisifs le long du jour? (1) )>. Mais, au contraire, tandis « que vous en avez le temps, agissez, opérez » (2) ; soyez à l'œuvre du moment ; exercez dans un travail consciencieux l'activité de votre jeunesse, afin de vous rendre aptes à utiliser les jours de votre maturité et les années de votre vieillesse.

Lacordaire a dit : a Quand on n'a pas travaillé jeune, on ne sait rien, on n'est rien, on ne peut rien ». Je dis, à mon tour, et vous ne me démentirez pas, que tous vous voulez savoir, être et pouvoir quelque chose ; savoir, être et pouvoir beaucoup, le plus possible, pour la gloire de Dieu et l'honneur de la religion, pour les intérêts de l'Eglise et de la société, pour le bien de votre chère patrie.

{\) Quid hic statis tota die otiosi. (Matth. xx, G.) (2)Dum tempushabemus operemur... (Galat. vi, 10.)

Que votre vie soit donc une vie laborieuse, et que la noble devise de Jeanne d'Arc devienne la Apôtre : Vive labeur!

Page 1