‹ Jeux des adolescentsChapitre 13 sur 48 · LB JEU DE SIAM · texte numérisé non relu

LB JEU DE SIAM

De la France nous passons tout à coup en Asie , s'il est vrai, comme on le dit, que le jeu de Siam ait été apporté d'un pays de l'Asie qui porte ce nom ; on ajoute même que ce jeu fut introduit en France à l'époque où des ambassadeurs siamois vinrent présenter leurs hommages à Louis XIV, à Versailles. Nous ne savons pas si le fait* est authentique; mais nous aimons à croire que ces ambassadeurs avaient quelque chose de mieux à offrir au grand roi. Quoi qu'il en soit, le Siam, ou jeu de Quilles à la siamoise , exige un terrain plus uni que le jeu de Quilles ordinaire, et demande une plus grande 202 *

adresse de la part des joueurs. Au lieu d'une bonle, on 86 sert, pour abattre les quilles, d'une espèce de palet ou de disque en bois dur et compacte , dont les bords sont légèrement taillés en lalus. L'habileté des joueurs consiste à donner au disque l'-indinaison convenable, à

Je lancer avec assez de force en lui imprimant un mouvement de rotation, de telle sorte qu'il fasse le tour des quilles et que, pénétrant ensuite au milieu du jeu, il y produise de grands ravages.

Le jeu de Mail, qu'on dit avoir été pratiqué par les Gaulois, nos ancêtres, était si fort à la mode dans les siècles derniers, que la plupart des villes de province ont des promenades consistant en une longue avenue appelée Mail, parce qu'autrefois ce même terrain était consacré au jeu de Mail. Du reste, encore aujourd'hui, dans certaines

villes du midi de la France, ce jeu n'a rien perdu de sa vogue passée, et c'est principalement à Montpellier qu*il n'a jamais cessé d'être l'exercice par excellence de toutes, les classes delà société et de tous les âges. Là lenoblejeu de Mail (c'est ainsi qu'il est désigné) a donné naissance à une association connue sous le nom de YOrdre des che^' valters du Bois roulant. Cet ordre a des statuts et des rè?^ glements autorisés par un arrêté du parlement de Toulouse, qui date de l'année 1668. Les enfants commencent à peine à marcher qu'on leur donne un petit mail pour les amuser, ce qui a donné lieu ë ce proverbe bien connu : « Que les enfants naissent à Montpellier un mail à la main. > £n quoi donc consiste ce jeu? A pousser une boule devant soi avec une espèce de maillet qu'on appelle mail. Et quel plaisir, dira-t-on, peut-on trouver à courir ainsi après un morceau de bois? C'est aussi ce que disent tous les étrangers qui voient pour la première fois des joueurs se livrer à cet exercice; et puis, à peine ont-ils commencé eux-mêmes à y prendre part , qu'ils le trouvent le plus amusant du monde , et qu'ils n'ont plus assez d'éloges pour un jeu qui était d'abord l'objet de leur dédain, c C'est qu'en effet, dit V Encyclopédie du xym* siècle y ce jeu est sans contredit de tous les jeux d'exercice le plus agréable, le moins gênant et le meilleur pour la santé. 11 n'est point violent. On peut en même temps jouer, causer et se promener en bonne compagnie; on y a plus de mouvement qu'à une promenade ordinaire. L'agitation qu'on se dçnne fait un merveilleux effet pour la transpiration des humeurs, et il n'y a point , de rhumatisme ou d'autres maux semblables qu'on ne puisse prévenir par ce jeu, à le prendre avec modération, i quand le beau temps et la commodité le permettent. *» I L'instrument appelé mail se compose d'une masse ou l petite massue de bois dur, façonnée en forme de cylindre.

garnie k ses deux extrémités d'une virole en fer, et au milieu de laquelle est solidement adapté un manche long d*un mètre à peu près , ni trop pliant ni trop roide, mais délié et proportionné au poids de la masse. La boule qu'on pousse avee la masse est faite de racine de buis bien noué et très-sec. Les grands joueurs, ceux qui jouent souvent, ont leur mail et leurs boules à eux, qu'ils laissent en dépôt chez les fabricants appelés palemardiers : ces mêmes fabricants, moyennant une rétribution très-modique, louent des boules et des mails à tous ceux qui en veulent. Lorsqu'il n'y a pour une partie que deux ou trois joueurs , chacun joue pour soi , ou bien l'un des joueurs joue seul contre les deux autres : si les joueurs sont plus nombreux, ils se divisent en sociétés, et les associés sont solidaires l'un de l'autre. Supposons deux joueurs. Le premier joueur, après avoir placé sa boule vis-k-vis d'un but marqué k l'entrée du chemin qui sert de jeu , la frappe de son mail et de manière k lui faire parcourir le plus grand espace possible. Le second joueur fait de même après lui et s* efforce de dépasser la boule de son adversaire ; s'il n'y réussit pas, il est marqué d'un point, et c'est encore k lui k jouer. Si au contraire il y réussit, c'est le premier joueur qui est marqué d'un point et qui joue. Ainsi le joueur, quel qii'il soit, est marqué d'un point de plus chaque fois que sa boule reste en arrière de celle de son antagoniste. Toute boule noyèe^ c'est-kdire qui, au lieu d'être poussée dans lé droit chemin, est envoyée sur les bordures des champs k droite ou k gauche, 4onne trois points de marque k celui qui a commis la faute. Le long du chemin, et k de grandes distances Tune de l'autre, se trouvent placées de grosses pierres appelées pierres de touche, et qui sont autant de buts : on convient d'avance k quel but se terminera la partie, et, une fois qu'on y est arrivé, il faut le toucher avec la boule.

I Poti

Pottr indiquer quelques-uns des divers incidenlE: du I jea, nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici les lignes suivantes, extraites d'un petit livre déjà vieux et kt'ii par un amateur du jeu de Mail : ■ De tous les jeux inventés pour l'amusement de l'homme, il n'en est guère de plus honnête, de plus agréable et de plus salutaire que le jeu de Mail. Montpellier est la ville oti ce genre d'exercice a toujoursétéieplusen honneur; aussi les joueurs y pas-

sent-ils pour être les plus renommés de l'Europe. On joue au mail sur des chemins et dans des traverses situés aux environs de la ville ; les détours qui s'y rencontrent amènent à tout moment des coups difficiles qui demandent de la force et de l'adresse, et que l'on voit esécuter avec une merveilleuse justesse de coup d'œil. Il y a des joueurs qui I portent d'un coup et de volée la boule jusqu'à <leux cents pas, ce qui n'est pas cependant toute la science du jeu : il faut encore savoir régler ses coups à propos ; se tirer.

se'dégager des pierres^ des fossés et autres mauvais pas où la boule se trouve assez souvent; franchir des coins» des portions de champ; enfin tirer à la pierre de louche » c'est-à-dire au but, pour terminer la partie. »

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