LA CORDE
Le saut à la corde est une des plus heureuses inrentions que la gymnastique ait prêtées aux jeux des enfants ; c'est aussi un des exercices qu'ils aiment le mieux, et il faut s'en féliciter, car il a le précieux avantage de développer à la fois les muscles de la poitrine, des bras et des jambes. Toutefois on doit en user avec modération, comme des meilleures choses, et cette recommandation s'adresse surtout aux enfants encore jeunes ou un peu délicats, dont les forces demandent à être ménagées. Quoique la Corde n'offre pas, comme d'autres jeux , l'avantage de pouvoir se réunir en grand nombre pour organiser ces parties, ces luttes animées dans lesquelles la victoire est vivement disputée, les écoliers y trouvent cependant un amusement qui leur plaît et une foule d'exercices variés.
On distingue la Petite corde et la Longue corde, et, suivant qu'on fait usage de l'une ou de l'autre, la manière de sauter est différente, ou, pour mieux dire, les exercices sont différents.
t.a Peiite norde. Le joueur peut, avec la Petite corde, qu'il fait tourner lui-même, exécuter, soit en courant, soit en restant en place, des mouvements et des pas trèsdivers. Tantôt il tient les deux pieds serrés l'un contre l'autre, et, sautant en place au moment précis où la corde effleure la terre, il la fait passer sous ses deux pieds qui s'élèvent et s'abaissent en même temps : bientôt la corde change de direction , elle n'est plus projetée en avant, mais en arrière, et alors elle passe d'abord sous la pointe
des pieds, comme tout b l'beure, TantAt le joueur saute ' ou plutôt danse alteruativement sur un pied et sur l'autre ; il frappe la terre en cadence du pied droit et du pied gauche, et pendant ce temps la corde tourne, elle passe et repasse sans cesse. Maintenant c'est autre chose : le joueur croise les bras sur la poitrine , les décroise, les développe et les referme tour à tour, et forme ainsi , avec la corde qui passe, toujours sous les pieds, ce qu'on appelle des croix de chevalier ou croix de Halle. Enfin, il y a les doubles tours et les triples tours, qui consistent à faire passer, avec une grande rapidité , deux fois ou trois fois la corde sous les pieds pendant le court moment où ils quittent la terre, c'est-ii-dire pendant un seul saut. Il va sans dire que les triples tours sont incomparablement plus difGciJes que les doubles , et il est rare qu'un joueur, mâme très-exercé.
Là Petite corde puîssc en faire plus de dix
ou douze de suite. Les croix de elievaller avec doubles tours exigent beaucoup de vigueur dans les poignets et une grande souplesse dans les reins: on fait alternativement un double tour, et une croix de chevalier double aussi. Les écoliers, en sautant à la Petite corde, peuvent lutter entre eux à qui fera de suite le plus grand nombre de tours , soit simples , soit doubles, ou bien à qui arrivera le plus t&t, en courant, à un but déterminé.
■a E.*BSBe eoTd«. Pour la Longue corde , les joueurs peuvent se réunir en assez grand nombre. Deux d'entre eux
liennent la corde chacan parun bout el la fout tourner de manière k ce qu'elle etHeure le boI, ni trop lentement ni trop vite. Un premier sauteur saisit le moment où la corde est en l'air pour entrer dans le jeu, et il danse soit sur les deux pieds soit sur un »eul, comme bon lui semble. Quand il veut sortir, il profite du moment où la corde vient de passer sous ses pieds, et s'enfuit du côlé opposé & celui par lequel il est entré; mais il, ne faut pas qu'il se laisse atteindre par la corde qui revient sur elle-même; car i] serait condamné k remplacer un des joueurs qui font l'office de tourneurs : il subirait aussi la même p^ine, si en sautant il arrêtait maladroitement avec ses pieds ou avec toute autre partie de son corps le mouvement continu de la corde. Souvent, pour I donner au jeu plus d'anima- I lion et d'entrain, plusieurs sauteurs entrent k la fois dans le jeu et sautent ensemi,a Longue corde. y^^ |,^^ ^ tournant vers
l'orient, l'autre vers le couchant, celui-ci au nord, pelui-là au midi. En voici un, deux, trois qui sortent; oui, mais en voillt un , deux , trois qui rentrent ; dans ce mouvement continuel d'entrées et de sorties, il y s nécessairement quelques faux pas , quelques maladresses qui permettent k ceux qui faisaient danser les autres en tournant la corde de venir à leur tour prendre part k la danse. Nous avons dit que la longue corde doit élre tournée d'un mouvement régulier, ni trop vile ni trop lentement. Quelquefois un sauteur qui se sent capable de faire de grandes choses demande hardiment viriaigre. Alors
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ceux qui tournent la corde dotmmt du vinaigre , c*e8t*à* dire que, faisant usage de toute la vigueur de leurs poignets, ils impriment à la corde un mouvement de rotation si rapide qu'on la suit à peine des yeux. Quand le sauteur (s'il n'est pas vaincu danç cette lutte, ce qui est rare) sent qu'il a assez de vinaigre, il demande huile , aussitôt ceux qui tournent la corde modèrent leur action, et la corde, toujours soumise, toujours obéissante , passe de ce mouvement furieux et emporté à des oscillations plus calmes et plus douces.
LE CBRCBAU.
'Le jouet appelé cerceau est ordinairement formé de trois ou quatre rangs de cercles en bois cloués les uns par-dessus les autres et parfaitement unis ensemble. On les fait aussi quelquefois en fer. C'est à ('aide d'un bâtonnet qu'on frappe et qu'on fait courir le cerceau devant soi, en accélérant ou en retardant sa vitesse. C'est avec le même bâtonnet qu'on donne au cerceau la direction qu'on veut lui imprimer, qu'on le pousse à droite ou à gauche , suivant qu'on le touche à gauche ou à droite. Enfin, le joueur, en appuyant fortement son bâtonnet sur le cerceau, l'arrête instantanément dans sa marche, de même qu'en lui imprimant une impulsion en arrière, il le fait reculer. Il n'y a pas de cheval, si bien dressé qu'il soit, qui obéisse avec cette précision à la main de son cavalier; il n'y a pas de vaisseau, même le meilleur marcheur, qui suive aussi docilement l'impulsion donnée par le gouvernail. C'est ainsi qu'on voit le cerceau, soumis au bâtonnet intelligent qui le fait manœuvrer et le dirige, parcourir le terrain dans tous les sens, à droite, à gauche, en avant, en arrière, décrire une courbe, une ligne brisée, un cercle, un triangle,
ëpuiaer, en un mot, dans ses évolutions aussi gracieuses que variées, toute la série des ligures géométriques.
Plusieurs joueurs peuvent lutter ensemble avec leurs cerceaux et se provoquer pour savoir quel sera celui d'entre eux qui tiendra le plus longtemps son cerceau en haleine ou qui parviendra & le conduire le premier & un but qu'ils auront fixé d'avance : dans ce dernier cas , tous les joueurs qui prennent part & la -lutte doivent être placés de front sur la même ligne et partir enBemble h un signal donné. Enfin , nous indiquerons un des exercices les plns'amusants auxquels le cerceau donne lieu.
Les joueurs, lorsqu'ils sont nombreux , se partagent Ai deux camps; tous sont armés d'un cerceau et du bâtonnet qui le met en mouvement. Les deux troupes se placent visk-vis l'une de l'autre, en mettant entre elles une distance convenable, et de plus chacune d'elles laisse entre chaque joueur un espace assez grand pour qu'une personne puisse y passer h l'aise. Ces dispositions prises, tout le monde étant à son poste , le bâtonnet à la main et le cerceau ' immobile sur la terre, les deux troupes, k un signal donné , partent en même temps à la rencontre l'une de l'autre, et chaque joueur s'efforce de passer et de faire passer habilement son cerceau entre deux joueurs, de manière à ne heurter ni le cerceau de droite ni celui de gauche , qui marchent dans un sens opposé. Lorsque les deux troupes ont ainsi changé de place et sont arrivées k l'extrémité da camp marqué de chaque côt^, elles
font YoUe-face , et cerceaux et joueurs se croisent de nou- Yeao, offrant rimaged*ùoe petite guerre, dans laquelle chaque parti compte ses blessés d'après le nombre des bâtonnets et des cerceaux qui gisent étendus sur le champ de bataille.
Le Cerceau est , comme la corde , un des meilleurs moyens de gymnastique pour assouplir les membres des enfants et leur donner de la force et de la grâce. Le Cerceau était connu des anciens et faisait partie de leurs exercices habituels. Mais il parait qu'ils ne le faisaient pas tourner, comme nous, sur son axe , et qu'ils se bornaient à l'agiter au-dessus de leur tête, à le lancer et à le recevoir sur une baguette de métal : du reste, le cerceau dont ils se servaient consistait lui-même en un cercle de métal auquel étaient attachés plusieurs anneaux. Suivant le témoignage d'un ancien auteur, le mouvement communiqué au cerceau avec la baguette était quelquefois très-rapide, et alors on n'entendait pas le bruit des anneaux qui roulaient dans la circonférence; d'autres fois on l'agitait avec moins de violence, afin, dit le même auteur, que le son de ces anneaux produisît dans Tâme one sensation agréable. L'auteur veut sans doute faire entendre par là que le jeu du Cerceau était regardé comme un exercice capable de contribuer à la santé.