‹ Jeux des adolescentsChapitre 32 sur 48 · I CHASSE AUX PAPILLONS ET AUX INSECTES · texte numérisé non relu

I CHASSE AUX PAPILLONS ET AUX INSECTES

Il ne s'agit pas ici, comme trop souvent les enfants sont disposés à le faire, de courir sans but et sans mesure, après des papillons, pour les saisir maladroitement par les ailes, qui vous restent dans la main ; il ne s'agit pas non plus de s'emparer de quelques malheureux insectes pour les faire souffrir en les attelant à une petite voiture de carton : ce sont là des jeux cruels, que des enfants bien nés doivent s'interdire. La vie est une si bonne chose qu'il faut la respecter dans tous ces petits êtres qui sont

l'œuvre de Dieu et qui ont autant de plaisir que nous à jouir de l'air, de la lumière et de la chaleur que la bonté du Créateur nous dispense à tous également. Ce n'est jamais sans chagrin que nous voyons des enfanls s'amuser à écraser sans pitié sous leurs pieds de pauvres fourmis qui ne leur font aucun mal, et qui sont uniquement occupées à transporter dans leurs magasins les provisions pour l'hiver.

Voulez-vous faire une jolie collection de papillons aux ailes brillantes, d'insectes aux couleurs variées, pour les ranger par ordre de grandeur ou de genre, et les conserver ensuite dans des cadres dont vous ornerez votre salie d'étude? Alors, c'est autre chose; venez avec moi, munissons-nous de nos instruments et partons. Notre arsenal n*est ni dispendieux ni embarrassant : un filet de gaze et une petite pince d'horloger, voilà tout ce qu'il nous faut. Le filet sert à prendre les papillons, qui d'ordinaire sont peu farouches. Cependant il faut éviter, autant que possible, d'être vu par eux, et, lorsque vous manquez un papillon, ce qui vous arrivera plus d'une fois , gardez-vous de courir immédiatement après lui ; vous le feriez fuir plus vite, et il s'éloignerait peut-être de telle sorte que vous finiriez bientôt par le perdre de vue. Restez donc tranquille, et quelques instants suffiront pour lui faire oublier le danger qu'il vient de courir et le chasseur qui le poursuit; il se reposera sur une fleur et se laissera prendre facilement.

Quand il est prisonnier dans votre filet, ne le saisissez jamais par les ailes et avec vos doigts ; autrement toute cette poussière si brillante et si délicate dont le corps du papillon est parsemé, et qui en fait la beauté, vous resterait entre les doigts; le papillon serait déBguré et votre peine perdue. C'est alors qu'il faut vous servir de la pince, avec laquelle vous le saisissez par le corps ; puis vous lui

enfoncez dans le corselet une forte épingle qui le fait mourir immédiatement.

Pour la chasse des insectes, vous comprenez que le filet est inutile. Comme il y a moins de précautions à prendre pour leurs couleurs, vous pouvez vous servir de vos doigts, mais avec délicatesse, afin de ne pas endommager leurs membres si fragiles. Toutetois la pince vous rendra encore service dans quelques occasions.

A mesure que vous faites des prisonniers, il faut les piquer dans des boîtes garnies intérieurement de petites rondelles de liège. De plus, pour mettre votre collection à Fabri de l'attaque de certains insectes vivants qui seraient tentés de venir la dévorer en partie, il est utile que les boîtes soient imprégnées de l'odeur du caiAphre, qui est un très-bon préservatif; il suffit de placer çà et là dans les boîtes quelques petits morceaux de camphre, sans avoir besoin de les réduire en poudre. Lorsque, par un accident quelconque, l'aile d'un papillon, la patte d'un insecte s'est détachée, vous pouvez facilement réparer ce malheur, en recollant l'aile ou la patte au moyen d'une solution de gomme arabique. Ensuite, si vos boites ne sont que des dépôts provisoires, et que vous vouliez conserver vos papillons et vos insectes dans des cadres sous verre, vous aurez soin de les ranger avec ordre, avec symétrie, de manière à produire le meilleur effet possible. On place ordinairement les plus belles espèces au milieu et aux quatre coins du cadre.

éDUCATION DES VERS A SOIE.

Des papillons et des insectes aux vers à soie la transition est toute naturelle. Ici, au moins, vous voyez, vous pouvez étudier les progrès de l'insecte et ses diverses transformations depuis sa naissance jusqu'à sa mort. La

première fois que voub voulez vous amuser à faire l'éducation de quelques vers à soie, vous achetez chez un herboriste des œufs appelés aussi graine^ parce qu'en efiet les œufs de vers à soie ne sont pas plus gros que des grains de millet. Lorsqu'ils dont éclos, ce qui arrive ordinairement vers la fin du mois d'avril ou dans les premiers jours du mois de mai, vous donnez aux vers, autrement dits chenilles, des feuilles de mûrier bien fraîches, qu'on se procure également chez les herboristes. Il ne faut en acheter qu'une petite quantité à la fois, pour renouveler plus souvent la provision, ou bien on doit avoir le soin de les conserver dans un endroit frais. Nous avons vu quelquefois les écoliers employer une autre méthode : ils prennent dans leur pupitre le premier livre venu, grammaire latine, De Viris ou Selectœ (peu leur importe), vont l'arroser à la fontaine, et puis, quand cette judicieuse opération est accomplie, ils placent les feuilles de mûrier entre les feuilles du livre ainsi arrosé. Que les écoliers nous permettent de leur dire notre façon de penser à ce sujet. En agissant ainsi, ils commettent une double faute. D'abord, et c'est la faute la plus grave, ils font de leurs livres un usage auquel ils. n'étaient pas destinés le moins du monde, ils gâtent et détruisent ce qu'ils avaient mission de conserver, ils trompent leurs parents et leurs maîtres, et plus tard ils chercheront peut-être à s'excuser par un mensonge. Ensuite, ils font une chose tout à fait contraire à la santé et à la conservation des petits êtres qu'ils veulent élever; car les feuilles de mûrier dont se compose toute la nourriture des vers à soie ne doivent être ni mouillées ni même humides.

Vous donnez d'abord une seule fois par jour la feuille à vos élèves, pour augmenter progressivement la quantité de nourriture; les repas doivent être plus fréquents à

mesure que les chenilles deviennent plus fortes. On a calculé que, par une température à peu près constante de 19 à 20 degrés de chaleur, indiquée d'ailleurs par le thermomètre, il faut, avec 120 repas donnés dans tout le cours de l'éducation, compter 36 jours pour amener les vers à soie à faire leurs cocons, 32 jours avec 200 repas et 24 ou 25 jours avec 300 repas. Au surplus, comme règle générale, 5 ou 6 repas par jour suffisent pour une bonne éducation. Il est néanmoins de principe que, plus les repas sont fréquents, plus la santé des vers y gagne, et moins est grande la quantité de feuilles consommées.

L'éducation de vers à soie exige une très-grande propreté et des soins assidus : les enfants qui s'en occupent doivent sacrifier tous les jours une petite partie de leurs récréations aux soins que réclament ces petits animaux, s'ils veulent les voir prospérer. A peine cette éducation est-elle commencée que les vers, au bout de quelques jours, cessent de dévorer les feuilles, et alors ils tombent dans une espèce d'engourdissement ou de léthargie qui annonce leur mue : cet état dure au moins vingt-quatre heures; ils changent de peau , et à leur réveil ils se jettent avec une nouvelle avidité sur leur nourriture. Ils traversent ainsi quatre phases, jusqu'à ce qu'ils arrivent à la période de la formation de leurs cocons. A cette époque, ils cessent de manger, et leur corps devient transparent et couleur de chair. Il faut alors disposer auprès d'eux soit de petits branchages sur lesquels ils grimpent, soit de simples cornets de papier dans lesquels ils se logent : ils commencent aussitôt leur travail. Les chenilles blanches filent ordinairement une soie d'un beau jaune ; les chenilles noires, une soie blanche ou d'une teinte légèrement verdâtre.

Quand le cocon est fini, ce qui demande trois ou quatre

jours, le ver à soie subit une nouvelle métamorphose; de chenille qu'il était, il devient chrysalide. Vous agitez légèrement le cocon pour vous assurer que la chrysalide est bien formée, vous le faites tremper pendant quelques minutes dans de l'eau très-chaude, et ensuite vous vous amusez à le dévider en enroulant la soie sur un morceau de carte pliée. Mais il faut faire le sacrifice de la chrysalide, qui meurt asphyxiée dans ce bain d'eau chaude. Si vous voulez la conserver, vous devez dévider le cocon dans son état naturel , ce qui est plus difficile, et, lorsque toute la soie a été ainsi retirée et qu'il ne reste plus qu'une enveloppe en forme d'œuf, vous la coupez avec précaution et vous en retirez la chrysalide, que vous placez dans du son. Peu de temps après elle se transforme en un papillon blanchâtre assez laid, inerte, c'est-à-dire presque immobile, qui s'altache à un morceau d'étoffé de laine que vous avez eu soin de préparer. Il ne vit dans cet état que trois ou quatre jours, et meurt après avoir pondu des œufs ou graines que vous gardez au fond d'une boîte pour l'éclosion de l'année suivante.

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