LE KALÉIDOSCOPE
Passons à un petit instrument qui nous fera voir les plus jolies choses du monde, comme son nom formé de mots grecs l'indique du reste. Le Kaléidoscope est fondé sur une application nouvelle d'une propriété de la lumière, propriété qu'on appelle réflexion, et que vous apprendrez à connaître en étudiant la physique. En attendant, vous avez peut-être remarqué que, lorsqu'on est placé devant une glace étamée, d'une assez grande épaisseur, dans laquelle vient se réfléchir la lumière d'une bougie, on aperçoit plusieurs images qui vont en s'affaiblissant : cet effet, dû k des réflexions successives de la lumière sur plusieurs surfaces du verre et de la feuille de métal qui y est appliquée, est analogue à celui que présente le kaléidoscope. Ce petit instrument d'optique, qui ne compte guère plus de quarante ans d'existence, et que sa nouveauté, comme la multiplicité des images qu'il présente, avait mis d'abord entre les mains de tout le monde , est très-simple et très-facile h, construire.
Dans uu tube de métal ou de carton noirci intérieurement , sont placées deux lames de verre couvertes sur leur seconde surface d'un vernis noir, ou simplement doublées d'un papier noir. Ces deux lames sont plus ou moins inclinées l'une à l'égard de l'autre, ou , en d'autres termes, elles forment ensemble un angle de 45 degrés environ, et sont maintenues d'une manière fixe dans cette position. L'une des extrémités du tube est fermée par une /
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lame de verre blanc recouverte d'une lame de carton qui est percée à son centre d'une petite ouverture servant d'oculaire, c'est-à-dire que c'est là qu'on applique l'œil pour regarder. A l'autre extrémité du tube est un espace, une certaine capacité comprise entre deux lames de verre, dont l'une, qui est un verre transparent, est placée à l'intérieur, et l'autre, qui est un verre dépoli , est placée à l'extérieur et ferme le tube. C'est dans cette capacité qu'on a placé les objets les plus divers , en petits fragments , verres colorés et de toute nuance, petites feuilles de végétaux, petits morceaux de dentelles et de papiers de couleur, petits coquillages, etc.
Voilà l'instrument confectionné. Maintenant prenez-le dans la main, en le plaçant dans une position presque horizontale ; tournez l'extrémité du côté de la lumière (lumière du jour ou d'une lampe, peu importe), et appliquez votre œil à l'oculaire : les petits objets viendront se réunir dans l'angle formé par les deux lames de verre, ils se refléteront dans toutes les deux , et , comme on les voit en même temps dans la boîte transparente , vous apercevez plusieurs images des objets disposés de la même manière. Agitez un peu votre kaléidoscope et regardez : les dessins sont changés ; et vous pouvez ainsi varier à chaque instant vos surprises. En effet, la plus légère agitation de l'instrument suffisant pour déplacer les objets renfermés dans la capacité vitrée, la multiplicité et la variété des dessins qu'on peut produire sont pour ainsi dire infinies; mais en même temps il est bien rare qu'on reproduise un dessin qu'on a déjà obtenu.
Vous le voyez , la construction de ce joli instrument n'exige ni de grands efforts de travail, ni de grandes dépenses, ni surtout de nombreux matériaux : deux lames de verre que l'on couvre de papier ou de vernis noir sur
l'une de leurs surfaces; un étui de carton fermé à Tune de ses extrémités par un petit couvercle de bois , de ferblanc ou de carton ; deux verres , dont l'un transparent et l'autre dépoli, pour former la capacité qui renferme les petits objets : voilà ce qu'il faut pour établir un kaléidoscope au moyen duquel on se crée un amusement aussi agréable que varié.
LB UICROSCOPE.
Voici encore un nom composé de mots grecs ; mais qu'on ne s'effraye point, nous ne faisons pas de la science, nous ne prenons de chaque chose que la partie amusante. Nous sommes bien obligés cependant, si nous voulons être compris, de dire que le Microscope est un petit instrument au moyen duquel on peut non-seulement agrandir d'une manière merveilleuse les proportions de certains objets que l'on veut considérer, mais encore apercevoir et examiner tout à loisir de très-petits objets, de très-petits êtres vivants qui échappent à la vue simple. Nous allons vous enseigner un moyen de vous construire un microscope facilement et à peu de frais. Procurezvous un morceau de cuivre , pratiquez-y ou faites-y pratiquer un trou de la grosseur d'une tête d'épingle ordinaire; placez-y avec précaution, délicatement, au moyen d'un bout de papier , d'un cure-dent ou de tout autre objet , une goutte d'eau qui prendra la forme d'un globule, c'est-à-dire d'un petit globe. Maintenant, si vous êtes dans un endroit bien éclairé par la lumière du jour, regardez à travers ce petit microscope improvisé, et amu- ' sez-vous à considérer sur du papier blanc l'aile d'une mouche , un cheveu, un brin de fil , un grain de sable, une petite aiguille, la feuille d'une fleur, et vous ne vous lasserez pas d'admirer la foule de choses curieuses
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que vous découvrirez. L'aiguille, par exemple, qui est si polie et si fine , paraîtra à vos yeux comme une petite barre de fer toute crevassée; le brin de fil sera une corde, le grain de sable un caillou, et le cheveu prendra aussi des proportions si considérables que vous aurez peine à croire au témoignage de vos sens. Malheureusement votre microscope , avec sa goutte d'eau , ne peut pas durer longtemps, mais il vous est facile de recommencer l'opération ; la matière ne coûte pas cher.
Du reste, nous pouvons vous enseigner un autre procédé pour avoir un microscope plus durable ; mais ce procédé demande aussi plus de soin et d'habileté. Ayez un fil de platine , et entourez ce fil avec la pointe d'une épingle , de manière à faire un petit anneau dont l'épingle sera le manche. Procurez-vous ensuite , ce qui n'est pas difficile , un morceau de cristal que vous casserez en très-petits fragments : prenez un de ces fragments, posezle sur l'anneau, que vous tenez au moyen de l'épingle, et présentez-le à la flamme d'une bougie, de manière que la pointe dé cette flamme vienne le toucher. Le verre se fondra et se transformera en globule ; ce sera une vraie lentille qui pourra servir à vos expériences microscopiques. Cette lentille, vous l'enchâsserez dans deux anneaux de cuivre ou de plomb, dont les trous seront justement proportionnés à sa grosseur. Plus le microscope sera petit, plus il grossira les objets.
Si vous ne voulez pas vous donner tout cet embarras , surtout si vous craignez de ne pas réussir , vous pouvez employer un moyen plus facile de vous procurer un bon instrument. D'abord vous pourriez l'acheter tout fait, ce qui couperait court k toutes les difficultés ; mais nous aimons mieux que vous ayez quelque chose à faire, et cela pour deux motifs : pour ménager votre bourse et vous donner de l'adresse. Vous vous contenterez donc d'ache-
ter UD cylindre ou un tube de cuivre de 16 centimètres de longueur et de 8 centimètres de diamètre. En même temps vous choisirez deux verres convexes , c'est-à-dire bombés; la science les désigne sous le nom de lentilles convergentes. L'un de ces verres, appelé V objectif ^ sera placé vers Tune des extrémités du tube , au-devant de l'objet qu*on veut examiner; il forme déjà une image très-agrandie de l'objet. Le second verre, placé vers l'autre extrémité du tube, est appelé YociUairey parce que l'œil s'y applique; il amplifie encore l'image amplifiée de l'objet. Tout à l'heure nous n'avions qu'un micro* scope simple; maintenant nous possédons un microscope composé , dans lequel le grossissement est égal au produit des grossissements des deux verres lenticulaires dont il se compose , c'est-à-dire qu'un objet vu à travers cet instrument est grossi jusqu'à 4096 fois. Que de choses curieuses, combien de petites merveilles on peut contempler ! une goutte d'eau , ou mieux encore une goutte de vinaigre, devient un petit lac dans lequel on voit se mouvoir et s'agiter en tous sens une foule de petits animaux parfaitement organisés. Le simple calice d'une fleur devient pour vous un monde nouveau; le duvet qui couvre l'aile d'un papillon vous frappe d'étonné* ment. Mais si le spectacle qu'on a sous les yeux est fait pour exciter la curiosité , il n'est pas toujours de nature à charmer la vue. La patte d'une mouche paraît comme toute velue, comme hérissée de grands poils et de piquants redoutables ; la trompe d'un faible insecte , cette trompe si délicate qui va puiser le suc des fleurs, prend des dimensions qui lui donnent un aspect très-mena» çant.
Le microscope, qui ne sert qu'à votre amusement, est une belle invention qui a rendu et qui rend encore tous les jours des services signalés à quelques sciences, sur-
tout à l'histoire naturelle. Il a permis de rectifier des erreurs, de dissiper des préjugés, de perfectionner une foule de connaissances , enfin d'étudier l'organisation et les mœurs d'un grand nombre de petits animaux, qui jusqu'alors étaient restés inconnus. Cette étude, pleine d'intérêt, nous montre combien les œuvres de Dieu sont infinies, combien elles sont admirables, depuis ce soleil qui est 1400 mille fois plus gros que la terre, depuis tous ces astres brillants qui roulent dans l'immensité des cieux, jusqu'à ce brin d'herbe qui pousse humblement dans la prairie, jusqu'à ces petits êtres organisés qui vivent par milliers dans une simple goutte d'eau.