‹ Jeux des adolescentsChapitre 8 sur 48 · Autant d'hommes , autant de sentiments · texte numérisé non relu

Autant d'hommes , autant de sentiments

parce qu'il est plus amusant que les autres, et c'est Ih un mérite incontestable.

LaBalte au csmp ou Balle empOtsounée admet un asseï grand nombre de joueurs, dix, douze et même plus, maia toujours en nombre pair. Les deux plus forts, en d'autres termes les deux écoliers qui passent pour Ëlre les plus habiles , choisissent alternativement leurs partenaires ou associés parmi ceux qui se sont présentés pour prendre part au jeu. -Moi, dit le premier chef (celniàquile sort a donné le droit de faire le premier son choix), moi, je

prends celui-ci. — Elmoi, dit le second chef, celui-lb. — Et moi, Louis. — Et moi, Georges. — El moi, Edouard. — Et moi, Gaston.» Et ainsi de suite, ju^u'à ce que la liste des joueurs soit épuisée. Il se forme ainsi deux partis, chacun d'un nombre égal de joueurs, et de joueurs d'égale force, ou h peu près. Maintenant, messieurs les joueurs, faites vos préparatifs. D'abord, h l'une des extrémités de l'emplacement que vous avez à votre disposition, tracez un camp iri trop grand ni trop petit, carré, si vous voulez, arrondi en demi-cercle, si vous l'aimez mieux; peu im-

porte, la forme n'y fait rien. Vous n'êtes pas non plos embarrasses pour le tracé de votre camp : un couteau, un morceau de bois, une pierre , sont des instruments qui TOUS suffisent, vous le savez mieux que personne, pour tracer des raies droites ou courbes sur la terre. Hors du camp, marquez quatre ou cinq buts convenablement espacés, à une égale distance à peu près l'un de l'autre, et sur la limite qui borne de tous côtés votre emplacement : le premier et le dernier seront nécessairement les deux buts les plus rapprochés du camp. Maintenant, tirez à la courte paille ou employez tout autre moyen pour savoir quel est celui des deux partis qui occupera le premier le camp. Vous que le sort a favorisés , prenez donc possession de ce camp si envié ; vous , pauvres joueurs à qui est échue en partage la nécessité de trimer (c'est le terme consacré), dispersez-vous dans la plaine , si vous êtes à la campagne , dans la cour , si vous êtes entre quatre murs; placez-vous k une certaine distance les uns des autres, les uns plus rapprochés, les autres plus éloignés du camp, et attention! le jeu va commencer.

Pendant qu'un des joueurs qui sont maîtres du camp s'avance et s'arrête à la limite , la jambe tendue, la main' droite un peu rejetée en arrière et prête k recevoir la balle, un des joueurs du parti opposé, venant se placer en face de lui et k une distance de huit ou dix pas, lui sert la balle, qui, vivement relancée par notre joueur du camp et suivant l'impulsion qu'elle a reçue, tantôt décrit une ligne courbe dans les airs, tantôt rase la terre. Pendant ce temps notre j oueur a quitté le camp et s'est dirigé de toute la vitesse de ses jambes vers le premier but k droite, observant toutefois d'un rapide coup d'œil la marche de la balle et les mouvements de ses adversaires : il voudrait, si c'était possible sans se faire prendre, fournir une se-

conde course et arriver au second but. Mais la balle a été déjà ramassée, et force lui est de rester au poste qu'il occupe. Alors vient le tour d'un second joueur du camp; on lui sert la balle comme au premier joueur, et, comme celui-ci, après l'avoir relancée, il a gagné le premier but, tandis que son camarade fuit au second et y fuit de toute nécessité, le même but ne pouvant jamais être occupé en même temps que par un seul joueur. Cette fois encore la balle a été promptement arrêtée dans sa course vagabonde, lestement ramassée, et nos deux joueurs sont tenus en respect à leur poste. Â vous, troisième joueur du camp, et distinguez>vous par un coup d'éclat, par un coup de maître. Très-bien : la balle que vous avez accueillie d'un si vigoureux coup de bras a passé par-dessus la tête de tous vos adversaires, et les oblige à courir encore assez loin avant qu'elle puisse être rattrapée. Aussi voyez, les deux premiers joueurs vos associés ont eu le temps de toucher tous les buts qui leur restaient à parcourir et sont rentrés au camp; et vous, grâce à ce coup si bien joué, vous voilà arrivé en une seule traite au troisième but.

Jusqu'ici tout s'est bien passé pour, les heureux possesseurs du camp; mais, comme dit un poète.

Le sort a ses faveurs ainsi que ses disgrâces.

Voici le quatrième joueur du camp qui se présente pour qu'on lui serve la balle. Moins habile ou moins heureux que ses camarades, il ne la frappe que du bout des doigts : il s'empresse de fuir ; mais le servant s'est aussi empressé de ramasser la balle qui est tombée à quelques pas de lui, et qui, lancée d'une main sûre, va frapper en plein dos le fugitif avant qu'il ail atteint le but. Aussitôt c'est à qui, parmi les joueurs qui n'étaient pas possesseurs du camp, y arrivera le plus vite pour s'y réfugier

comme dans un asile inviolable : car, si le fagttif qui' tout à rheure a été frappé par la balle avait non-seule* ment le temps de la ramasser et de la lancer, mais aussi la chance d*atteindre quelqu'un de ses adversaires avant que celui-ci fût rentré dans le camp, il remettrait ses camarades et lui-même en possession de ce camp qu'ils viennent de perdre. Mais non, il faut se résigner; le camp est bien perdu , et nos gaillards qui tout à Fheure avaient le plaisir de faire trimer leurs adversaires vont trimer à leur tour jusqu'à ce que les chances de la fortune viennent de nouveau intervertir les rôles.

Nous devons maintenant indiquer les principales règles relatives à ce jeu , et mentionner quelques circonstances que nous avons à dessein passées d*abord souà silence, pour ne pas couper la description ou Tembarrasser par de longues parenthèses. Nous avons dit que les joueurs maîtres du camp en sont dépossédés lorsque l'un d'eux est frappé par la balle, dans le trajet qu'il parcourt soit du camp au premier but, soit du dernier but au camp, soit enfin d'un but è un autre. Ils en sont également dépossédés si la balle, après avoir été relancée par l'un d'eux, est reçue et prisée la volée par les adversaires, c'est-àdire avant qu'elle ait touché le sol. Jusqu'ici on voit bien pourquoi ce jeu a été désigné sous le nom de Balle au camp, mais rien ne fait encore soupçonner le motif qui lui a valu aussi le nom de Balle empoisonnée. Ceci demande une explication. Les joueurs qui possèdent le camp ont le droit, lorsqu'ils sont à un but ou qu'ils courent d'un but à un autre, de repousser avec le pied et de rejeter aussi loin que possible la balle qui, en roulant sur la terre, vient à leur portée ; mais sous aucun prétexte ils ne peuvent la toucher avec la main : elle est empoisonnée pour eux, et, s'ils violent cette loi, ils perdent le camp, à moins que le coupable ne se lave de la souillure qu'il a contractée

»n frappant avec ladite balle un de ses adversaires avant me celui-ci ait atteint les limites du camp.

£nfin pous dirons qu'il y a dans la pratique de ce jeu, Domme dans celle de la plupart des autres jeux, des ruses et des finesses qui, quoique bien connues et souvent répétées, ne laissent pas que de réussir. Ainsi le joueur du camp, au moment où il s'apprête à relancer la balle qui lui est servie, paraît se préparer à un grand effort; mais, quand il voit les adversaires trompés par cette ruse s'éloigner à une plus grande distance, il ne donne qu'un léger coup à la balle, qui s'arrête ainsi à moitié chemin , et , avant que les autres soient arrivés pour la ramasser, notre joueur a eu le temps d'arriver au but. D'autres fois, employant une ruse contraire , s'il s'aperçoit que les adversaires se sont un peu trop rapprochés du camp, il usera de toute la vigueur dont son bras est doué pour, relancer la balle le plus loin possible. Tel autre joueur, peu sûr de lui-même, ne touchera que faiblement la balle , mais de manière à la diriger sur la route qu'il doit parcourir lui-même en allant à son premier but, et, tout en courant, il trouvera moyen de lui adresser un coup de pied qui l'éloignera de sa personne et de la main de ceux qui sont accourus pour la ramasser. Toutes ces petites finesses , et d'autres encore que l'usage et la pratique font connaître, réussissent souvent, comme nous le disions tout à l'heure; mais assez souvent aussi elles tournent contre ceux qui en font usage , et deviennent la cause de leur perte. En général , les bons joueurs ont un jeu plus franc, plus net, plus noble : ils relancent hardiment la balle qui leur est servie , s'efforçant toujours de la frapper de manière à la faire filer y comme on dit, plutôt plus bas que plus haut, pour ne pas donner aux adversaires la chance de la recevoir à la volée, ce qui leur transmettrait la possession du camp.

11 y a une autre manière de jouer à la Balle empoisonj née, une autre méthode que nous ne pouvons nous dû penser de décrire en peu de mots, parce qu*elle est queU quefois mise en pratique. Ici il n*y a plus deux partisj deux camps comme tout à Theure ; il y a un certain noi bre de joueurs, nombre indéterminé, et chacun joi pour soi de la manière suivante : Un des joueurs jette 1| balle en l'air en désignant celui de ses camarades qi doit la recevoir; le joueur ainsi appelé prend la balle ai vol ou au premier bond, et k son tour il jette la balie ei Tair en désignant tel autre de ses camarades qui doit faii ce qu'il vient de faire lui-même. Celui qui n'a pas Yt dresse de saisir la balle au vol ou après le premier bon< est marqué d'un point, à moins toutefois qu'il ne soit assez leste pour ramasser promptement la balle et assez adroit pour en frapper un de ses camarades ; c'est alors celui-ci qui est marqué, et c'est aussi le joueur marqué qui jette la balle en l'air en désignant celui de ses camarades qui doit la recevoir. Tout joueur marqué de trois points est hors du jeu. Le gagnant est celui qui reste le dernier sans avoir été marqué ou qui a été marqué seulement d'un ou de deux points , tandis que les autres joueurs ont tous pris trois points. Les perdants doivent subir à tour de rôle la même punition infligée par le gagnant : ils sont condamnés à être fusillés à coups de balle, et nous verrons tout à Theure, dans le jeu de la Balle aux pots, comment se fait cette exécution.

Cette seconde manière déjouer à la Balle empoisonnée n'est pas à beaucoup près aussi amusante que la première. Il lui manque cet entrain et cette animation qui font donner justement la préférence à sa rivale , parce qu'avec celle-ci l'intérêt est constamment soutenu depuis le commencement jusqu'à la fin.

Les récits des voyageurs qui ont visité dans le cours

%lu dernier siècle les vastes contrées de l'Amérique septentrionale nous apprennent que les Indiens, c'est-àdire les peuples sauvages désignés sous ce nom, sont passionnés pour le jeu de la Balle au camp. Ils se servent de balles de peau de daim, bourrées du poil de l'animal et cousues avec du fil fait de ses tendons. Comme l'espace est ce qui leur manque le moins , ils organisent des parties qui comptent jusqu'à deux ou trois cents joueurs de chaque côté. Ils courent avec une vitesse si prodigieuse, racontent ces mêmes voyageurs, qu'ils franchissent en un cliu d'oeil l'espace considérable qui sépare deux buts , et leur adresse est telle que , pendant toute la durée d'une partie , la balle ne touche pas une seule fois la terre et passe avec une merveilleuse rapidité d'une main à l'autre pour arriver aux mains de celui qui la sert. Que vont dire nos écoliers en lisant ces hauts faits? Ne *vont-ils pas de dépit cacher leurs balles et renoncer à leur jeu favori? Qu'ils s'en gardent bien et qu'ils continuent à s'amuser, sauf à être un peu moins habiles que des sauvages. Et puis, s'il faut tout dire, il y a quelque chose qui peut les consoler : récits de voyageurs ne sont pas toujours paroles d'Évangile, et nous ferions bien peut-être, pour ce qu'ils nous racontent, d'en rabattre au moins de moitié.

i^a Balle aux pots. Voici encore un jeu auquel on donne quelquefois le nom de Balle empoisonnée; mais nous lui conserverons son vrai nom , le seul qui lui convienne , parce qu'il fait connaître en quoi principalement il consiste , et nous indiquerons les règles qui sont le plus habituellement suivies.

Auprès d'un mur, ou , à défaut de mur, auprès d'une barrière (nous supposons pos joueurs prenant leurs ébats dans une cour, dans un préau), on creuse dans la terre neuf trous disposés sur trois lignes parallèles, aussi

bien dans le sens horizontal que dans le sens vertical, formant un carré; c'est dire que les trous doivent autant que possible à une égale distance les uns des ai très : cette distance est d'environ 30 centimètres , peu plus, un peu moins. Ils auront en outre une ouvei ture et une profondeur suffisantes pour qu'une balj puisse y entrer facilement. A la distance d'un mètre deux des trous appelés pots, on trace sur la terre né ligne ou raie qui les enveloppe : voilà le camp tracé] avec sa limite nettement indiquée parla ligne. Enfin, avant et en face des pots , à une distance de trois 01 quatre mètres au plus , on trace une ligne sur laquelle doit se tenir le joueur chargé de rouler la balle.

Ces préparatifs terminés, les neuf joueurs (car il ne peut pas y avoir plus de joueurs qu'il n'y a de pots) . choisissent chacun un pot, ou plutôt, pour éviter toute discussion, ils font décider par le sort à qui appartiendra « tel ou tel pot, et chacun doit se rappeler exactement quel est le pot que le sort lui a donné. C'est encore au son qu'est laissé le soin de désigner le joueur qui le premier roulera la balle. Celui-ci se place sur la raie tracée en face des pots : les huit autres joueurs sont autour des pots, à la limite du camp, et les règles du jeu exigent qu'ils aient toujours un pied sur celte limite. Les voilà tous attentifs à ce qui v« se passer, prêts à fuir ou h rester, selon les circonstances. Le rouleur roule la balle, qui, après s'être promenée lentement au milieu des pots, tombe dans l'un d'eux. Le joueur à qui ce pot appartient ramasse la balle aussi promptement qu'il le peut pour en frapper un de ses camarades. Mais ceux-ci ne sont pas restés là les jambes croisées; ils ont pris la fuite aussitôt qu'ils ont vu la balle s'arrêter dans un pot autre que le leur, et ils sont déjà loin. Aussi notre joueur du camp n'a pas jugé à propos de lancer la balle; il attend une

-^^,^s^^ 63 Qssss^ occasion favorable. Les fugitifs se rapprochent de lui peu A peu, ils s'euhardissenl, ils viemient le narguer; Tun se mel h danser k vingt ou trente pas de lui pour l'exciter à lancer la balle; l'autre vient en courant passerencore plus près et tenter l'aventure; celui-ci, place à une distance respectable, se croise les bras et s'engage à rcRler immobile si on veut le viser ; celui-là , se glissant furtivement k droite et k gauche, comme un vieux renard qui rMe autour d'un poulailler, cherche & s'introduire dans le camp , où il sera à l'abri des coups de la fortune. Enfin

le joueur qui tient la balle en main se décide; il avise un camarade qu'il croit pouvoir atteindre plus facilement que les autres, il lance la balle contre lui; mais le camarade a fait un léger détour, et la balle pusse sans l'avoir touché. Cette maladresse est marquée d'un point; on met une petite pierre ou un brin de paille dans le pot du coupable, qui devient rouleur à son tour. La balle est donc roulée de nouveau. Où va-t-elle s'arrêter cette fois? elle semble hésiter, elle a déjà efUeuré trois ou quatre pots, et la voilà qui tombe justement dans le pot du rouleur. Aussitôt nos joueurs attentifs, qui étaient, comme la pre.mière fois.

rangés autour du camp, se bâtent de fuir ; mais le rouleur, qui a une faute à réparer, n'est pas moins attentif , et U balle, lestement ramassée, adroitement lancée, va frapper en plein dos un des fugitifs, qui n*a pu rien faire pour éviter une atteinte h laquelle il ne s'attend pas. Le joueur ainsi frappé est marqué d'un point, et c'est à lui de rouler la balle. Pendant que la partie se continue de cette manière , le nombre des pots encore vides de toute petite pierre diminue peu à peu ; en même temps le nombre de ces petites pierres dans le même pot s'accroît en proportion des fautes commises par le possesseur de ce pot. Tout joueur est marqué, comme on l'a déjà vu, lorsque, tenant la balle en main, il la jette contre un autre joueur qu'il ne réussit pas à frapper, ou bien lorsqu'il est frappé lui-même par la balle qu*un autre a lancée. Celui qui, étant chargé de rouler la balle, ne parvient pas en trois coups à la faire entrer dans un des neufs pots, prend également une marque. Mentionnons encore quelques circonstances. Nous avons dit qu'au moment où la balle roulée tombe dans un des pots, tous les joueurs s'enfuient, excepté, bien entendu, celui à qui le pot appartient; et ils s'enfuient, non pas seulement parce qu'ils veulent éviter, si c'est possible, l'atteinte de la balle, mais encore parce que la règle du jeu les y oblige. Ainsi, supposons qu'un joueur ne soit pas parti avec les autres, que le retard qu'il a mis à s'échapper et la crainte d'être alors k peu près certainement frappé de la balle le retiennent encore au camp, où il n'a plus le droit de rester, il faut qu'il déguerpisse, il faut qu'il se soumette à la loi commune. Seulement il a le droit de faire trois pas à partir de la limite du camp, avant que le joueur qui est armé de la balle et qui le tient en arrêt, comme un pauvre lièvre surpris au gîte par le chien du chasseur, puisse lancer la balle contre lui. Il est bien rare dans ces cas-là que le lièvre échappe, à

moins que le cbasseur ne sache pas du tout son métier* N'oublions pas de dire que le rouleur est exempté de l'obligation de fuir imposée aux autres joueurs, et que celui qui possède la balle peut , soit la lancer contre les fugitifs aussitôt qu'il l'a ramassée dans le pot, soit la garder à sa convenance pour attendre une occasion meilleure. Dans le premier cas, il doit lancer la balle sans dépasser la limite du camp; dans le second, il a le droit de faire trois pas hors de cette limite, et d'attendre là l'occasion favorable qu'il a voulu se ménager.

Tout joueur qui a pris trois marques est hors du jeu ; c'est une victime réservée pour le sacrifice. Le pot du joueur qui devient ainsi simple spectateur est marqué de deux petits bâtons mis en croix, ou bien on le comble au moyen d'un peu de gravier. Peu à p^u le nombre des victimes s'augmente, et enfin il ne reste plus que le gagnant, le vainqueur des vainqueurs, celui qui n'a pas été marqué ou qui n'a pris que deux marques au plus dans tout le cours de la partie. C'est le grand prêtre qui va immoler toutes les victimes Tune après l'autre. Le supplice qu'elles doivent subir s'appelle la fibsUlade : l'instrument du supplice sera la balle. La première victime est, selon toute justice, le joueur qui le premier s'est fait mettre hors du jeu. Il va se placer près du mur, la face tournée vers ce mur, et jette la balle par-dessus son épaule et aussi loin qu'il le peut. Cela fait , il croise les bras sur la poitrine, baisse la tête et attend. Le vainqueur prend position à l'endroit où la balle s'est arrêtée sur la terre, et, s' armant de ladite balle, il fusille trois fois le condamné; mais il ne doit le frapper que dans le dos ; s'il l'atteint dans toute autre partie du corps , il se met à la place du condamné pour recevoir de la main de celui-ci et de la même distance trois coups de balle. Chacun des perdants vient à tour de rôle se soumettre aux

mêmes épreuves, qu'ils subissent rarement en entier. Le vainqueur se montre généreux et n'use pas de tous ses droits : il remet aux condamnés une partie de leur peine, et le plus souvent la fusillade se borne pour chacun d'eux à un coup de balle.

Il y a quelques variantes dans le mode d'exécution. Ainsi les condamnés, au lieu de jeter simplement la balle par-dessus leur épaule , doivent la jeter contre le mur, et c'est toujours à l'endroit où elle s'arrête après avoir rebondi et roulé que se place le vainqueur. D'autres fois ce n'est pas le dos que les % perdants présentent aux coups de la balle, c'est le bras droit étendu le long du mur, et le gagnant ne doit frapper que le bras ou la main qui est au bout ; tout le reste du corps , tête , dos, jambes , est défendu sous les peines précédemment énoncées. Il faut dire aussi que le jeu peut être joué d'une autre manière en ce qui concerne les perdants et le aagnant. On convient quelquefois qu'il n'y aura qu'un perdant, et que ce sera le joueur qui le premier aura pris trois marques. Tous les autres joueurs, qu'ils soient marqués ou non , sont alors gagnants et fusillent à tour de rôle le perdant, qui conserve toujours le droit d'infliger la même peine à celui qui le frappe dans une autre partie du corps que celle qui a été désignée d'avance. Il est inu^ tile d'ajouter que, si la partie de balle aux neuf trous ne peut jamais admettre plus de neuf joueurs , elle peut toujours se jouer avec un plus petit nombre. On ne conserve alors que les pots choisis par les joueurs, en nombre égal au leur, et on comble tous les autres.

Le jeu de la Balle aux pots est , dit-on , fort en usage chez les Anglais , qui nous prennent assez volontiers ce que nous avons de bon , sauf à le perfectionner. Toutefois, ils ont apporté à ce jeu une modification qui ne nous semble pas heureuse. Les joueurs , au lieu de se donner

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la peine de creuser ueuf petits trous dans la terre , ranr gent leurs chapeaux sur trois lignes , trois sur chaque ligne y et forment ainsi les neufs pots. La balle alors ne peut plus être roulée ; elle est lancée ou bloquée dans les chapeaux. On ne comprend pas trop quels sont les avantages que présente cette manière d'établir le jeu. D* abord il est plus difficile d* aller saisir la balle au fond d'un chapeau qu'à la surface du pot tel que nous le connaissons ; ensuite cet attirail est un embarras pour les joueurs qui parviennent à rentrer au camp et qui y rentrent toujours précipitamment; enfin les chapeaux doivent se trouver assez mal de ce maniement continuel , sans compter les coups de pied et les coups de balle auxquels ils sont exposés dans Tardeur du jeu. On serait tenté decroireque cette manière de procéder a été imaginée par les chapeliers, dont elle sert assez bien les intérêts.

On doit nous excuser d'avoir décrit longuement les trois premiers jeux de balle , parce que ce sont les plus importants, ceux que nous avons habituellement pratiqués quand nous étions jeune, ceux que la jeunesse préfère encore aujourd'hui à tous les autres. Du reste, ce sera notre méthode de donner en général à nos descriptions des développements assez étendus et d'entrer dans des détails peut-être un peu minutieux, mais jamais tout à fait inutiles. Nous croyons que c'est le seul moyen de faire cotinaître exactement et de bien faire comprendre les règles et les combinaisons des jeux aux lecteurs qui sont encore peu familiarisés avec eux, et que c'est aussi le meilleur moyen d'intéresser et de captiver ceux qui les connaissent et qui les pratiquent déjà depuis longtemps.

Avant de passer aux jeux de balle moins importants que nous avons encore à faire connaître, nous dirons quelques mots de deux jeux, dont l'un se rapporte à la Balle au camp, et dont l'autre a une grande analogie avec

la Balle aux pots. Dans ces deux jeux, connus sous les noms de Balle au bâton et de Balle à la crosse, le bâton joue son rôle conjointement avec la balle. •

La Balle an bAtoii. Les instruments employés à ce jeu sont une balle ordinaire et un seul bâton dont les joueurs se serviront tour à tour. Ce bâton de moyenne longueur, assez gros, est appelé tèque en Normandie, où ce jeu est principalement en usage. On marque trois buts : d'abord le but principal, oîi se tient le joueur en débutant et où il doit revenir, ensuite le petit but et le grand but , celui-ci plus éloigné que Tautre du but principal. On tire au sort pour savoir quel est celui des joueurs qui jouera le premier, et le rang dé cbaque joueur est aussi déterminé d'avance de la même manière.

Tous les joueurs se dispersent çà et là , plus ou moins éloignés du but principal, excepté le joueur qui a été désigné le premier et qui va se placer k ce but, tenant la balle de la main gauche et le bâton de la main droite. Il jette la balle en l'air, et , la recevant sur le bâton, il la repousse et la lance aussi loin que possible. Aussitôt il abandonne son bâton et court de toute la vitesse de ses jambes d'abord au petit but, ensuite au grand but , et revient enfin au but principal, si on lui en donne le temps. Mais, au moment où il a quitté le but principal, les autres joueurs ont couru après la balle; l'un d'eux l'a ramassée et se tient prêt à en frapper le coureur : du reste, il n'en a le droit que lorsque celui-ci se trouve dans l'un des intervalles qui séparent les trois buts. Aussi il est rare que le coureur accomplisse sa tâche entière en une seule traite ; il s'arrête le plus souvent soit au premier, soit au second but, dans la crainte d'être atteint s'il essayait de franchir un plus long espace. Dans ce cas, le joueur que le sort a désigné pour être le second en rang se place au but principal , s'arme du bâton comme

a fait le premier el laac« la balle de Ici inâme manière. Il court rapidement au petit but , que le premier joueur a dû abandonner s'il s'y était arrêté, et tous les deux contÎDuent leur course tant qu'ils croient avoir ta chance de la poursuivre avoc succès, mais toutefois sans qu'ils puissent s'arrêler ensemble au même but, si ce n'est, bien entendu, au but principal, quand ils y arrivent l'un et l'autre sans accident fâcheux. Dans ce cas , la partie se

continue comme il a élé déjà dît, le premier joueur lançant de nouveau la balle el de nouveau courant aux buts. Si, au contraire, l'un des joueurs a été atteint de la balle pendant le trajet d'un but à un autre, c'est au joueur qui l'a frappé que revient le droit de se placer au but principal el de lancer ta balle avec te bâton.

Ce jeu, comme on le voit, rappelle, dans plusieurs de ses règles et de ses circonstances, le jeu de la Balte au camp; mais, comparé & celui-ci, il nous semble lui éire bien inférieur : il n'en a pas l'allure franche el décidée; il est moins varié dans ses combinaisons, el surtout

moins anime, parce qu'il n'y a pas lutte entre deux partis.

La Balle à la erosse. Nous avons déjà dit que ce jeu

a une grande analogie avec le ^jeu de la Balle aux pots. En effet, comme pour celui-ci , on creuse neuf trous ou pots, semblables, pour la forme et la grandeur,, à ceux dont il a été parlé précédemment, mais beaucoup plus espacés entre eut. En outre , ici chaque joueur e^st armé d'un bâton recourbé à son extrémité inférieure et terminé par un nœud naturel appelé cro^^e , ce qui a fait donner le nom de crosse au bâton lui-même. Les joueurs, après avoir tiré au sort le pot qui doit leur appartenir, et fait décider de la même manière quel est celui d'entre eux qui fera le premier l'office de routeur, vont se placer auprès des pots , chacun gardant le sien au moyen du bâton qu'il y tient enfoncé. Le rouleur, partant du but tracé à quelques ifiètres de distance, s'avance vers les pots en roulant la balle, non pas avec la main, mais avec la crosse dont il est armé comme les autres. Il conduit ainsi peu à peuia balle tout près l'un des pots , où il cherche à l'introduire pour devenir possesseur de ce pot. Le joueur qui voit sa prppriété menacée la défend en repoussant la balle avec son bâton ; mais il faut qu'il exécute cette manœuvre avec autant d'adresse que de promptitude et qu'il reprenne aussitôt sa première position ; car, si le rouleur sait profiter du moment très-court où le pot qu'il attaque reste vide , et s'il parvient à y introduire son bâton , il demeure maître de la place, et le vaincu devient rouleur. Tous les joueurs ont le droit de venir au secours d'un camarade dont le pot est attaqué par le rouleur et de repousser la balle avec leur bâton ; mais, tout en cédant à ce sentiment bien naturel , ils ne doivent pas cesser de veiller à leurs propres pots , parce que le rouleur a aussi le droit de prendre possession du premier pot venu qui

se trouve vide : si donc le routeur parvient k mettre sa crosse dans un trou que le maître n'a pas assez bien surveillé, il garde sa conquête, et l'imprudent ainsi dépossédé est condamné à son tour h faire l'ofSce de routeur, jusqu'à ce qu'il soit assez habile peur réparer son échec par la prise d'un autre pot.

Le jeu de la Balle à la crosse, k en juger par une sim-

. pie description, parait au premier abord assez amusant,

et le maniement des b&tons semble devoir lui donner un

attrait particulier qui le recommanderait à ta sympathie

des joueurs. Iffais , si l'on y réfléchit bien , on trouvera qu'il ofi're plus d'inconvénients que d'avantages. D'abord il nous semble difficile qu'il n'y ail pas confusion parmi ces joueurs assez nombreux qui , réunis sur un petit espace autour des pots, doivent à chaque instant se heurter .et s'embarrasser tes uns les autres. Les bâtons, tout aussi nombreux que les joueurs , viennent encore, par leurs mouvements en sens divers , ajouter à cet embarras. Supposons en outre, ce qui arrive quelquefois, qu'il s'élève une discussion , une dispute ; tel joueur, un peu

trop enclin à s'emporter, à céder à un premier meuve» ment, ne sera-t-il pas tenté de faire un mauvais usage de ce bâton ? Une tape , un léger coup de poing donné ou reçu, passe encore ; mais un coup de bâton , c'est autre chose. Du reste , le jeu de la crosse n'est pas un jeu national; il n'a pas pris naissance dans notre pays, où il s'est peu acclimaté : il est d'importation étrangère , il nous vient des Anglais, chez lesquels il est connu sous le nom de cricket. Les Anglais sont passionnés pour le cricket, qui se joue de bien des manières et qui est soumis à des règles fort compliquées, dont nous n'avons pas. Dieu merci, à nous occuper.

Il y a quelques jeux de balle moins importants que ceux qui viennent d'élre décrits, plus simples dans leurs combinaisons, n'exigeant pas la même action de la part des joueurs, mais qui par cela même peuvent encore offrir un passe-temps assez agréable , lorsque la chaleur se fait vivement sentir et que les écoliers sont peu disposées à se doAner beaucoup de mouvement. Tels sont les jeux de la Balle à la riposte, de la Balle en posture, de la Balle au chasseur et de la Balle cavalière. Nous dirons un mot de chacun de ces quatre jeux.

La Balle à la riposte. La Balle à la riposte, qu'on appelle aussi la Balle au clmi ou la Balle aux ricochets ^ est le plus simple et le plus facile de tous les jeux de balle. Les joueurs, en nombre indéterminé, se placent à une certaine distance les uns des autres , et de manière à former un grand cercle. L'un des joueurs, celui que le sort a désigné pour commencer le jeu, lance la balle au camaradequi est son plus proche voisin à droite, lequel doit la recevoir de volée et la faire passer également à son voisin de droite, et ainsi de l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'elle revienne entre les mains du premier joueur. Celui-ci continue le jeu, mais cette fois il commence par envoyer la

balle k son premier voiBin de gauche. Au troisième tour il laoce au premier venu, & celui des joueurs qu'il désigne du geste et de la voix; celui-ci la reçoit et la renvoie à un autre camarade qu'il désigne également et qui agit de même à l'égard de tout autre joueur : c'est un ricochet continu, dans lequel on ne rend jamais la balle au joueur qui vient de la lancer. Tout joueur qui ne reçoit pas la balle, qui la laisse tomber & terre, ou qui, par inadver-

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