FEUX
J'ai eu une quinte tout à l'heure et j'ai rendu un flot de sang. Ils étaient si bien en train de causer que je n'ai pas voulu les déranger... Je me suis tourné vers le mur... C'est fini.
NORBERT Mon ami!
FÉLIX
Je ne veux pas vous attrister. Je veux vous prévenir afin que vous envisagiez la chose. Le médecin ne viendra pas, ou, s'il vient, il viendra trop tard. Que ferezvous ici avec un mort?
NORBERT
Ce sont des idées de malade. — Mais soit ! si vous devez mourir, mon bon ami, j'ai double raison de vous assister, par saint Jacques !.. — Ils ne se doutaient pas que vous alliez mourir, au moins }
FÉLIX
Oh non ! — Merci, Norbert. J'aurai donc jusqu'au bout la compagnie d'un homme... Exoutez-moi. (Grave.) Vous fermerez mes yeux, vous croiserez mes bras : vous placerez sur ma poitrine cette petite croix et ce linge sur mon visage; puis vous vous en irez, Norbert, promettez-le-moi !.. Vous irez rejoindre les autres. Je serai là conmie un ermite, dans la grande forêt, et je n'aurai plus peur.
NORBERT
Félix, je ferai mon devoir. Voilà ce que je puis vous dire... — si le bon Dieu m'aide à le faire et si la peur aussi ne me prend pas. Car, au fond, je ne suis pas brave.
FÉLIX
Oh! vous ne savez pas comme vous me consolez, Norbert, et comme je me sens bien et rassuré auprès de vous !
NORBERT Ne parlez pas.
FÉLIX
J'ai pourtant encore quelque chose à vous dire.
NORBERT Quoi, Félix?
FÉLIX, bas
Pardonnez-moi.
Vous ne m'avez rien fait.
FÉLIX Si! si! — J'ai ri de vous avec les autres...
NORBERT Je prête à rire, je le sais.
FELIX J'ai dit que vous étiez peureux...
NORBERT Je le suis, en effet.