LA COMTESSE, L’AMIRAL, SERVIÈRES
SERV1ÈRES , à part, au fond, regardant du côté oit Édouard est sorti.
Quel est donc ce jeune homme qui était ici avec la comtesse?
L’AMIRAL, à Scrvières.
Arrivez donc, mon cher, que diable! vous avancez comme une recrue au premier feu! tenez, l’entretien est déjà terminé... c’est bon signe!... (Aia comtesse.) Eh bien, ma chère amie, est-ce affaire conclue? la petite a-t-elle dit oui? à quand le tabellion ?
LA COMTESSE
Je regrette que monsieur le chevalier vienne chercher luimême une réponse...
l’amiral.
C’est moi qui l’ai ramené, vous le voyez bien... ah çà! mais que dois-je comprendre à votre embarras?
LA COMTESSE
Ce que j’avais prévu , mon ami , Clotilde ne songe pas à sc marier.
Ah!
* l’amiral.
Bon , bon, nous connaissons cela... n’ayez pas peur, Servières... ces petites filles commencent toujours par faire des façons... soit! nous lui donnerons deux jours... et si elle ne comprend pas son bonheur, eh morbleu ! nous saurons bien l’y contraindre.
LA COMTESSE
La contraindre ! (Avec fermeté-) Eh bien, non. Monsieur.
l’amiral.
Qu’est-ce à dire?
Ce ton-là vous étonne et vous blesse?
l'amiral.
En effet, c’est la première fois.
LA COMTESSE
Écoutez-moi, Monsieur : en tout ce qui me regarde, quoi qu’il arrive , vous me trouverez toujours prête, comme par le passé, à vous complaire, à vous obéir... mais pour Ciotilde !... j’ai juré à votre sœur à son lit de mort de rendre sa fille aussi heureuse que si le Ciel même me l’avait donnée... Le serment que j’ai prêté, je le maintiendrai; les droits que j’ai reçus... je les ferai valoir... contre tout le monde... contre vous-même...
l’amiral.
Madame, vous l’oseriez?
LA COMTESSE
J’ose parler comme le ferait votre sœur, les volontés d? son enfant seront libres.
l’amiral.
Vous voulez donc me pousser à bout?
SEHV1ÈRE5.
Allons, allons, amiral, calmez-vous, Madame a raison ; à Dieu ne plaise que je veuille abuser de votre amitié, pour contraindre une jeune personne qui m’inspire autant de respect que d’amour; c’est malgré moi, Madame, que cette démarche a été faite si brusquement, permettez-moi seulement d’espérer qu’avec le temps, je parviendrai à mériter les bonnes grâces de mademoiselle Clotilde.
LA COMTESSE
C’est parler en galant homme, monsieur le chevalier.
SERVIÈRBS.
Oh ! je n’ai pas de rancune, et je veux vous le prouver.., monsieur le comte m’avait invité à déjeuner... Eh bien, je reste.
LA COMTESSE
Ou n’est pas plus aimable. (On a apporté une table servie.)
SERVI ÈRES, à part.
Ah!... c’est de la comtesse que tout dépend... parbleu!... je saurai si c’est elle... que Dieu le veuille !... je la forcerai bien alors à me servir.
l’amiral.
Allons, à table.*, votre nièce est-elle avertie?
LA COMTESSE
Elle est un peu souffrante ce matin.
l’amiral.
Une bouderie!... à l’intention du chevalier... heureusement