‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 49 sur 100 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

il ne se décourage pas facilement. Quant à Édouard, nous ne l’attendrons pas.

SERVlÈRES.

Quel est ce monsieur Édouard ?

l'amiral.

Mon secrétaire... un jeune homme de beaucoup de mérite... qui est auprès de moi depuis deux ans.

SERVlÈRES.

Ah! (A part.) Celui que j’ai aperçu tout à l’heure.

l’amiral.

Je m’occupe avec lui de rédiger mes mémoires... vous verrez cela... vous y lirez certaines actions brillantes de ma jeunesse... Aïe! voilà qui me rappelle mon âge... J'ai mille millions de pointes d’épingles dans les jambes... maudite

gOUtte. (La comtesse s’empresse auprès de lui.)

LA COMTESSE

MOU ami ! (Il s'assied. Les convives ont pris place ; la comtesse à droite du public, Servières à gauche, et l’amiral entre eux, faisant face au public.)

SERVlÈRES.

Si j’exerçais encore/je vous offrirais mes services... mais j’ai oublié ma profession, depuis vingt ans que j’y ai renoncé...

LA COMTESSE

Vous étiez établi en France, Monsieur?

SERVlÈRES.

Oui, Madame, en Bretagne, aux environs de Lorient.

LA COMTESSE, à part.

De Lorient!

l’amiral.

En ce cas, vous devez connaître tout ce pays-là!

SERVlÈRES.

Parfaitement. Je me souviens d’une aventure fort étrange qui m’y est arrivée peu de jours avant mon départ du continent.

l'amiral.

£n vérité ! contez*nous donc cela ; je vous l’ai dit, Madame, le chevalier a un recueil d’anecdotes tout à fait piquantes.

SERVlÈRES.

Je crois que celle-ci est de nature à vous intéresser... Je demanderai à Madame une tasse de thé. (La comtesse lui verse du thé.)

L'AMIRAL, h qui elle offre aussi du thé.

Merci... ni eau chaude, ni eau froide... Je m’en tiens à ce malaga. Eh bien! cette histoire?...

so

SERYIÈRES, tout en avalant du thc à petites gorgées, et en obsorvant la comtesse.

Comme je vous l’ai dit, je demeurais alors tout près de Lorient... une nuit que je dormais profondément, malgré le j temps fort orageux, je fus réveillé par une petite pierre lan- 1 cée contre mes carreaux... j’ouvris ma fenêtre, et je distinguai dans l’ombre un homme qui me conjura à voix basse de • m’habiller bien vite et de descendre... Quoique surpris, je n’hésitai pas, et je fus bientôt auprès de l’étranger, dont la figure était à demi cachée sous un large mouchoir... une voiture nous attendait au détour du chemin; il me fit monter avec lui, et nous partîmes... la nuit était si noire, qu’on ne distinguait sur la route que des masses confuses d’arbres et ^ de rochers. Chemin faisant, l’inconnu me parla vaguement, j et comme un homme fort agité, de son amour pour une jeune S fille de haute condition... confiée aux soins d’une parente... " il avait réussi à la voir secrètement, à se faire aimer d’elle, enfin il l’avait amenée dans ce pays pour cacher à tous les yeux les suites de leur passion imprudente...

LA COMTESSE, h part.

Dieul . «

Pardon, madame la comtesse, si ce récit vous déplaît... .

, l’amiral.

Allons donc ! continuez, chevalier.

Après une heure de chemin, la voiture s’arrêta; nous descendîmes, et suivant des détours à travers les rochers, nous arrivâmes tout à coup devant une petite porte, dont mon guide avait la clef. Il me fit entrer dans un jardin que nous traversâmes en silence; enfin il poussa la porte d’un pavillon faiblement éclairé, où une très-jeune femme voilée, couchée sur un lit de douleur, était près de devenir mère.

LA COMTESSE, très-troublée, à part.

Ah !... c’était lui !

Je demanderai à madame la comtesse une seconde tasse de thé. (La comtesse verse du thé à Servières.)

l’amiral.

Comme votre main tremble, chère amie!

LA COMTESSE

Oui... je ne sais à quoi attribuer...

C’est nerveux... (Prenant la théière.) Si Madame veut bien permettre... (Il verse du thé.)

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