SCÈNE IV
LES MÊMES, JOCELIN.
JOCELIN, entrant; il a une canne à la main pour s’appuyer.
Hein ? on parle de moi, ici !
FLAMBART
Tiens! c’est lui! le voilà!
GASPARD
Jocelin! /
JOCELIN , joyeusement.
Eh ! bonjour, mes amis, mes bons amis; enfin je vous revois ! Y a-t-il assez longtemps que j’étais cloué sur ce lit d’hôpital ! Eh ! voilà la mère Flambart, toujours fraîche et belle, (a Flambart.) Et toi, mon gros, dont l’encolure donne un échantillon de tes baleines! et vous tous, les enfants, à qui j’avais hâte de serrer la main. (Il donne à tous des poignées de main.) Tiens ! c’est le beau-frère... l’ami Gaspard... Eh bien, tu dois être content de me voir sur pied... ça va avancer ton mariage... (Aux autres.) car, vous me croirez si vous vous voulez, je ne pensais là-bas qu’à ces pauvres enfants dont le bonheur attendait ma guérison... (Tout le monde se détourne.) Hein ? qu’estce que c’est? vous ne me répondez pas?
FLAMBART
Allons, allons, viens boire un verre de vin avec nous.
MADAME FLAMBART*
Y penses-tu, Flambart? tu sais bien que ça lui porte à la tête... et le sergent n’est pas encore bien fort.
JOCELIN.
Vous avez raison, mère Flambart, il faut se ménager pour la noce, (a Gaspard.) Eh bien I mon garçon, comment va ma petite sœur, et ma vieille mère, hein?... tout ça en est bonne santé, j’espère, et en bonne humeur?
GASPARD , avec embarras.
Très-bien, monsieur Jocelin, aussi bien que possible, vu les circonstances...
JOCELIN.
Hein? comment? qu’est-ce que tu as donc?
GASPARD
Moi?
* Gaspard, Flambart, Jocelin, madame Flambart.
JOCELIN.
Tu as l’air tout bête ?
FLAMBART
C’est son air naturel.
JOCELIN.
Serait-il arrivé quelque malheur à la famille ?
GASPARD
Non, non, au contraire... c’est-à-dire rien... ou peu de chose... c’est selon...
JOCELIN.
Quel diable d’amphigouri 1 il aura bu un coup de trop... en réjouissance...
GASPARD , bas h Flambart.
Ah ! mon parrain, je vous en prie, contez-lui la chose en douceur.
JOCELIN.
Ah çà voyons ! savez-vous que vous commencez à m’inquiéter?
FLAMBART
Au fait, mon garçon, tu as raison, assez de cachotteries comme ça ; je vais te lâcher le paquet, (a Gaspard qui vent se sauver.) ReSle-là, capon. (Il le retient par le bras.)
GASPARD , bas.
Au nom du ciel, mon parrain, prenez bien des précautions.
FLAMBART, bas.
Oui... oui... des mitaines... Connu, (a Joceiin.) Vlà ce que c’est. Mon filleul dit comme ça que ta sœur a étôenjolée.
JOCELIN.
Hein !
GASPARD, à part.
Patatras! si c’est comme ça qu’il met des mitaines, (n veut
s’en aller.)
FLAMBART, le retenant.
Veux-tu bien rester là !
JOCELIN.
Enjôlée, mille tonnerres !... et par qui?
FLAMBART
Par un crâne officier du régiment de la Reine, nommé...
(a Gaspard.) Comment le nommes-tu ?
GASPARD
Le... le vicomte d’Esgrigny.
JOCELIN.
Le vicomte d’Esgrigny 1 (Passant vers Gaspard.). Et c’est toi qui oses soutenir I...