ACTE V
Enfin, mon cher, que voulez-vous de moi?
VAN BROUST.
Je vais vous le dire, mon cher; faites-moi le plaisir de m’écrire un petit mot d’amitié... là... comme qui dirait une déclaration bien claire... pour reconnaître qu’Edouard Van Broust ne vous a rien volé, que vous lui avez remis de bonne volonté le portefeuille en question, et qu’il ne se doutait pas le moins du monde que des valeurs y lûssenl renfermées..* Voilà tout ce que je vous demande, moi ; ce n’est pas bien difficile.
Comment donc, monsieur Van Broust, c’est la moindre des choses... Si pourtant je refusais de faire une pareille déclaration...
Si vous refusiez?...
Oui.
VAN BROUST.
Alors j’en ferais une autre, moi, qui apprendrait aux magistrats que, dans la nuit du 20 octobre 1763, le comte Léon d’Esgriguy... Qu’avez vous donc, monsieur le chevalier? vous' êtes tout pâle... seriez-vous indisposé?
SERVIÈRES, se remettant.
Je vous écoute.
VAN BROUST.
Le comte Léon d’Esgrigny, dis-je, au milieu de rochers déserts, à peu près comme ceux-ci, fut assassiné par un nommé Maurice Verdier, aujourd’hui chevalier de Servières, qui le dépouilla ensuite de deux cent mille livres que le comte portait sur lui.
SERVIÈRES , qui n’a pas cessé de regarder fixement Van Broust.
Qu’est-ce qui vous a raconté cette belle histoire-là, monsieur Van Broust ?
VAN BROUST.
On ne me l’a pas racontée... je l’ai vue moi-même...
Ah!
VAN BROUST.
La nuit avait été assez mal choisie... caria lune éclairait cette scène... Le hasard, ou plutôt la Providence, fit que je passai au moment où le crime venait d’être commis, et j’eus le temps de reconnaître l’assassin qui s’enfuyait à toutes jambes.
Vous le connaissiez donc déjà?
JOCELIN LÈ «AftDE-COTE.
, VAN BROUST.
C’est possible.... fc’étilit un ex-carabin...
SERVIERES.
Que vous aviez vu peüt-ètre à l’Hôpital militaire de tiennes'?
Possible encore...
* Attendez donc! voilà qui réveille mes souvenirs... Et quel nom signeras-tu au bas de ta déclaration, vengeur zélé du sang des d’Esgrigny? celui de Van Broust, ou celui de Jocelin ?
VAN BROUST.
Celui que tu voudras, Maurice Verdier.
Allons, ne fais pas le fanfaron devant moi; nous sommes à deux de jeu ; et si tu n’as pas dénoncé plus tôt ce meuririer que tu connaissais si bien, c’est que tu avais une raison, et cette raison, la voici : un soldat du nom de Jocelin demeura pendant deux mois à 1 infirmerie de Rennes; à sa sortie de l’hôpitàl, ca»sold;it ayant tue un Capitaine, le vicomte Edouard d’Esgrigny, parbleu ! fut condamné à mort par contumace. Tu vois, mon brave, que tu ne possédés pas seul la mémoire des noms et des dates.
VAN BÙOÜsT.
Et... que veux-tu conclure de tout cola, Maurice Verdier?
Que tu n’auras garde de me dénoncef, ioceliiî.
VAN BROUST.
Tu crois?
• Meurtrier comme moi, tu ne saurais me perdre sans te perdre en môme temps. Donc, ta sûreté répond de la mienne, et je suis parfaitement tranquille.
Tu pourrais te tromper... Etjd’abord, cesse de comparer mon action à la tienne... Ou il n’y a plus ni bien ni mal dans ce monde , ou entre nous deux, Verdier, il y a toute la distance qui sépare l’honnête homme égaré du brigand. Je puis avouer ma faute, moi, une faute d’entrainement, d’ivresse, de colère; je puis mourir la tête haute... car je n’ai pas forfait à l’honneur... L’homme que j’ai tué m’avait insulté dans ce que j’avais de plus cher; il était armé comme moi, il a pu défendre sa vie; je l’ai attaqué en face, au grand jour, et s’il a succombé, c’est que j’ai eu la main plus "malheureuse que lui... Mais toi, Maurice Verdier, tu as assassiné un homme qui te donnait le bras comme à un ami... Tu l’as frappé làcbe-