EPILOGUE
On eût dit que la mort avait fermé le livre;
Mais sa force à ce coup l'avait laissé survivre;
Kt ce fut, je présume, à peu près vers ce temps
Oue je fis sa rencontre à la (in du printemps,
Qu'un premier entretien confondit nos deux âmes.
Et ((ne. du premier jour, tons dent nous nous aimàme.N.
Depuis ce moment-là jnstiu'à ses cheveux hiancs,
A sa maison de paix je montais tous les ans.
Elle était à mon cœur une source d'eau bonne.
Qu'on sait dans les rochers sans la dii'e à personne.
Et que dans sa mémoire on réserve avec soin
Pour aller à la soif la chercher au besoin.
Chaque fois que ma vie était un peu fanée,
Ou'un chagrin me pesait dans le cours de l'annoe,
Mon instinct, près de lui me portant aussitôt.
Dans un coin de mon cœur mettait tout en dépôt, , , . ■ j-
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Pour aller dans son sein le verser à son heure, « i-*i
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Et rapporter la paix qui comblait sa demeure. Où trouver maintenant ma pauvre goutte d'eau, Et ce banc sur la route où poser mon fardeau? Et puis comme il m'aidait dans mes douces études! Comme il connaissait bien toutes les habitudes
^lï JOCELYN
Des plantes, des oiseaux, des insectes de Dieu?
(Comme il me disait juste à quelle heure, en quel lieu, Sous quel rayon du soir, sur quelle verte pente Aïa main tomberait mieux sur I insecte ou la plante! Et comme, de 1 hysope aux plus superbes fleurs, De tout ce qui végète il menseignait les mœurs!
ill navait pourtant, lui, ni grand herbier ni livre.
, Je recueillais tout mort, mais lui vovait tout vivre. I Je savais mieux les noms, les genres, les contours; Lui, les saveurs, les goûts, les instincts, les amours. Pour lui chaque herbe était un rayon d'évidence, Un signe du grand mot où luit la Providence ; De ce signe divin par la sagesse écrit Je contempUiis la lettre, et lui lisait l'esprit; i ■ -t —
Et, prêtant a chaque herbe une claire étincelle 'j^ D'âme distincte au sein de l'âme universelle, ^^^Xu>uu irt^*f***X. Il la voyait sentir, penser, agir, aimer; ,
Et la nature ainsi, qu'il savait animer, 7C A — ^ ^^ Avec ses sentiments, ses grâces infinies, te***-**,' ^^A*u^ Et ses transitions fondant en harmonies, cJ. 'pg^f-icAjJatZy Devenait sons sa laneue un poème sans tin. Mais toujours émouvant l'âme et toujours divin : ' '^ '->***^j (lar le nom de l'auteur, brillant sur chaque page, «-''vx. De jour et de chaleur inondait tout l'ouvrage; <**<TKij-<(JL — ' Jamais on n'y lisait avec lui sans bénir, a-«- */ «JifaT P —
Et sans sentii" aux veux une larme venir P**-^ A. /9cov>.^
A présent que j ai lu dans cette âme si tendre, -^ .
Je reviens sur sa vie, et j'ai peine à comprendre Comment il a vécu comme un autre ses jours, ''*-'*-^
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KPILOGOh il i
Après avoir nové tant d'âme dans leur cours. J'aurais cru qu'une mort précoce et volontaire Aurait déraciné cet homme de la terre.
Ou que son front, chargé de mystère et d ennui, Aurait jeté toujours une ombre devant lui.
Il n eu (ut pas ainsi ; j'en hénis Dieu! Sa vie.
Quoique troublée au fond, ne parut point tarie;
Elle continua de couler doucement,
Sans devancer jamais sa pente d'un moment,
Et sans rendre son eau plus trouble ou plus amère
Pour celui qui regarde ou qui s y désaltère;
La douleur qu elle roule était tombée au fond.
Je ne soupçonnais pas même un lit si profond
Nul signe de fatigue ou dune âme blessée
Ne trahissait en lui la mort de la pensée: .'
Son front, quoique un peu grave, était toujours serein,
On n'y pouvait rêver la trace d'un chagrin
Qu'au pli que la douleur laisse dans le sourire,
A la compassion plus tendre qu'il respire.
Au timbre de sa voix ferme dans sa langueur.
Qui répondait si juste aux fêlures du cœur. -j. . •
Il se lit de la vienne plus mâle idée : X^ /trus.a^jVx^ -^ ^
Sa douleur d'un seul trait ne l'avait pas vidée; ' '
Mais, adorant de Dieu le sévère dessein.
Il sut la porter |)leine et pure dans son sein,
Et, ne se hâtant pas de la répandre toute.
Sa résignation l'épancha goutte à goutte.
Selon la circonstance et le besoin d'autrui.
Pour tout vivifier sur terre autour de lui.
3iA JOCELYN
S'il poursaivit ainsi son chemin jusqu'au terme,
C'est qu'en ses saintes mains le bâton était ferme,
C'est que sa tendre foi, qui n'était plus qu'espoir,
Dorait le but d'avance et le lui faisait voir : ^,,,,^^^^ ^^^^
L'heure dont on est sûr de tant de confiance
S'attend sans amertume et sans impatience:
Dans les chemins connus on marche à petits pas.
Et, quand on sait le terme, on est moins vite las.
X V ^t pui^ 1^"^ demi-cœurs et les faibles natures "^^^.Meurent du premier coup et des moindres blessures ; Mais les âmes que Dieu fit d'un acier plus fort De l'ardeur du combat vivent jusqu'à la mort : De leur sein déchiré leur sang en vain ruisselle; Plus il en a coulé, plus il s'en renouvelle. Et souvent leur blessure est la source de pleurs D'où le baume et l'encens distillent mieux qu'ailleurs.
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/ J'ai trouvé quelquefois, parmi les plus beaux arbres De ces monts où le bois est dur comme les marbres, De grands chênes blessés, mais où les bûcherons. Vaincus, avaient laissé leur hache dans les troncs; , Le chêne, dans son nœud la retenant de force, yf^
Et recouvrant le fer d'un bourrelet d'écorce. Grandissait, élevant vers le ciel, dans son cœur, L'instrument de sa mort, dont il vivait vainqueur : I C'est ainsi que ce juste élevait dans son âme, I Comme une hache au cœur, ce souvenir de femme!
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