LE PATRE
Qc La Vallée de Lauterbruennen est enfermée dans des gorges de montagnes. La limite occidentale de la vallée d*où se précipite le Staubbach, serait regardée , en tout autre pays, comme une montagne
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d'une hauteur immense. Ici, elle ne paraît qu'une \ petite colline, en comparaison de la chaîne oppo-
sée, dont le point le plus élevé est le magnifique lungfrau-liorn , qui se prolonge dans une direction semi-circulaire; et, dominant les pics adjacens, s'élève à une hauteur «prodigieuse. Nous sommes ac- j
tuellement logés chez le ministre de Lauterbruen- !
nen, petit village, ou plutôt amas de chaumières, I parsemées , comme celles de Grindelwald, sur toute la vallée et dans les parties accessibles des collines. Près de la maison , est la fameuse chute du Staulh bach, que j'ai été voir. Ce torrent roule perpendiculairement d'une hauteur si considérable , qu'il se résout en tombant en pluie fine , dont la plus grande partie s'isole dans sa chute; mais le reste du volume d'eau se brise à moitié chemin contre une saillie que forme le rocher, et d'où elle s'élance avec force. L'ecclésiastique , notre hôte, mesura, il y a quelque temps, sa hauteur perpendiculaire , et la trouva de neuf cent trente pieds. Le soleil luisant dans une di-
rection opposée , uti petit arc*en-ciel était réfléchi
vers le bas de la( chute. Me tenant dans un éloigne-
ment convenaWe., je vis ce phénomène physique
prendre une figure semi-circulaire. A mesure que
I j'en approchai, les points opposés de l'extrémité de
{ l'arc coïncidèrent par degrés , et formèrent un j cercle parfait des conteurs les .plus vives et les plu^ I brillantes^ Je m'avançai dava^itage pour jouir mieux I de ce charmant spectacle* JUe cerde perdait par j intervalles pr^sséis quelque chose de&on 4iamètre; j et quand je fus arriyé au-des§ous de la chute, je le j vis tout à ' coup disparaître. Ayant levé les yeux j pour regarder le torrent^ il ne m'offrit que l'image I d'une nuée de poussière, et c'est çn effet à cette circonstance qu'il doit son nom, Staubbach signifiant dans la langue allemande une fontaine dépoussière. Je fus bien mouillé pour prix de ma curiosité ; mais j'eus du moins la satisfaction de voir une miniature de l'arc-en-ciel. Ce phénomène n'est pas très, rare , puisqu'on pciut l'observer dans toutes les cas-
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cades sur lesquelles le soleil brille en ligne directe sous un certain aspect; mais dans le cas actuel , ce fut pour moi un motif de consolation de voir que cet objet était singulièrement frappant.
« Le lendemain matin , nous allâmes à cheval à l'extrémité de la vallée, qui présente plusieurs points de vue très beaux , et nous montâmes ver* les glaciers qui s'étendent depuis la base du Breit-hornei / duGross-hom. Dans ce vallon charmant, on voit sortir de terre plusieurs courans (i) de Feau la plus limpide, qui forment autant de petites rivières^etde nombreux torrens s'y précipitent du haut des montagnes. J'ea remarquai deux , en particulier, qui tombent d'une élévation plus grande que le Staubbach même; mais leur chute n'étant pas si perpendiculaire, ils ne sont pas intéressans au m^ degré.
(1) C'est de là que lui vient le nom de Lavterbruennen» signiQe en allemand, plusieurs sources.
NOTES DU TOME I. a5i
«Après avoir monté pendant plus de trois heures, * nous gagnâmes une petite cabane , habitée ^. dans
Tété , par des pâtres qui font d'excellens fromages ,
et gardent de nombreux troupeaux de vaches , de chèvres et de pourceaux. Ici nous fumes régalés d'un quartier de chamois froid, que notre hôte avait réservé pour nous , et notre repas se termina par de la crème délicieuse pour dessert. De là nous montâmes plus haut ; flous arrivâmes avec beau- ! coup de difficulté aux confins des glaciers, etnous I nous vîmes entièrement entourés par des rochers I raboteux et presque impraticables. Nous aurions désiré aller en avant; mais notre hôte nous ayant assuré que nous n'avions pas trop de temps pour nous retirer avant la nuit , nous nous assîmes près de la glace y et contemplâmes avec transport et admiration une partie de la grande chaîne centrale des montagnes. C'étaient rochers sur rochers , montagnes sur montagnes , masses étonnantes par leur prodigieuse hauteur autant que par l'immense va-
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riété de leurs formes grossières. Un des pics, qai est appelé le Gross-hom, est pyramidal, et sa pointe est terminée par de la neige glacée ; un autre, nommé le Breit-hom, est fait en cône, et parait couronné à son sommet d'une masse énorme de glace transparente , que les rayons du soleil, p leur réflexion , enrichissaient d'accidens de lumière de la plus grande beauté. Le plus élevé et le plus majestueux de tout le groupe, est le lungfrau^boni ou Virgins-horn , dont j'ai dit plus haut qu il étail ain$i nommé, parce que sonsommet est inaccessible
« liCs interstices d'entre les monlagnes sont reifr plis par de grandes vallées ^e glace brisée sousu* infinité de formes variées; et plusieurs torrens,qB' se font jour à travers la nejge, s'unissantdansl*^ cours, forment le Weiss^Lutcbine, rivière qui row^ rapidement dans la vallée de Lauterbruœnen, j^^^" le Schwartz-Lutchine , qui tombe du GrindelwaW) et se jettent ensemble dans l'Aar.
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« Plusieurs des montagnes sont couvertes de verdure jusqu'à une grande élévation ^ ce qui fait reposer Foçil avec plaisir, entouré, comme ^H'est , de l'horreur de ces scènes d'hiver. ïfoùâ? observâtnes aussi , à des hauteurs considérables , (Plusieurs pe* tits villages qui , autant que nous en pûïhes juger à cette distance, ne doivent pas être^d'un accès moins difficile que les glaciers où nous avions monté.
« Quelle que soit la magnificence et la variété de cette scène curieuse , où l'on voit , au milieu de Tété, la glace* et la neige auprès de la verdure des forêts et des terres en culture , j'avouerai cependant que ridée que je m'étais formée de l'étendue immense et de l'apparence admirable de ces glaciers , était fort au-dessus de la réalité. C'est le seul objet qui, de tout ce qu'offre la Suisse , n'ait pas répondu à nos espérances ; quoique , néanmoia* , on doive les considérer comme une des plus grandes curiosités de ce pays. Notre erreur fut due sans doute aux ré-
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cits ampoulés que nous avions entendu faire de* glaciers de Grindelwald et de Lauterbrucnnen Nous supposions que le glader du Furca était for inférieur &Ï étendue à ceux de Grinddwald et d Lauterbruennen j au lieu que , dans le fait , est égal à tous égards , si même il ne leur est supé rieur.» ( William G>xe , Voyage en Suisse.)
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