‹ Jocelyn: Épisode. Journal trouvé chez un curé de village (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · DEVOIRS CIVILS DU CURÉ · texte numérisé non relu

DEVOIRS CIVILS DU CURÉ

« Il est un homQie dans chaque paroisse qui n'a point de &miUe , mais qui est de la famille de tout

le monde; qu'on appelle comme témoin, comme conseil , ou comme agent dans tous Içs actes les

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plus solennels de la vie civile ; sans lequel on ne peut naître ni mourir, qui prend l'homme au seiD de sa mère y et ne le laisse qu'à la tombe , qui bé-

nit ou consacre le berceau , la couche conjugale,

le lit de mort et le cercueil; un homme que k

petits enfans s'accoutument à aimer, à vénérer et à

craindre ; que les inconnus mêmes appellent mon

père ; aux pieds duquel les chrétiens vont répandre

leurs aveux les plus intimes, leurs larmes les plus

secrètes ; un homme qui est le consolateur par étal

de toutes les misères de l'ame et du corps, Tint^

médiaire obligé de la richesse et de l'indigence , qui

voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa

porte : le riche pour y verser Faumone secrète, If

pauvre pour la recevoir sans rougir; qui, n'étant

d'aucun rang social , tient également à toutes te

classes : aux classes inférieures , par la vie pauvre, et

souvent par l'humilité delà naissance; aux classes

élevées , par l'éducation , la science et l'éléyatioD *

sentimens qu'une religion philantropique inspûv^^

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commande ; un homme enfin qui sait tout , qui a le droit de tout dire , et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs avec l'autorité d'une mission divine et l'empire d'une foi toute faite! — Cet hpmme, c'est le curé : nul ne peut faire plus de bien ou plus de mal aux hommes , selon qu'il remplit ou qu'il méconnaît sa haute mission sociale.

« Qu'est-ce qu'un curé ? c'est le ministre de la re-

ligion du Christ j chargé de conserver ses dogmes , de propager sa morale , et d'administrer ses bien- ^ faits à Id partie du troupeau qui lui a été confiée.

«De ces trois fonctions du sacerdoce ressortent les trois qualités sous lesquelles nous allons considérer le curé, c^est-à-dire comme prêtre, comme moraliste , et comme administrateur spirituel du christianisipe dans la commune. De là aussi découlent les trois espèces de devoirs qu'il a à accomplir pour

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être complètement cligne de la sublimité de m kmtions sur la terre ^ et de l'estima ou de la véuéralion des hommes.

a G>mm6 prêtre ou conservateur du ii^ chrétien^ les devoirs du curé ne sont point accessibles à notre examen ] le dogme m3rstérieux et £• vin de sa nature ^ imposé par la révélation ^ accqité par la foi^ cette vertu de l'ignorance humaine, se refuse à toute critique ; le prêtre n'en doH compte? comme le fidèle, qu'à sa consdenoe et à son église» seule autorité dont il relève. Cependant ici mâneh haute raison du prêtre peut influer uijkment la pratique sur la religion du peuple qu'il enseigne. Quelques crédulités banales, quelques superstitioDS populaires se sont confondues dans les âges de te* nèbres et d'ignorance avec les hautes croyances w pur dogme chrétien; la superstition est Tabus deb foi, c'est au ministre. éclairé d'une religion qui ^W porte la lumière , parce que toute la lumière est ve-

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uue 4'^e I à écarter ces ombres qai en ternissent la sainteté , et qui feraient ix>nfondre à des yeux prévenus le christianisme, cette civilisation pratique, cette raison suprême, avec les industries pieuses ou les crédulités grossières des cultes d'erreur ou de déception, lie devoir du curé est de laisser tomber ces abus d^ la fpi , et de réduire les crpyances trop complaisantes de son peuple à la grave et mystérieuse simplicité du dogme chrétien, à la contemplation de sa morale , au développement progressif de ses œuvres de perfection. La vérité n'a jamais besoin de Terreur, et les ombres n'ajoutent rien à la lumière.

a Comme moraliste, l'œuvre du curé est plus belle encore. Le christianisme est une philosophie divine écrite de deux manières : comme histoire , dans la vie et la mort du Christ; comme préceptes, dans les sublimes enseignemens qu'il a apportés au monde. Ces deof, paroles du christianisme, le pré-

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cepte et Texemple , sont réunis dans le Nouveau- Testament ou l'Évangile. Le curé doit Favoir toujours à la main, toujours sous les yeux, toujours dans le cœur. Un bon prêtre est un commentaire vivant de ce livre diviii. Chacijne des paroles my^ térieuses de ce livre répond juste à la pensée qui l'interroge , et renferme un sens pratique et sod qui éclaire et vivifie la conduite de Thomme. Il fl'j a point de vérité morale ou politique qui ne soit en germe dans un verset de l'Évangile; toutes les pW* losophies modernes en ont commenté un, elVonl oublié ensuite ; la philantropie est née de son pr^ mier et unique précepte, la charité. La liberté» marché dans le monde sur ses pas, et aucune servitude dégradant^ n'a pu subsister devant sa lumière ; l'égalité politique est née de la reconnu sance qu'il nous a forcés à faire de notre égalité, de notre fraternité devant Dieu ; les lois se sont adoucies , les usages inhumains se sont abolis, les cha^of^ sont tombées , la femme a reconquis le respect dans

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le cœur de l'homme, A mesure que sa parole a retenti dans les siècles, elle a fait crouler une erreur ou une tyrannie , et l'on peut dire que le monde actuel tout entier, avec ses Iqis, ses mœurs, ses institutions , ses espérances , n'est que le Verbe évangélique plus ou moins incarné dans la civilisation moderne ! Mais son . œuvre est loin d'être accomplie; la loi du progrès ou du perfectionnement, qui est l'idée active et puissante de la raison humaine , est aussi la foi de l'Évangile; il nous défend dé nous arrêter dans le bien , il nous sollicite toujours aux mieux , il nous interdit de désespérer deThumànité devant laquelle il ouvre sans cesse des horizons plus éclairés ; et plus nos yeux s'ouvrent à la lumière , plus nous lisons de promesses dans ses mystères , de vérités dans ses préceptes, et d'avenir dans nos destinées !

ce Le curé a donc toute morale, toute raison, toute civilisation, toute politique dans sa main quand il

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