V.ilnoigo, 9 novembre 1800, un soir d'iiiver
^ Oh! (jue laniK'e est lente, et (pie le jour s'ennui( Pendant ces mois d'iiiver où la sonore pluie,
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Par rouragau fouettée et battant les vitraux, Du verre ruisselant obscurcit les carreaux; ; Que riîorizon, voilé par les brumes glacées, Ainsi que mes regards, rétrécit mes pensées, Et que je n'entends rien que le vent noir du nord Sifflant par chaque fente un gémissant accord. Des cascades d hiver la chute monotone. L'avalanche en lambeaux qui bondit et qui tonne, Et quelques gloussements de poules dans Ka cour, Et Marthe à son rouet, qui file tout le jour! Alors, ah! c'est alors que mon ame isolée. Par tous les éléments dans mon sein refoulée. Comme un foyer sans air se dévorant en moi, Veut se fuir elle-même et cherche autour de soi, Et sent l'ennui de vivre entrer par chaque pore, Et regarde bien loin si quelqu'un l'aime encore. S'il est un seul vivant qui, par quelque lien, M'adresse un souvenir et se rattache au mien, Et, ne voyant partout qu'indifférence et tombe. Dans son vide sans bord de tout son poids retombe.
Tel, par la caravane au désert oublié, L'homme cherche de l'œil la trace d'un seul pied, Et regarde, aussi loin que peut porter sa vue. S'il voit à l'horizon quelque point qui remue. Quelque tente qui fume, ou (|uelque |)almier vert Qui rompe à son regard la ligne du désert, Mais qui, n'apercevant que des sables arides Dont le vent du simoun a labouré les rides,
NEUVIEME EPOQUE l'O
Sans ospoir (juaiu un pied vienne le secourir, Ferme les veux au jour et s'assied jiour mourir.
Puis, comme un cœur brisé (ju'un mot toucliant ranime,
Et criant vers le ciel du fond de mon abîme.
Je jette à Dieu mon àme, et je me dis : « En lui
J'ai les eaux de ma soif, la fin de mon ennui;
J'ai l'ami dont le cœur de tout amour abonde,
La famille immortelle et l'invisible monde! »
Et je prie, et je pleure, et j'espère, et je sens
L'eau couler dans mon cœur aride, et je descends,
Dans mon jardin trenn^î par les froides ondées.
Visiter un moment mes plantes inondées ;
Je regarde à mes pieds si les bourgeons en pleurs
Ont de mes perce-neige épanoui les fleurs ;
Je relève sous l'eau les tiges abattues.
Je secoue au soleil les cœurs de mes laitues,
J'appelle par leurs noms mes arbres en cbemin.
Je touche avec amour leurs branches de la main.
Comme de vieux amis de cœur je les idDorde :
Car dans l'isolement mon àme, qui déborde
De ce besoin d'aimer, sa vie et son tourment.
Au monde végétal s'unit par sentiment;
Et, si Dieu réduisait les plantes en poussière,
J'embrasserais le sol et j'aimerais la pierre!...
Je caresse, en rentrant, sur le mur de ma cour L'aile de mes pigeons tout frissonnants d'amour, Ou je passe et re[)asse une main sur la soie De mon chien, dont le })oil .se hérisse de joie ;
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Ou, s'il vient un rayon de l)huic soleil, j'entends Gazouiller nies oiseaux qui rêvent le printemps; Et, ré})andant ainsi mon ame à ce qui m'aime, Sur mon isolement je me trompe moi-même; Et l'abîme caché de mon ennui profond Se condjle à la surface, et le vide est au fond!
8 tléccmbrc iSoo.
Le pauvre colporteur est mort la nuit dernière.
Nul ne voulait donner de planches pour sa bière;
Le forgeron lui-même a refusé son clou :
« G'est un juif, disait-il, venu je ne sais d'où.
Un ennemi du Dieu que notre terre adore,
Et qui, s'il revenait, l'outragerait encore.
Son corps infecterait un cadavre chrétien :
Aux crevasses du roc traînons-le comme un chien.
La croix ne doit point d'ombre à celui qui la nie.
Et ce n'est qu'à nos os que la terre est bénie. «
Et la femme du juif et ses petits enfants
Imploraient vainement la |)itié des passants.
Et, disputant le corps au dégoût populaire.
Se jetaient éplorés entre eux et le suaire.
Du scandale inhumain averti pai' hasai'd,
J'accourus; j'écartai la foule du regard;
Je tendis mes deux mains aux enfants, à la femme
Je fis honte aux chrétiens de leur dureté d'âme,
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Et, rougissant j)<)Uf cuv, pour (ju'ou reiisovelît : ■-- -
« Allez, (l!s-j(% et pi'curz les planches de mon lit! »
Puis, poiu* leur ciiscij^iicr un peu de loh rauce,
La première vertu de l'Iunnaine ignorance,
Et comment le soleil et J)i<Mi luisent pour tous,
Et comment ses Inenfaits s'(''pan(lieiit malgr(' nous, •
Je leur ai raconté la simple et courte histoire
Qui dans mon cœur alors tond)a de ma mémoire.
« Au temps où les Inmiains se cherchaient un S('jour,
Des hommes prc's du Ml s'établirent un jour.
Amoureuv et jaloux du cours cpii les abi'cuve,
Ces lionnnes ignorants firent un dieu du fleuve;
« Il donnera la vie à ceuv qui le boiront,
« Dirent-ils; et c'est nous! et les autres mourront! ?>
Et loi'scpu' par hasai'd d Cirantes caravanes
Voulaient en j)uiser l'eau dans leurs outres profanes,
Ils les chassaient du bord avec un bras jaloux,
Et se disaient entre eux : « L'eau du ciel n'est qu'à nous ;
« On ne vit qu'en noschanq)s, on ne boit qu'où nous sommes :
« Ceux-là ne boivent pas et ne sont })as des hommes. »
Or, l'ange du Seigneui-, enteiulant ces discours, . .
Disait : « Que les pe users de ces hommes sont courts ! >»
Et. pour leui' enseigner à leurs dé|)ens ([ue l'onde
Du eiel (pli la (•('■paiid conle poui" tout le inonde,
11 amena de loin un [)eiq)le et ses chameaux,
Qui voulaient, en passant le ?sil, boire à ses eaux;
Et, pendant que du dieu les défenseurs stupides
Interdisaient son onde à leurs rivaux avides.
L'ange, dii ciel fermé rouvrant le réservoir,
Sur l'une et l'autre armée à torrents fit })leuvoir.
Et le peuple étranger but au lac des tempêtes ;
Et l'ange dit à l'autre : « Insensés que vous êtes,
« La nue abreuve au loin ceux que vous refusez,
« Et sa source est plus baut que celle où vous puisez.
« Allez voir l'univers : cbaque race a son fleuve
« Qui descend de ses bois, la féconde et l'abreuve;
« Et ces mille torrents viennent du même lieu,
« Et toute onde se puise à la grâce de Dieu :
« Il la verse à son beure et selon sa mesure,
« En fleuves, en ruisseaux, plus bourbeuse ou j)lus pure,
« Si les vôtres, mortels, sont plus clairs et plus doux,
« Gardez-vous d'être fiers, et moins encor jaloux;
« Sacbez que vous avez des frères sur la terre ;
« Que celui qui n'a pas ce qui vous désaltère
ce A la pluie en biver, la rosée en été,
« Que Dieu lui-même puise au lac de sa bonté,
« Et qu'il donne ici-bas sa goutte à tout le monde :
<« Car tout peuple est son peuple et toute onde est son onde.
« Cette religion qui nous enorgueillit,
C'est ce fleuve fait dieu dont on venge le lit.
Vous croyez posséder seuls les clartés divines.
Vous croyez qu'il fait nuit derrière vos collines,
Qu'à votre jour celui qui ne s'éclaire pas
Marcbe aveugle et sans ciel dans l'ombre du trépas :
Or, sacbez que Dieu seul, source de la lumière,
La répand sur toute ame et sur toute paupière;
Que cbaque bomme a son jour, cbaque âge sa clarté,
Cliaqiin rayon d'en liant sa part «le v('rité, Et (|ne Ini seul il sait coiubien de jour ou d'ombre Contient pour ses enfants ce rayon toujours sondjre 1 Si le votre est i)lus })ur et plus tiède à vos yeux, Marchez à sa lueur en rendant grâce aux cieux, Et n'interposez pas entre l'astre et vos frères L'ombre de vos orgueils, la main de vos colères; Pour faire à leurs regards luire la vérité, Réfléchissez son jour dans votre charité : Car l'ange qui de Dieu viendra faire l'épreuve Juge le culte au cœur, comme à l'onde le fleuve! L'arc-en-ciel que Dieu peint est de toute couleur. Mais l'éclat du rayon se juge à sa chaleur! »
Cette morale en drame a retourné leur Ame, Et l'on se disputait les enfants et la femme.
(Ici manquaient plusieurs feuilles du manuscrit.)