‹ Jocelyn, épisode; journal trouvé chez un curé de villageChapitre 20 sur 28 · LES LABOUREURS · texte numérisé non relu

LES LABOUREURS

Au li;imciiu de Yiilncigc, iG mui 1801.

Ouekjuefois dès l'aurore, après le sacrifice, Ma Bible sous mon bras, quand le ciel est projjice, Je quitte mou église et mes murs jusqu'au soir. Et je vais par les champs m'égarer ou m'asseoir. Sans guide, sans chemin, marchant à l'aventure, Comme un livre au hasard feuilletant la nature, Mais pai'tout recueilli, car j'y trouve en tout lieu Quelque fragment écrit du vaste nom de Dieu. Oh! qui peut lire ainsi les pages du grand livre Ne doit ni se lasser ni se plaindre de rivre !

La tiède attraction des rayons d un ciel chaud Sur les monts ce matin m'avait mené plus haut; J'atteignis le sommet d'une rude colline Qu'un lac baigne à sa base et qu'un glacier domine, Et dont les flancs boisés, aux penchants adoucis, Sont tachés de sapins par des prés éclaircis. Tout en haut seulement, des i.ouquets circulaires De châtaigniers croulants, de chênes séculaires, Découpant sur le ciel leurs dômes dentelés. Imitent les vieux murs des donjons crénelés. Rendent le ciel i)lus bleu par leur contraste sombre,

NEUVIEME EPOQUE aSi

Et couvrent à Iciii-s ])ic(ls quokjiics rhaiiips de leur onihre.

On voit eu se [)eueliaut luire entre leurs rameaux

Le la(; dont les rayons font seintillci- les eaux,

Et glisser sous le vent la harcjuc à l'aih} blanche,

(lonnne une aile d'oiseau passant de branche en brandie.

Mais plus |)rès, leurs longs bras, sur l'abîme penchés

Et (le riiuniich.' nuit goutte à goutte étanchés,

Laissaient [)endre leur feuille et })leuvoir leur rosée

Sur une étroite enceinte au levant exposée,

Et que d'autres troncs noirs enfermaient dans leur sein,

Comme un lac de culture en son étroit bassin ;

J'y pouvais, adossé le coude à leurs racines,

Tout voir, sans être vu, juscpiau fond tles l'avines.

Df-jà, tout près de moi, j" entendais })ar moments Monter des })as, des voix et des mugissements : C'était le paysan d(^ la haute cliaumine Oui venait labourer son morceau de colline. Avec son soc plaintif traîné par ses boeufs blancs, Et son mulet ])ortant sa femme et ses enfants; Et je pus, en lisant ma Bible ou la nature. Voir tout le jour la scène et l'écrii'e à mesure. Sous mon crayon distrait h' feuillet devint noir. O nature, on t'adore eneor dans ton miroir!

Laissant souffler ses bœufs, le jeune homme s'appuie Debout au tronc d'un clicne, et de sa main essuie La sueur du sentier sur son front mâle et doux :

2J2 .ÎOCELYN

La femme et les enfants tout petits, à genoux

Devant les bœufs privés baissant leur corne à terre,

Leur cassent des rejets de frêne et de fougère,

Et jettent devant eux en verdoyants monceaux

Les feuilles que leurs mains émondent des rameaux.

Ils ruminent en paix, pendant que l'ombre obscure

Sous le soleil montant se replie à mesure,

Et, laissant de la glèbe attiédir la froideur.

Vient mourir, et border les pieds du laboureur.

Il rattache le joug, sous la forte courroie,

Aux cornes qu'en pesant sa main robuste ploie.

Les enfants vont cueillir des rameaux découpés,

Des gouttes de rosée encore tout trempés,

Au joug avec la feuille en verts festons les nouent,

Que sur leurs fronts voilés les fiers taureaux secouent,

Pour que leur flanc qui bat et leur poitrail poudreux

Portent sous le soleil un peu d'ombre avec eux.

Au joug de bois poli le timon s'équilibre,

Sous l'essieu gémissant le soc se dresse et vibre;

L'homme saisit le manche, et sous le coin tranchant,

Pour ouvrir le sillon, le guide au bout du champ.

O travail, sainte loi du monde, Ton mystère va s'accomplir!

Pour rendre la glèbe féconde.

De sueur il faut l'amollir.

L'homme, enfant et fruit de la terre, Ouvre les flancs de cette mère

NEUVIÈME ÉPOQUE iS'à

Où geriiK'Ut les fruits et les fleurs; . Comme reiifaiit mord la mamelle, - ■

Pour que le lait monte et ruisselle - >

Du sein (le sa nourrice eu pleurs!

La terre, qui se fend sous le soc qu'elle aiguise, En tronçons })al|)itants s'amoncelle et se brise. Et, tout en s'entr'ouvrant, fume comme une chair Qui se fend et palpite et fume sous le fer. En deu\ monceaux poudreux les ailes la renversent; Ses racines à nu, ses herbes se dispersent; Ses reptiles, ses vers, par le soc déterrés, Se tordent sur son sein en tronçons torturés. L'homme les foule aux pieds, et, secouant le manche, Enfonce plus avant le glaive qui les tranche ; Le timon plonge et tremble, et déchire ses doigts; La femme parle aux bœufs du geste et de la voix ; Les animaux, courbés sur leur jarret qui plie. Pèsent de tout leur front sur le joug qui les lie ; Comme un cœur généreux leurs flancs battent d'ardeur; Ils font bondir le sol jusqu'en sa profondeur. L'iiomme presse ses pas, la femme suit à peine; Tous au bout du sillon arrivent hors d'haleine; Ils s'arrêtent : le bœuf rumine, et les enfants Chassent avec la main les mouches de leurs flancs.

i5\ JOCELYN

11 est ouvert, il fume encore Sur le sol, ce |)rofoiul dessin!

O terre, tu vis tout éelore Du premier sillon de ton sein!

Il lut un Eden sans culture; Mais il semble que la nature, Cherchant à l'homme un aiguillon, Ait enfoui pour lui sous terre Sa destinée et son mystère Cacliés dans son premier sillon.

Oh! le premier jour où la plaine, S'entr'ouvrant sous sa forte main.

But la sainte sueur liumaine Et reçut en dépôt le grain.

Pour voir \i\ noble créature Aider Dieu, servir la nature.

Le ciel ouvert roula son pli, Les libres du sol palpitèrent.

Et les anges surpris chantèrent Le second prodige accompli!

Et les hommes ravis lièrent Au timon les bœufs accouplés ; Et les coteaux multiplièrent Les grands peuples comme les blés ; Et les villes, ruches trop pleines, Débordèrent au sein des plaines ; Et les vaisseaux, grands alcyons.

Comme à leurs nids les hirondelles,

NEUVIKME KPOQUE iV>

Portèrent sur leurs lai-^cs ;iilcs Leur nourriture aux nations!

Et, ])()Ui' ronsarrei' l'Iu'i'itage

Du (liaiiii) ]ai)()Ui'(' par leurs luains,

Les Jjornes lii'eut le |)arta^e

De la terre entre les humains;

Et riionnne, à tous les di'oits pi'oplce,

Trouva dans son vivnv la justice,

En grava le eode en tout lieu,

Et, pour consacrer ses lois niènie, ■

S' élevant à la loi suprême.

Chercha le juge et trouva Dieu !

Et la famille, ein'acinée Sur le coteau qu'elle a planté, Refleurit d'année en année, Collective immortalité; Et sous sa tutelle chérie Naquit l'amour de la patrie.

Gland de peuple au soleil germé, Semence de force et de gloire.

Oui n'est que la sainte mémoire Du elianq) pai' ses pères semé!

Et les temples de l'Invisible ' ' '

Sortirent des flancs du roclier.

Et, par une échelle insensible,

L'homme de Dieu put s'ai)i)i'ocher :

Et les prières qui soupirent, ' ' • ■'...'

2Ô6 JOCKLVN

Et les vertus (ju'elles inspirent, Coulèrent du cœur des mortels.

Dieu dans l'homme admira sa gloire, Et pour en garder la mémoire Reçut l'épi sur ses autels.

Un moment suspendu, les voilà qui reprennent Un sillon parallèle, et sans (in vont et viennent D'un bout du champ à l'autre, ainsi qu'un tisserand Dont la main, tout le jour sur son métier courant, Jette et retire à soi le lin qui se dévide, Et joint le fil au fil sur sa trame rapide. Ua sonore vallée est pleine de leurs voix ; Le merle bleu s'enfuit en sifflant dans les bois, Et du chêne à ce bruit les feuilles ébranlées Laissent tomber sur eux les gouttes distillées.

Cependant le soleil darde à nu ; le grillon Semble crier de feu sur le dos du sillon. Je vois flotter, courir sur la glèbe embrasée J^' atmosphère palpable où nage la rosée Qui rejaillit du sol et qui bout dans le jour. Comme une haleine en feu de la gueule d'un four. Des bœufs vers le sillon le joug plus lourd s'affaisse; L'homme passe la main sur son front, sa voix baisse, Le soc glissant vacille entre ses doigts nerveux ; La sueur, de la femme imbibe les cheveux. Us arrêtent le char à moitié de sa course;

.NEUVIÈME ÉPOQUE aS;

Sur les flancs d'une roclie ils vont lécher la source, Et, la lèvre collée au granit humecté, Savourent sa fraîcheur et son liumidité.

Oli' f|irils boivent dans cette goutte L Duhii des pas qu'il faut marcher!

Seigneur, que chacun sur sa route Trouve son eau dans le rocher!

Que ta grâce les désaltère!

Tous ceu\ qui marchent sur la terre Ont soif à quelque heure du jour :

Fais à leur lèvre desséchée Jaillir de ta source cachée La goutte de paix et d'amour!

Ah ! tous ont cette eau de leur âme :

Aux uns c'est un sort triomphant,

A ceux-ci le cœur dune femme,

A ceux-là le front d'un enfant ;

A d'autres l'amitié secrète,

Ou les extases du poète :

Chaque ruche d homme a son miel.

Ah ! livre à leur soif assouvie

Cette eau des sources de la vie!

Mais ma source à moi n'est qu'au ciel.

L'eau d' ici-bas n'a qu'amertume

Aux lèvres qui burent l'amour.

Et (le hi soif qui me consume L'onde n'est pas dans ce séjour; Elle n'est que dans ma pensée Vers mon Dieu sans cesse élancée, Dans quelques sanglots de ma voix, Dans ma douceur n la souffrance ; Et ma goutte à moi d'espérance, C'est dans mes })leurs que je la bois!

Mais le milieu du jour au repas les rajipclle :

Ils couchent sur le sol le 1er; l'homme dételle

Du joug tiède et fumant les bœufs, qui vont en paix

Se coucher loin du soc sous un feuillage épais.

La mère et les enfants, qu'un j)eu d'ombre rassemble,

Sur l'herbe, autour du père, assis, rompent ensemble

Et se passent entre eux de la main à la main

Les fruits, les œufs durcis, le laitage et le pain;

Et le chien, regardant le visage du père,

Suit d'un œil confiant les miettes qu'il espère.

Le rej)as achevé, la mère, du berceau

Qui repose couché dans un sillon nouveau.

Tire un bel enfant nu qui tend ses mains vers elle.

L'enlève, et, suspendu, rem|)orte à sa mamelle.

L'endort en le berçant du sein sur ses genoux.

Et s'endort elle-même, un bras sur son é|)oux.

Et sous le poids du jour la famille sommeille

Sur la couche de terre, et le chien seul les veille,

El les aiij^cs de Dieu dCii l);nil peuvent les voir, Et les songes du ciel sur leurs tètes pleuvoir.

Oh ! dormez sous le vert nuage De feuilles qui couvi'ent ce nid, Homme, femme, enfants leur image, Que la loi d'amoui' réunit!

O famille, abrégé du monde, Instinct qui charme et (jui fc'coiide Les fils de l'homme en ce bas lien.

N'est-ce })as toi ({ui nous l'appelle Cette parenté fratei'nelK.' Des enfants dont le [)ère est Dieu?

Foyer d'amour où cette flamme

Qui circule dans l'univers

Joint le cœur au cœur, l'àme à l'àme,

Enchaîne les sexes divers,

Tu resserres et tu relies

Les générations, les vies.

Dans ton myst(''rieu\: lien;

Et lamour. (pii du ciel émane,

Des volupt('S culte i)rofane.

Devient veilii s'il est le tien!

Dieu te garde et te sanctifie :

L'homme te confie à la loi, Et la nature purilie Ce qui serait inq)ur sans toi.

26o JOCELYN

Sous le toit saint ({ui te rassemble, Les regards, les sommeils ensemble, Ne souillent plus ta chasteté.

Et, sans qu'aucun limon s'y mêle, La source humaine renouvelle Les torrents de l'humanité.

Ils ont quitté leur arl)re et repris leur journée.

Du matin au couchant l'ombre déjà tournée

S'allonge au [)ied du chêne et sur eux va ])leuvoir;

Le lac, moins éclatant, se ride au vent du soir.

De l'autre bord du champ le sillon se rap})roche.

Mais quel son a vibré dans les feuilles ? La cloche.

Comme un soupir des eaux qui s'élève du bord,

Répand dans l'air ému l'imperceptible accord,

Et, par des mains d'enfants au hameau balancée.

Vient donner de si loin son coup à la pensée :

C'est l'Angélus qui tinte, et rappelle en tout lieu

Que le matin des jours et le soir sont à Dieu.

A ce pieux ap[)el le laboureur s'arrête;

11 se tourne au clocher, il découvre sa tète,

Joint ses robustes mains d'où tombe l'aiguillon,

Elève un peu son àme au-dessus du siUoii,

Tandis que les enfants, à genoux sur la terre,

Toignent leurs petits doigts dans les mains de leur mère.

MUVIÈME ÉPOQUE 261

Prière, A voix: suriiatiicclle Oui nous précii)ite à genoux !

Instinct du ciel cjui nous rajipelle Ou«- la patrie est loin de nous!

Vent qui souffle sur lame iuimaino, Va (!<' la paupière trop pleine l-"ait (h'border l'eau de ses pleurs.

(Connue un vent qui, par intci'valles, Fait pleuvoir les eaux virginales Du calice incliné des fleui-sî

Sans toi que serait cette fange?

Un monceau d'un iin|)Ui' limon, Où riiomme après la brute mange Les herbes qu'il tond du sillon.

Mais par toi son aile cassée Soulève encore sa jiensée Pour i-espirer au vrai sr^'our, La désaltérer dans sa course, Et lui faire boire à sa source L'eau de la vie et de l'amour!

Le cœur des mères te soupire, L'air sonore roule ta voix, La lèvre d'enfant te respire, L'oiseau t écoute aux bords des bois; Tu sors de toute la nature Comme un mystérieux nuirmure Dont les anges savent le sens ; Et ce qui souffi'c, et ce ({ui crie,

a62 JOCELYN

Et ce qui chante, et ce (jiii prie,

N'est qu'un cantique aux mille accents.

O saint muiMuure des prières,

Fais aussi dans mon cœur trop plein,

Comme des ondes sur des pierres,

Chanter mes peines dans mon sein;

Que le faible ])ruit de ma vie

En extase intime ravie

S'élève en as})irations ;

Et fais que ce cœur que tu brises,

Instrument des célestes brises,

Eclate en bénédictions!

Un travail est fini, l'autre aussitôt commence. Voilà partout hi terre ouverte à la semence : Aux corbeilles déjoue puisant à pleine main, En nuage poudreux la femme épand le grain ; Les enfants, enfonçant les pas dans son ornière, Sur sa trace, en jouant, ramassent la poussière Que de leur main étroite ils laissent retomber, Et que les passereaux viennent leur dérober. Le froment répandu, l'honniie attelle la herse, Le sillon raboteux la cahote et la berce : En groupe sur ce char les enfants réunis Effacent sous leur poids les sillons aplanis. Le jour tondre, et le soir sur les herbes s'essuie; Et les vents chauds d'autonuie amèneront la pluie

Et les neigos d'iiiver, sous loiir tirdo taj)is,

Couvriront d'un manteau de duvet les épis;

Et les soleils dor('s en jauniront les lierhes;

Et les filles des champs viendi-ont nouer les gerbes,

Et, tressant sur leurs fronts les hluets, les pavots,

Iront danser en chœur autour des tas nouveaux;;

Et la meule bi'oicra le froment sous les pierres;

Et, choisissant la llcui-, h» femme des chaumières,

Levée avant le joui' pour JKitti'e le levain.

De ses petits enfants aura pétri le paiu;

Et les oiseaux du ciel, le chien, le misérable,

Ramasseront en paix les miette;; de la table;

Et tous béniront Dieu, dont les fécondes mains

Au festin de la terre a})pellent les humains!

C'est ainsi que ta ])rovidence Sème et cueille l'humanité, Seigneur, cette noble semence Oui germe pour l'éternité. Ah! sur les sillons de la vie Que ce ])ui' froment fructifie!

Dans les vallons de ses douleurs, O Dieu, verse-lui ta rosée!

Que l'argile fertilisée Germe des hommes et des fleurs !

(Fci plusieurs dates jxrducs.^

a64 JOCELYN

Valneige, juillet i8oi.

Deux frères aujourd'liui se disputaient un champ Dont la borne s'était déplacée en bêchant; Ils ont remis tous deux leur cause à ma parole, Et je les ai jugés dans cette parabole :

« Au premier temj^s du monde, où tout était commun,

Deux frères, comme vous, avaient deux champs en un.

Comme l'un prenait moins et l'autre davantage,

Ils vinrent un matin borner leur héritage.

Un seul arbre, planté vers le sommet du champ.

Dominait les sillons du coté du couchant;

Un frère à l'autre dit : « L'extrémité de l'ombre

« De nos sillons égaux coupe juste le nombre :

« Que l'ombre nous partage! » Ainsi fut convenu.

Or l'ombre s'allongea quand le soir fut venu,

Et jus(|u'au bout du champ en rampant descendue,

Fit un seul possesseur de toute l'étendue.

Vite il alla chercher les témoins de la loi,

Et leur dit : « Regardez, toute l'ombre est à moi. «

Et les juges humains en hommes le jugèrent,

Et le champ tout entier au seul frère adjugèrent;

Et l'autre, par le ciel dépouillé de son bien.

Accusa le soleil, et s'en fut avec rien.

L'hiver vint : l'ouragan ([ue la saison déchaîne,

S'engouffrant une nuit dans les i)ranches du chêne.

Et le combattant seul, sans (vi've et sans appui,

NEUVIÈME KPOOrE 265

Le haliiya de terre, et sou oiiil)re aver lui.

Le frt'i'e dépouillé, voyant l'autre sans titre,

Descendant à son toui', alla elierelier l'arbitre.

Et dit : 'c Voyez.... plus d'ombre! ainsi tout est à moi! «

Et le juge, prenant la lettre de la loi.

Jugea comme le vent, et le soleil, et l'ombre;

Et, des sillons du champ sans égaler le nombre.

Lui donna l'héritage avec tout son contour;

Et tous deux eurent trop ou tro[) [)eu tour à tour ;

Et, descendant du champ où la borne ainsi glisse.

Ils disaient dans leur cœur : ce Où donc est la justice? »

« Or un sage, passant par là, les entendit,

Ecouta leurs raisons en souriant, et dit :

« On vous a mal jugés; mais jugez-vous vous-même.

« Votre borne flottante est de vos lois l'emblème :

« La borne des mortels n'est jamais au milieu.

« Mesurez la colline à la toise de Dieu.

" Elle n'est, mes amis, dans l'arbre ni la haie,

« ]N'i dans l'ombre que l'heure ou prolonge ou Ijalaie,

« >i tlans la })ierre droite avec ses deuv garants,

« Que renverse le soc ou roulent les torrents ;

« Ni dans l'œil des témoins, ni dans la table écrite,

« Ni dans le doigt levé du juge qui limite.

« La justice est en vous : cpie cherchez-vous ailleurs ?

« La borne de vos champs! plantez-la dans vos cœurs.

'< Rien ne déplacera la siciuie ni la votre;

« Chacun de vous aura sa part dans l'œil de l'autre. »

Les deux frères, du sage écoutant le conseil.

Ne divisèrent [)lus par l'ombre ou le soleil;

Mais, dans leur équité j)laçant leur confiance, Partagèrent leur champ avec leur conscience, Et devant l'invisible et fidèle témoin Nul ne fit son sillon ni trop près ni trop loin. «

Valiicigf, août iSoi.

Quelquefois le passant insulte encor le prêtre; J'accepte en bénissant comme mon divin Maître. Et ce soir, pardonnant au sarcasme moqueur, J'essayais dans ces vers de soulager mon cœur :

Peut-être il était beau, quand Rome, reine et mère, De l'empire du monde évoquant la chimère, Posait son pied d'airain sur la nuque des rois, Lançait du Capitole une foudre bénie.

Et tentait d'allonger sa double tyrannie Jusqu'où va l'ondjre de la croix;

Quand ces pontifes-rois, distributeurs du monde, Marquaient du doigt les parts sur une maj^pemonde, Donnaient ou retiraient les royaumes donnés, Citaient les fils d'IIapsbourg au ban du Janicule, Et tendaient à baiser la poudre de leur mule A leurs esclaves couronnés ;

Quand ces })echeurs, quittant la barque évangélique, Tendaient sur l'univers leur filet politique, Au lieu d'aines péchant des domaines de rois,

Et, pour foiiihici- le lise (l'une oisive opulence, Jetaient l'or ou le ler dans la sainte balance Où Jésus avait mis ses poids;

Lorsque, dans leurs palais regorgeant de délices, Tout l'or des nations coulait avec leurs vices; Que le Tibi'e, souilh' de pi'ofanations, S'étonnait de revoir des mains sacerdotales Mener le grand triomphe ou d'autres saturnale Sur les tombeaux des Scipio

s ns :

Il était beau peut-être, avec Pétrarque ou Dante, D'aliunier son couri'oux connue une lanq)e ardente, De jeter sur l'autel sa sinistre lueur. Et, du tenq)le avili déchirant les saints voiles, De montrer sa souillure au soleil, aux étoiles. Et de crier sur lui : « Malheur î «

Lorsque du cavalier la main rude et rai'ouche 'J'ourmente un mors d'acier et lait saigner la bouche. L'obéissant coursier [)eut parfois tressaillir; Quand on souffle longtenq)s le charbon sous le vase, L'eau dormante à la fin, comme un cœur (jui s'iMubrase Peut se soulever et bouillir.

Alors quelque |)éril honorait quelque audace ; Alors le fer sacré, plus promj)t que la menace, Cimentait dans le sang le dogme universel; Ou riiilei'dit vengeur, ce dieu tonnant de Rome,

i6S JOCELYN

Grondait sur le l)lasplième, arracliait l'homme à l'homme, Maudissait le pain et le sel!...

Mais aujourd'hui, grand Dieu! que la ville éternelle Voit ses mornes déserts s'élargir autour d'elle; Qu'en pleurs elle s'assoit, veuve, entre deux tombeau Que le vent seul, hélas! soulève sa poussière, Et que le Tibre nu voit tomber pierre à pierre Sa ville morte dans ses eau\ ;

Quand les martyrs du Christ, se levant de leurs tombes. Ont ramené deux fois son peuple aux catacombes. Et retrempé ses mains dans son sang répandu; Quand l'ire du Seigneur, rude, mais salutaire, A courbé du genou sa tète jusqu'à terre Pour redresser l'arc détendu;

Quand deux fois en dix ans les Gaulois, dans la poudre, Ont ])ar leurs cheveux blancs traîné ces dieux sans foudre, Et mis à nu le temple et l'autel à l'encan. Et que de ces vieillards, qu'outrage encor la haine. L'un mourut sans tombeau, l'autre possède à peine L'ombre courte du Vatican;

Quand le monde affranchi nage en paix dans son doute, Que la croix du clocher redescend sous la voûte, Et que, si nous venons pour })rier au saint lieu. On ferme à deux battants les portes de l'église,

NEUVIÈME ÉPOOLE 269

De })eur qiio dos soupirs l'éclio ne scandalise Ceux (jui crai^MU'ut l'onihi-e d'un Dieu;

De l'insulte à nos fronts lancer récunie ainèi'e. Ah! c'est noyer l'agneau dans le lait de sa mère, C'est fouetter l'innocent de son crime expié; La malédiction revient sur le prophète, Et le trait que l'injure a lancé sur sa tète Retombe et lui perce le pié !

Viens voir, jeune étranger, viens voir dans ma cabane Si mon luxe sacré brille d'un or profane : Tu n'y trouveras rien, dans son triste abandon, Qu'un bâton, un pain noir que le pauvre partage. Un livre que j'épelle aux enfants d un village, Un christ qui m'apprend le pardon I

Si pour vos soifs sans eau l'esprit de l'Évangile Est un baume enfermé dans un vase d'argile, Ilonnnes, sans le briser, ti'ansvasez la licpieur! Collez pieusement la lèvre à l'orilice, f]t recueillez les eaux de ce divin calice

Goutte à goutte dans votre cœur!

270 JOCEF.YN

Un meiuliaiit trouva dos médailles en terre; Dans une langue obscure on y lisait : « Mystère! » Méi)risant l'effigie, il jeta son trésor. « Insensé, lui dit-on, quelle erreur est la tienne! Qu'importe l'effigie ou j)rofane ou chrétienne? O mendiant, c'était de l'or! «

Valneige, S août 1801.

p]t j'instruis les enfants du village, et les heures Que je passe avec euv sont pour moi les meilleures ; Elles ouvrent le jour et terminent le soir. Oh! par un ciel d'été, qui n'aimerait à voir Cette école en plein champ où leur troupe est assise ? Il est deuv vieux noyers aux portes de l'église. Avec ses fondements en terre enracinés, Qui penchent leur feuillage et leurs troncs inclinés Sur un creux vert de mousse, où dans le cailloutage S'échappe en bouillonnant la source du village. De gros blocs de granit, que son onde ))olit, Blanchis par son écume, interronq)0!it son lit.

Sur ce tertre, glissant de colline en colline,

L'œil endurasse au matin l'hoi'izon qu'il domine,

Et regarde, à travers les branches de noyer,

Les lacs lointains l)leuii' et la j)laine ondoyer.

C'est là qu'aux jours sereins, rassend)lés tous, leur troupe

Selon l'âge et le sexe en désordre se grou})e :

Les uns au tronc de l'arbre adossés deux ou trois,

NEIIVIEIME EPOQUE

Los autres garnissant los niarclies (\c la croix ; Ceux-là sur les rameaux, ceuv-ei sur les racines Du noyer qui serpente au niveau des i-avines ; Ou(l(|ues-uiis sur la toiiihe et sur les tertres verts Dont les nioi'fs du pniitciiips sont <l(''|;i i"erou\ ci'ts, (loninic (les l)l('s ii()ii\caii\ j'c\ cj-dissaut sui' l'aire Où des épis battus ont germé dans la terre, dépendant, au milieu de ces (ils du hameau, Ma voix grave se mêle an iininnui'c de l'eau, l^endant (jue leurs brebis hiouteiit l'herbe nouvelle Sur la couche do^ morts; (pu; l'agile birondelle Rase les bords de l'onde, attrapant dans son \(jl T.'inserte qui se joue au ra\on sur le sol. Et (pie les passereaux, instruits pai' riiabitnde, Enhai'dis par leur calme et pai' leui' attitude, Entourent les enfants, et viemient sous leur main S'abattre et s'attrouper pour émietter leur pain.

Je me pénètre bien de ce sublime rolc Que sur ces cœurs d'enfants exerce ma parole ; Je me dis ((ue je vais doiuier à leur esprit L'immortel aliment dont r;mge se nourrit, La vérité, de l'homme incomplet béritage. Oui descend jiiscpi'a nous de image en nuage. Flambeau d'un jour |)lns pur, (pie les traditions Passent de mains en mains aux générations; One je suis un rayon de cette àme ('•ternelle Oui r(Mhau(re la terre et ((ui la renouvelle, J/('tincelle de j)ieu, (jui. hiillant a son tour. Dans la nuit de ces cd'urs doit allumer son jour ; •

Et, la inaiii sur leurs fronts baissés, je lui demande

De préparer iiioa cœur pour (pi'un Verbe y descende,

D'élever mon esprit à la simplicité

De ces esprits d'enfants, aube de vérité;

De mettre assez de jour })our eux dans mes paroles,

Et de me révéler ces claires paraboles

Où le Maître, abaissé jusqu'au sens des bumains,

Faisait toucber le ciel aux plus petites mains.

Puis je pense tout baut pour eux; le cercle écoute,

Et mon cœur dans leurs cœurs se verse goutte à goutte.

Je ne surcbarge pas leurs sens et leur esprit

Du stérile savoir dont l'orgueil se nourrit;

Bien plus que leur raison j'instruis leur conscience :

La nature et leurs yeux, c'est toute ma science.

Je leur ouvre ce livre, et leur montre en tout lieu

L'espérance de l'bomme et la bonté de Dieu

Pour leur enseigner Dieu, son culte et ses prodiges,

Je ne leur conte pas ces vulgaires prestiges

Qui, confondant l'erreur avec la vérité,

Font d'une foi céleste une crédulité.

Honte au Dieu trois fois saint prouvé par l'imposture!

Son témoin éternel, à nous, c'est sa nature;

Son témoin éternel, à nous, c'est sa raison!

Ses cieux sont assez clairs pour y lire son nom.

Avec eux cbaque jour je déchiffre et j'épelle De ce nom infini quelque lettre nouvelle : Je leur montre ce Dieu, tantôt, dans sa bonté. Mûrissant pour l'oiseau le grain qu'il a compté;

NEUVIEME EPOQUE 27'i

Tantôt, dans sa sagesse et tlaiis sa pi'ov idence, Gouvernant sa nature avec tant d'c'vidence; 'l'antôt... Mais aujourd luil ("était dans sa grandeur. La nuit tombait; des eieux la sonihre profondeur Laissait j)longer les \eux dans res|)ac(; sans voiles, Et dans l'air constellé compter les lits d'étoiles. Comme à l'ondjre du bord on voit sous des flots clairs La perle et le coi-ail brillci' au foiul des mers. <c Celles-ci, leur disais-je, avec le ciel sont nées; Leur rayon vient à nous sur des millions d'années! Des mondes, (pie peut seul peser l'esprit de Dieu, Elles sont les soleils, les centres, le milieu; L'océan de l'éther les absorbe en ses ondes Comme des grains de sable, et chacun de ces mondes Est lui-même un milieu pour de^ mondes pareils Ayant ainsi que nous leur lune et leurs soleils, Et voyant comme nous des firmaments sans terme S'élargir devant Dieu sans que rien le renferme!.. Celles-là, décrivant des cercles sans compas, Passèrent une nuit, ne repasseront pas.

Du firmament entier la page intarissable Ne renfermerait pas le cliiffre incalculable Des siècles qui seront écoulés jusqu'au jour Où leur orbite immense aura fermé son tour. Elles suivent la courbe où Dieu les a lancées ; L'homme, de son néant, les suit par ses pensées... Et ceci, mes enfants, suffit pour vous i)rouver Que l'hounne est un es[)rit. puiscpi'il peut s'élever, De ce point de poussière et des ombres humaines, Jusqu'à ces deux sans fond et ces grands phénomènes. I. 18

Car voyez, mesurez, interrogez vos corps ;

Pour monter à ces feux faites tous vos efforts!

Vos pieds ne peuvent pas vous porter sur ces ondes ;

Votre main ne peut pas touclier, peser ces mondes;

Dans les replis des cieux quand ils sont disparus.

Derrière leur rideau votre œil ne les voit plus ;

Nulle oreille n'entend sur la mer infinie

De leurs vagues d'étlier l'orageuse harmonie;

Le souffle de leur vol ne vient pas jusqu'à vous;

Sous le dais de la nuit ils vous semblent des clous.

Et l'homme cependant arpente cette voûte ;

D'avance, à l'avenir nous écrivons leur route;

Nous disons à celui cjui n'est pas encor né

Quel jour au point du ciel tel astre ramené

Viendra de sa lueur éclairer l'étendue.

Et rendre au firmament son étoile perdue.

Et qu'est-ce qui le sait? et qu'est-ce qui l'écrit?

Ce ne sont pas vos sens, enfants! c'est donc l'esprit!

C'est donc cette ame immense, infinie, immortelle.

Qui voit plus que l'étoile, et qui vivra plus qu'elle!...

« Ces sphères, dont l'éther est le bouillonnement.

Ont emprunté de Dieu leur premier mouvement.

Avez-vous calculé ])arfois dans vos j)ensées

La force de ce bras qui les a balancées?

Vous ramassez souvent dans la fronde ou la main

La noix du vieux noyer, le caillou du chemin;

Inipriniaiit votre effort au poignet qui les lance,

Vous mesurez, enfants, la forée et la distance :

L'une tombe à vos pieds, l'autre vole à cent pas, ■■

Et vous dites : « (le bras est j)lus fort ((ue mon bras ».

Eh bien! si pai" leui\s jets vous eoni[)arez vos frondes,

Qu'est-ce donc que la main (pii, lançant tous ces mondes,

Ces mondes dont l'esprit ne peut j)orter le [)oids.

Comme le jardinier qui sème aux champs ses pois,

Les fait fendre le vide et tourner sur eux-même

Par l'élan primitif sorti du bras suprême.

Aller et revenir, descendre et remonter

Pendant desteni|)s sans (in que lui seul sait com[)ter,

De l'espace et du poids et des siècles se joue.

Et fait qu'au firmament ces mille chars sans roue

Sont portés sans ornière et tournent sans essieu?

Courbons-nous, mes enfants, c'est la force de Dieu!...

« Maintenant, cherchez-vous quelle est l'intelligence Qui croise tous les fds de cette trame immense, Et les fait l'un vers l'autre à jamais graviter. Sans que dans leur orbite ils aillent se heurter? Enfants, (piand vous allez paître au loin vos génisses, Aux lianes de la montagne, au\ bords des précipices, Et (pi'assis sur un roc vous avez sous vos pas Ce lac bleu, comme un ciel qui se déploie en bas, Vous voyez quelquefois l'essaim des blanches voiles Disséminé sur l'eau comme au ciel les étoiles. De tous les j)oints du lac se détacher des bords. Sortir des golfes verts ou rentroi" dans les ports,

Ou, se groupant en cercle, avec la proue écrire

Des évolutions que le regard admire :

Et vous ne craignez pas, mes amis, cependant,

Que ces frêles esquifs, l'un l'autre s'abordant.

Se submergent sous l'onde, ou que leurs blanches ailes,

Se froissant dans leur vol, se déchirent entre elles;

Car, quoique sous la voile on ne distingue rien

Dans cet éloignement, pourtant vous savez bien

Que de chaque nacelle un pêcheur tient la rame,

Que chacun des bateaux a son œil et son ame

Qui gouverne à son gré sa course de la main,

Et lui ftiit discerner et choisir son chemin.

Eh bien! pour diriger sur l'eau cette famille,

S'il faut une pensée à la frêle coquille.

Ces mondes, que de Dieu l'effort seul peut brider,

N'en auraient-ils pas une aussi pour se guider ?

Ils en ont, mes enfants ! Dieu même est leur ])ilote :

C'est lui qui dans son ciel a fait cingler leur flotte;

Chacun de ces soleils, éclairé par son œil,

Sait sur ces océans son port ou son écueil ;

Tous ont reçu de lui le signal et la route.

Pour paraître à son heure, à leur point de sa voûte.

L'œuvre de chaque globe à son appel monté

Est de glorifier sa sainte volonté.

De suivre avec amour le sentier qu'il lui trace.

Et de refléter Dieu dans le temps et l'espace ;

Et tous, obéissant, de rayon en rayon.

Se transmettent son ordre et font luire son nom ;

Et sa gloire en jaillit de système en système.

Et tout ce qu'il a fait lui rend gloire de même;

NET VIKME ÊPOOIIE 277

Et, sans arception, son œil monte et descend De l'orbe des soleils aux chovoiix de l'enfant, Et jusqu'au battement de rinsensible artère De l'insecte qui ranq)e à vos pieds sur la terre!...

« Et ne vous troul)lez [)as devant cette grandeur; Ne craignez pas jamais que dans la profondeur Des êtres, dont la foule obscurcit la [)auplère, L'ond)re de ces grands corps vous cacbe sa lumière! Ne dites pas, enfants, comme d'autres ont dit : « Dieu ne me connaît pas, car je suis trop petit; « Dans sa création ma faiblesse me noie ; « Il voit trop d'univers pour que son œil me voie! »

— « E'aigle de la montagne un jour dit au soleil : ^

« Pourcjuoi luire plus bas que ce sommet vermeil?

« A quoi sert d'éclairer ces prés, ces gorges sombres,

« De salir tes rayons sur l'herbe dans ces ombres?

« La mousse imperceptible est indigne de toi!...

« — Oiseau, dit le soleil, viens et monte avec moi!... »

L'aigle, avec le rayon s'élevant dans la nue,

Vit la montagne fondre et baisser à sa vue;

Et, cpiand il eut atteint son horizon nouveau,

A son œ'il confondu tout jiarut de niveau,

« Eh bien ! dit le soleil, tu vois, oiseau superbe,

« Si pour moi la montagne est plus haute ([ue riierbe.

« Uien n'est grand ni petit devant mes yeux géants :

« La goutte d'eau me peint comme les océans;

« De tout ce cpii me voit je suis l'astre et la vie;

" Comme le cèdre altier l'herbe me glorifie;

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