‹ Jocelyn, épisode; journal trouvé chez un curé de villageChapitre 22 sur 28 · EU VI KM K KJMXUK · texte numérisé non relu

EU VI KM K KJMXUK

Et. lultaul .m-(lcssiis coiilrc ses t<nii-l)ill(Mis. Ali! |c 1rs î'ccoiiiiiis . (iciiv |);iu\ r<'S loiiiiccclles Dont la |)(tii(li'r j;Iac('T cinljai-fassait IfS ailes. (llKM'cliaiit a s ('•(•|ia|)|M'i- de c;- toiiiln au iik mi\ aiit . 'J"()uni()\ aient . s al)at taù.'iit ciiseiuMe sc^us le \eiil. j'appelai pal" leurs noiii.s ces oiscauv, nos smiiIjoIcs; 31ais lOurai^au de ^lacc em[)ortait mes paroles. Puis, sans penser ni voir, je desrendis en bas, Et connue si du plund> eut entraîné mes pas.

Vîiln(jif,'o, n()\cmbrc 1802.

Lciur SLK CNE l> \i,E ui: L.' Iniilatioii (le Jciiis-ChrUt.

Ouaud (!elui (pii voulut tout soullVir poiu' ses lr«jres Dans sa coupe sanglante eut \\i.\v nos misères, Il laissa dans le \ ase une âpre \()lu|)tc; Et cette mort du cœui" rpii jouit d elle-même. Cet avant-gont du ciel dans la douleur suprême, O mon Dieu, c'est ta volonté!

J'ai trouvé comme lui. dans l'entier sacrifice.

Cette j)erle cachée au fond de mon calice

Cette voi\ (jui b(''nit a tout |)ri\. en tout lieu.

Quand 1 honnne n'a plus rien en soi ((ui s'ap|)arlienne.

Quand de ta volonté ta grâce a fait la sienne. Le corps est homme et l'àme est Dieu!

Valneige, 19 mai i8o3.

Hélas! depuis six mois j'avais cessé d'écrire :

Mon ame chacpie jour de mille morts expire

Depuis que la misère et les contagions

Montent pour décimer ces hautes régions.

Qu'importait à mes yeux ce miroir de ma vie!

Mes yeux sont tout trempés des larmes cpie j'essuie;

Le loisir du matin ne va })as jusqu'au soir;

Je n'ai ni le désir ni l'heure de m'asseoir;

Le chevet des mourants est ma ])lace assidue.

A leur longue agonie un peu de paix rendue,

Le signe de la croix tenu devant leurs yeux.

Un serrement de main, un geste vers les cieux.

Les saints honneurs rendus à leur pauvre suaire,

C'est le seul bien, hélas! que je puisse leur faire.

Grâce à moi, sous leur chaume ils ne meurent pis seuls:

L'un après l'autre ils ont tous mes draps pour linceuls,

Et le sol, que mes mains ont creusé pour leur bière,

Ouvre à chacun son lit d'argile au cimetière.

Depuis deux ou trois jours cependant le fléau Commence à s'amortir dans mon pauvre hameau. Hélas ! il était temps ! Que de toits sans fumées ! Que de champs sans semence et de portes fermées ! A la ville, au contraire, il s'accroît tous les jours.

NEMVIKMK EPOQUE 'mj()

Les paiurcs (|iril clioisit v iiiciirciit sans secours;

Los hnpitauv sont pleins d iuliniies (ju il entasse,

Et les nioi'ts aux mourants ne font pas assez place;

l^'s temples trop étroits sont encombrés; leur seuil

Des cadavres pressés repousse le cercueil ;

Le bras des fossoyeurs à bêcher se fatigue :

Une j)lace au sépulcre est un don ({ue l'on brigue.

Les morts vont au tondx'au par inuuenses convois,

On jxMU' mille cercueils ne marche (ju'une croix.

L;i po[)ulation se jette aux gémonies;

ivcs prêtres décimés manq-uent aux agonies :

Ils tracent aux mourants les sentiers du tombeau.

Et, comme le [)asteur marche après le troupeau.

Les y mènent le soir, le lendemain les suivent.

A peine jusqu'ici trois ou quatre survivent,

Et, ])our les assister dans leur pieux devoir,

Je descende chaque jour et reviens chaque soir.

Oh! que mon pied court vite au chemin de la tombe !

Quelle grâce d'en haut, mon Dieu, si je succombe;

Si moi, qui donnerais [)our rien mes jours flétris,

Pour nu3S frères sauvés vous leur donniez un prix!

Oh ! pour rendre, Seigneur, un époux à la fennne,

Une mère à l'enfant, prenez ame pour ame !

:^o«. JOCKI.YX

Viiliu'igo, 1(3 (Icccnibrc i8oj.

Ce soir, je reiiioiitais })()iii' (lescciidi'c deiuaiii. Le cœur saignant, les pieds tout meurtris du eheniiii, L'esprit anéanti du j^oids de leur misère. Comme Jésus montant sous la croix son Calvaire: Je récitais tout bas les psaumes consacrés Pour les âmes de ceux que j'avais enterrés. La nuit enveloppait les muettes campagnes : Seulement, en montant, les crêtes des montagnes, Que la lune tardive allait bientôt franchir. D'une écume de jour commençaient à blanchir. Elle ])arut enfin, comme un charbon de braise Ou'o:i tire avant le jour du creux de la fournaise, Et, glissant sur la pente en ruisseau de clarté, M'éclaira mon sentier de tout autre écarté. Dur sentier suspendu sur le bord des abîmes. S'enfonçant dans la gorge et remontant les cimes, Puis enfin contournant la pente du rocher, Allant avec mes yeux aboutir au clocher.

.]'avais monté longtemps: mon front à large goutte

Jvuisselait de sueur découlant sur la route.

Onand je fus à peu j^rès à moitié du chemin.

A l'endroit du sentier coupé par le ravin.

Sur larche du vieux pont. oi\ le torrent dégorge.

Oui joint un boi'd à l'autre au creux noir de la gorge,

Sur \v \nfd de la croix, qui s'élève au milieu.

NETMIKMK Ki'OOUE 3oi

Je m'assis un iiioiiioiit pour i'ts|)ircr un |)«.-u.

Uu silence complet eiidoiMiiait hi uahn-c;

Le toi'pent desséclié s'('»t<'ii(lail sans muruuire;

•le (•()ni|)tais les rodici's de sou lit peu ijroloiid,

Pai- la liuic haiijiK'S. hlaiichissauts jus(pi'au iond ;

Va daus 1 ail' de la iniit. saus haleine et sans voiles,

On aui-ait entendu |)alpiter les étoiles.

Je lus tiré du sein de nui réflexion

Par uu étraui^e bruit de respiration ;

.rf'coutai : ("('■tait bien luie p('nil)le haleine

(hii sortait, sous le pont, dune poitrine humaine,

Va quau fond du ravin, de moment en moment,

Entrecoupait un lailjle et sourd gémissement.

Je refuse un instant le souffle à ma poitrine;

A.U bas du j)arapet, l'œil tendu, je m'incline;

Je i'ej.;arde. jap[)elle, et rien ne me l'épond.

Pai' le lit du torrent je descends sous le pont.

La lune en inondait l'arche basse et profonde,

Ôii ses rayons tremblaient sur le sable au lien d'onde.

Et. jM'pandant assez de jour ])oui' l'éclairer.

Laissaient Id'il et les |)as lil)res d'y pénétrer.

Des ronces et des joncs écartant quelque tige.

J'entrai d'nn pas tremblant sous cette .irche. Oue vis-je;

Un jeiuie homme, le corps sur le sable étendu,

Le frisson de la mort sur sa |)eau répandu.

Sans regard et sans voix, le bras sur (piehpie chose

De long, d'étroit, de blanc, (pii pr("'S de lui re|)ose,

Et ({ue, dans son instinct, sa main, ouvei'te encor,

Semblait contre son cœur j)resse!' comme un trésor.

Je recule d'un pas, la j)iti('' me rapproche.

Recueillant un peu d'eau dans le creux d'une roche,

J'en baigne avec la main son front évanoui :

Il rouvre un œil mourant, par la lune ébloui,

Jette un regard confus sur mon habit, regarde

Si rien n'a déplacé le long fardeau qu'il garde,

Cherche en vain dans sa voix un mot pour me bénir,

Se met sur son séant, et ne peut s'y tenir...

Je lui fis avec peine avaler une goutte

Dun flacon de vin vieux que j'avais pour ma route;

Et quand il eut repris ses forces à demi :

« Que faites-vous ici, lui dis-je, mon ami,

Sous cette arche, à cette heure? Etes-vous un couj)able

Que son crime poursuit ? ou quelque misérable

Qui, n'ayant plus de toit pour abriter son front

Pendant les nuits d'hiver, se cache sous le pont?

Coupnble ou malheureux, vous n'avez rien à taire :

Pardonner, soulager, c'est tout mon ministère;

Je suis l'œil et la main et l'oreille de Dieu,

Sa providence à tous, le curé de ce lieu. »

Un éclair, à ce nom, parcourut son visage;

Il joignit ses deux mains : « Le curé du village?

Vous! vous! s'écria-t-il. Ne me trompez-vous pas?

Ah! c'est Dieu qui nous a jetés là sous vos pas;

O bon Samaritain, c'est lui qui vous envoie!

Arriver jusqu'à vous, puis mourir avec joie!

■ — Qu'attendez-vous de moi? lui dis-je. — - Hélas! voyez,

Voyez ce qu'en tombant je dépose à vos pieds! »

Et, retirant son corps, qui })rojetait une ombre

Sur le côté de l'arche et du fardeau plus sombre,

Je vis sur la poussière un grand coffre de bois :

NEUVIÈME EPOQUE 3o3

Un lamheui de lin blanc en couvrait les parois;

Une croix de drap noir, jx-tite, ina[)erçue,

Du côté le plus large au lin était cousue;

Une image de sainte au bas, avec des lis,

Comme le pauvre peu})le en suspend à ses lits;

Un rameau de buis sec ; plus haut une couronne

De ces fleurs de papier qu'aux fiançailles l'on donne,

Que tresse un (il de cuivre aux ori[)eaux: d'argent,

Pauvre luxe fané de l'amour indigent!

A ces signes, hélas! si présents à mon ame.

Je reconnus soudain le cercueil d'une femme.

« Malheureux! m"écriai-je en un premier traiis[)ort,

Parlez, que faisiez-vous ? Profaniez-vous la mort?

^ (Hiliez-vous dérober au tombeau son mystère?

Osiez-vous disputer sa dépouille à la terre? »

Son front, à ce soupçon, se redressa d'horreur;

Il joignit ses deux mains sur le corps : « Ali! monsieur!

Moi profaner la mort et dépouiller la tombe!

Ali! si, depuis deux jours, sous ce j)oids je succombe.

C'est pour n'avoir pas pu des vivants obtenir

Une main de l'autel qui voulût la bénir,

Une prière à part, h('las ! pour sa pauvre ame!

Cette bière est à moi, cette morte est ma femme!

— Expliquez-vous, lui dis-je, et sur ce cher linceul.

S'il est vrai, mon enfant, vous ne prierez pas seul;

Mes larmes tomberont du cœur avec les vôtres ;

Je n'en ai plus pour moi, mais j'en ai pour les autres. »

Je m'assis près du corps, dans le lit du torrent.

^a\ .lOCELYN

« .l'étais, inonsieui', dit-il, nu jiauyro tissorand.

A celle que j'aimais marié de bonne heure.

De travail et d'espoir, dans notre humble demeure,

Nous vivions ; nos amours avaient été bénis

D'un enfant de trois ans, vienne la Saint-Denis.

Que nous étions heureux tous trois, toujours ensemble,

Autour de ce métier où la tache rassemble!

Que de chants, de regards, de sourires d'amour,

Sur la trame, entre nous, s'échangeaient tout le jour :

Ma femme, à mes côtés, travaillant à l'aiguille,

Me passaut la navette, et la petite fille.

De mon métier déjà comprenant les outils,

Garnissant les fuseaux ou dévidant les fils!

Et le soir, quand le lin reposait sur la trame,

Quel plaisir de nous voir assis, avec ma femme,

Auprès de la fenêtre, où quelques pots de fleurs.

D'iris, de réséda, nous répandaient l'odeur,

Regarder en repos le soleil qui se couche.

De ses longs rayons d'or jouant sur notre couche;

Manger sur nos genoux nos fruits et notre pain,

Nous agacer du coude ou nous prendre la main,

Pendant que l'un de nous, de son pied qu'il soulève.

Berçait dans son berceau l'enfant riant d'un rêve!

Ali! monsieur, il me semble encor que je les vois!

Cette image me tue et me coupe la voix.

Le travail allait bien alors ; chaque semaine

Le salaire assidu suffisait à la peine;

La toile ne manquait jamais sur le métier.

Et nous pouvions manger notre pain tout entier :

Nous n'avions au bon Dieu que des grâces à rendre.

A-Ussi, ([lie le l)()uh('ur rond la prière tendre!

Et combien dans nos }eu\ do larmes de bonheur

De ses dons tous les soirs rendaient grâce au vSeigneur!

H('Ias! ce temps lui court; Dieu, du fond de l'abîme,

Fit soulllci' dans les airs le mal (jui nous décime;

\os \oisins tour à loui' succ()ud)ai('iit à ses coups,

Et d'(''taj;(' eu ('tagc il monta jus((u a nous.

llcspiraut la première une fièvre brûlante,

(lomme un tendre l)oui-geon (jui gèle avant la plante,

Notre enfant entre nous mourut en un clin d'œil.

Je vendis sa croix d'or pour avoir un cercueil;

Sa mère de ses mains lui mit sa robe hlauche,

Ea para pour la mort comme [)our un dimanche,

¥A, la couvrant cent lois de l)aisers et de ])leurs,

Joiuhant ses beaux pieds joints des débris de nos fleurs.

De son dernier bijou lui fit le sacrifice.

Pour que, comme aux gran(Ls morts, on lui lit un service,

Moi-même, dépouillant mon unique trésor,

Arrachant de mon doigt, hélas! mon anneau d'or,

J'aciietai du gardien de la funèbre enceinte

La fosse de trois })ieds creusée en terre sainte!...

« Le mal dans la maison une fois introduit.

Ma femme entre mes bras mourut la même nuit.

Sans or, sans médecin, sans piètre, sans remède.

Je ne j)us quappelei' tous les saints à son aide,

H(''(hau{rei' SCS j)ieds froids, de mon coï'[)s, dans mes bras,

La disputer longtemps, souffle à souffle, au trépas.

Souvent, dans cette nuit de l'angoisse mortelle,

En me serrant la maiii : « Promets-moi, me dit-elle,

3o6 .TOCELYN

« Que tu ne laisseras jamais jeter mon corps

« Sans bière et sans tombeau dans le fossé des morts ;

« Mais que tu feras faire un service à l'église,

« Pour que plus vite au ciel notre ange nous conduise,

« Et que, plus près de Dieu, pour toi priant là-haut,

« Nous puissions à nous deux te rappeler plus tôt ! »

Je lui promis, mon père; et, sur cette promesse,

Son Ame s'en alla tout heureuse en caresse.

Hélas! je promettais, je croyais obtenir

Plus qu'en ces jours si durs je ne pouvais tenir.

Par la long^ue misère ou ])ar la maladie

La charité publique était tout attiédie.

.le cherchai vainement, ])armi nos froids amis,

De quoi faire accomplir ce que j'avais promis :

Des planches, un linceul et des clous poiu' la bière,

Une messe à son ame, un coin au cimetière!...

« Je revins morne et seul près du cierge m'asseoir, Le regardant brûler d'un œil de désespoir. Quand il fut consumé, dans un transport féroce, Je lui fis un linceul de sa robe de noce; J'arrachai, je clouai les planches de son lit; Dans ce cercueil d'amour ma main l'ensevelit; Puis, attendant cette heure où dans la matinée Au service des morts la messe est destinée. Et rliai'geant sur mou dos ce cher et sacré poids, JaUai pi-cudre mou rang, seul, au bout des convois Mais, (le tous les ([uartiers éloignés de la ville, Les tond3ereau\ venaient s'encombrer à la lile. Hélas! et dans leur mort, comme de leur vivant.

>'EUV1EME EPOQUE 807

Les plus riches, monsieur, passaient encore devant. Repoussé le dernier, toujours de bière en bière, Courbé sous mon fardeau, je me traînais derrière; L'église était déjà remplie, et le cercueil. Sans cortège et sans pleurs, fut repoussé du seuil.

« Deux jours entiers, monsieur, d'églises en églises.

Je tentai d'obtenir les prières promises.

Ou de sui'[)rondrc au moins, saintement importun,

La bénédiction que l'on donne en commun;

Et deux jours, meiuliaut en \ain la sf'pvilture,

Dans la chambre sans lit, sans feu, sans nourriture,

Je rapportai })his lourd mon fardeau de douleur....

Enfin, Dieu me fit naître une pensée au cœur.

« Allons, dis-je en moi-même, à la montagne; un i)i'ètre

« Là-haut par charité la recevra peut-être,

« Et, prenant en pitié ma misère et mon vœu,

« Lui bénira gratis sa terre an champ de Dieu. »

« Je repris sur mon dos ma charge raffermie; Je sortis dans la nuit de la ville endormie, Comme un voleur furtif, tremblant au moindre bruit, Par l'ange de ma femme à mon insu conduit, M'enfonçant au hasard dans la gorge inconnue, jNIe guidant sui' le son des cloches dans la nue, Sous le poids de mon âme et de trois jours de mort PHant à chaque pas, succondjant sous l'effort. Me relevant un peu, me traînant sous la bicre, Les genoux et les mains déchirés j)ar la pierre. Enfin, sentant le cœur me défaillir ici,

3o8 JOCELYN

Et craignant (ju'avaiit riiciirc où l'aii' est éclaircî Le pied du voyageur nous heurtât dans sa marche, J'ai tiré mon fardeau sous l'abri de cette arche. Déjà mort, à vos soins mon regard s'est rouvert, La grâce du Seigneur à vous m'a découvert!... "

« O mon frère, hii dis-je. o modèle de l'honnnc!...

De quelque nom obscur que la terre vous non'jme,

Oh! quelle charité ne rougit devant vous!

Ah! sous tant de fléaux qui s'acharnent sur nous.

Quand l'honmie que l'on jette et traîne sur la claie

N'est plus qu'un vil fumier qu'un fossoyeur balaie,

A cpii la terre môme a fermé le tombeau.

Pinu' le cœur contrlsté, qu'il est doux, qu'il est beau

De voir l'humanité, dans une classe obscure,

Par de semblables traits révéler sa nature.

Conserver à la mort tant de fidélité,

Ne voir dans le cercueil que l'immortalité!

Et condjien on est fier, dans ce poids de misère.

D'être homme avec cet homme et de le nommer frère,'

Ah! venez avec moi, courage! levez-vous!

L'ange de vos amours marchera devant nous ;

A la terre de Dieu je porterai moi-même

Ce corps, dont l'àme au ciel vous regarde et vous aime

Je creuserai sa fosse à 1 ombre du Seigneur;

Je fei'al ])our ses os connue pour une sœur.

Mais, ô moîi cher enfant, consolez-vous, son àme

N'a pas besoin là-haut (pie ma voix la réchime;

.\EU\ IKMi: KPOQIIE 809

Aiiv regards de (Icliu (jii un soupir satisfait, Quelle prière vaut ce cjue vous a\(/ lait? Ouel oflice, n mou fils, (jue cette nuit inoi'telle, Cette i"oute. ee sang, cette sueui' pour elle! Ah! dans son saint trésor J3ieu n a jamais compté De tribut qui vers lui plus suave ait monté! Venez, nous navons plus (ju'à la rendi*e a la terre. J.a nuit baisse, et le jour — Caclions-lui ce mvstère. « Et prenant un côté du cercueil sous mon bras, Le jeune homme pi-it l'autre; et, mesurant nos pas, Par ces rudes sentiers lentement nous montâmes. Nos mend)res fléchissants s'appu\ aient sur nos àmes; Nos deuv fronts iuondaicnit le cercueil de sueur; Et le matin jetait sa premièi'e lueur, (hiaud sur le seuil di'sert de l'église fernu-e .le l'emis le mourant <t sa (h''|)onille aim^'-e. JOrnai secrètement I autel, sans i-(''\eiller Mai'the. reniant de elneur. ni le \ieu\ mai-i^uillier ; .le c(''lébrai du joui' le solennel ser\ ice ; Des morts dans le Seigneur, seid, je chantai l'oflice, Et la \oi\ de ré|)OU\, du seuil du saint enclos, \u\ |)saumes de la mort répondait en sanglots. JHiis, creusant de mes mains la fosse au cimetière. J'v descendis, pleurant, pour \ coucher la bière. J'v jetai le j)remier la terre; et puis réj)Oux; Ma pelle referma la couche eu |)eu de coups, Et la cr(»i\ sui'monta le lit du dernier sonnne. Ouand tout fut accomj)li. I infortuné jeune homme, Triom|)hant dans ses pleurs, s'assit sur le tombeau, Comme un homme ai'i"iv('; s'assoit sur son fardeau.

3io JOCELYN

Valneige, 27 décembre i8o3.

II est mort ce matin. Oh! paix à sa pauvre âme!

Je rouvrirai pour lui la couche où dort sa femme.

28 décembre, de soa Ht.

Au lit mystérieux que renferme la mort, Heureux l'œil qui se clôt et le front qui s'endort Sur l'oreiller divin d'une sainte espérance! O sommeil! ô réveil ! ô ma mère! o Laurence! Le moment tant prié serait-il donc venu?

Je me sens un besoin de repos inconnu, Un voile sur mes yeux, des ombres dans ma chambre, Des ailes dans le cœur, du plomb dans chaque membre. D'un œil plus attendri mon chien lèche ma main; Prévoirait-il ma mort?... Ah! si c'était demain!...

(Le journnl, interrompu i)ar une m;il;idie longue et douloureuse, ne fut jamais repris.)

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