‹ Johannès BrahmsChapitre 25 sur 39 · ŒUVRE II · texte numérisé non relu

ŒUVRE II

Son harmonie est pleine, très riche, neuve sans recherche trop apparente ; son orchestration, sonore, très étoffée, moins chargée pourtant que celle de Schumann ; il y circule plus d’air. Certes, je ne dis pas que l’œuvre soit parfaite ; il s'en faut d'assez loin. Les thèmes ne s'imposent pas à l'oreille (r),la matière n’est pas toujours de premier choix, ni l’enchaînement très naturel ; il y a, dans leur succession, des cahots, des secousses de rythmes. Enfin, la construction générale est parfois mal ordonnée. Exemple: 1’A/legro giocoso, qui sépare l’Andante du dernier morceau, a toute l'allure d’un finale: à la tonalité près, l’on pourrait s’y tromper ; et, quand le vrai Finale arrive, il a l’air de faire double emploi. Mais cet Andante est une page mélodique vraiment géniale, toute vibrante de tendresse et d’émotion contenue. Le plan du dernier morceau a dérouté pas mal de gens ; c’est pourtant celui de la célèbre Passacacha de Bach; mais il faudrait la connaître. Avec cela, malgré ses défauts, sa lourdeur, ses oublis de goût, ses incartades, Brahms m'attache autrement que l’impeccable Mendelssohn, tout en façade. $i j'avais à décerner le prix, je me verrais forcé, sans doute, de couronner la Symphonie écossaise ; mais je me ferais rejouer la Symphonie en mt mineur. »

En présentant chronologiquement les symphonies de Brahms aux concerts du Châtelet, dès le début de la saison musicale 1902-1903, M. Edouard Colonne, qui avait été cependant le dernier parmi les chefs d'orchestre de Paris à inscrire les œuvres du maître de Hambourg sur ses programmes, avait compris que l'heure était venue de Îles mettre en relief. I/intelligente et vibrante interprétation

(1) Les commentateurs des Symphonies de Schumann, à leur apparition, avançaient également ce paradoxe.

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