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qu'il a donnée des quatre symphonies amena un revirement très marqué dans l’opinion de la foule , et le succès fut incontestable.
Entre les deux Sérénades et les deux premières Symphonies figurent les Variations sur un thème de ]. Haydn (op. 56), parues en l’année 1874. Elles avaient été composées dans l’été de 1873 à Tutzing, jolie localité, peuplée de villas, surles bords du Starnberg-See, dans la région de Munich, et furent exécutées pour la première fois à Vienne, le 2 novembre de la même année. En présentant ces variations pour orchestre, complètement séparées, Brahms faisait acte d'innovation, puisque ses prédécesseurs, même les plus illustres, n’en avaient jamais écrit que pour les faire intervenir comme intermèdes ou épisodes dans telle œuvre symphonique où dans tel morceau de musique de chambre. Il rendait encore une fois de plus hommage au vieux maître Haydn, dont les compositions l’avaient toujours séduit, en traitant orchestralement un motif qui n’est autre que l’Andante d’un divertissement écrit pour instruments à vent par l’auteur des Saisons. De la phrase à cinq mesures dont se compose le thème, Brahms a tiré un parti merveilleux en faisant de chaque variation un petit tableau de genre, auquel le coloris orchestral ajoute une saveur particulière,et en donnant à l’œuvre une conclusion vraiment triomphale.
De l’Ouverture de fête académique (op. 80), écrite par Brahms en manière de remerciements à l’Université de Breslau, pour sa nomination de docteur phil. hon. c., dont le motif principal a une analogie assez directe avec le début de l’Andante de la Troisième Symphonie et de l’'Ouverture tragique (op. 81), publiées toutes les deux dans le cours de
l’année 1881, on peut dire que ce sont des pages qui se
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distinguent, par une architecture classique et solide, une tenue majestueuse et, en même temps, par un art très nouveau de la modulation et des développements. Bien qu'elles n'aient point été écrites dans le but de peindre tel ou tel sentiment dramatique déterminé, on pourrait les rapprocher des grandioses ouvertures de Beethoven, qui s appellent Fidelio et Coriolan.
Les Danses hongroises ont fait émerger, au début, le nom de Brahms. Que de personnes qui font profession de connaître les compositions du maître, n'ont jamais entendu ou joué que ces fameuses Danses hongroises, et ne peuvent avoir aucune idée de l'originalité et de la grandeur de son œuvre ! Ce fut pour lui une récréation,de transcrire d’abord pour le piano ces thèmes nationaux émanant de divers compositeurs hongrois, pour lesquels il s'était fortement épris, dès son arrivée à Vienne. La transcription, par Brahms, de ces mélodies pour le clavier est fort intéressante, tant au point de vue de la couleur exotique que des rythmes étincelants. Mais, n'étant point création personnelle, l'ouvrage ne porte pas de numéro d'œuvre. Elles eurent un sivif succès, que le maître arrangea les prenières pour orchestre ; c’est à ce titre qu'elles figurent dons le catalogue des œuvres symphoniques.
XV. LES GRANDES COMPOSITIONS VOCALES : LE REQUIEM ALLEMAND — RINALDO — NAENIE — CHANT DES PARQUES — LES VALSES CHANTÉES.
C’est en parcourant, après les compositions orchestrales, les belles œuvres écrites par Johannès Brahms, pour soli, chœur et orchestre que se vérifie la justesse de l’observation de Schumann, lorsqu'il avançait que le jeune artiste cueillerait de nombreux lauriers le jour, où il ferait intervenir les masses chorales. Dans le cycle de ses créations, où l’ensemble des soli et des chœurs vient renforcer l’orchestre, 11 faut placer en première ligne le Requiem allemand, Rinaldo, les Chants du destin, le Triumphlhed, Naenie et le Chant des Parques, d'après Gœthe.
Robert Schumann, qui n'était pas un religieux, dans l’acception la plus complète que comporte le mot, et qui estimait que la Bible, Shakespeare et Gœthe étaient su!fisants, lorsqu'on s'était bien pénétré de leurs maximes, écrivait, le 13 janvier 1852, à son ami Strackerjean : « Consacrer des inspirations à la musique religieuse devrait être le but le plus élevé de l'artiste. Mais, pendant la jeunesse, notre cœur a des racines trop profondes dans les joies et les souffrances terrestres ; c’est seulement à l’âge mûr que les rameaux peuvent s'élever vers le ciel. C’est pourquoi je pense que ce temps viendra pour moi. »Il composa en effet, en 1852, c’est-à-dire quatre ans avant sa mort, une Messe et un Requiem. Brahms, lui, n’attendit pas l’âge
mûr pour aborder la musique religieuse. Avant le Requiem allemand, 11 avait déjà fait plusieurs essais dans ce genre, et le premier fut un petit Ave Maria (op. 12), pour voix de femmes, qu'il écrivit à l’âge de vingt-huit ans. Puis se succédèrent le Chant des morts (opus 13) pour chœur et instruments à vent, les Marienlieder (op. 22), le 23° Psaume (op. 27), pour voix de femmes à trois parties, avec accompagnement d'orgue, les Mofets (op. 29), pour chœur à cinq parties sans accompagnement, le Gessthiches Lied de P. Flemming (op. 30), pour chœur mixte à quatre voix, et enfin les Chœurs religieux (0op.37), pour voix de femmes.
Dans toutes ces œuvres, le maître de Hambourg a su allier les formes les plus sévères au charme qui se dégage des ressources de l'harmonie moderne. Il leur a imprimé une note très personnelle, très suggestive ; il était préparé à ces travaux semi-religieux par les études empreintes de gravité auxquelles il s'était livré avec passion dès la prime jeunesse, et qui devaient le conduire au but le plus élevé de l’art musical. Il est utile d'ajouter que ces compositions n’ont point été conçues par l’auteur dans le but d'être exécutées à l’église. Quelques-unes, notamment les Marienlhieder, ne sont que la traduction, aussi fidèle que possible, du texte de ces antiques chansons pieuses qui font songer aux madones de Memling, de Van Eyck; elles en donnent le sens intime, dégagé de tout caractère liturgique.
Le Requiem a été composé, non sur des paroles latines, mais sur des paroles allemandes, d’où son nom de Requiem allemand. Ce n’est plus le sombre Dies 1ræ des offices catholiques, qui a inspiré tour à tour les maîtres, qu'ils se nomment Mozart, Cherubini, Schumann, Berlioz, F. Kiel, Verdi. Tous, bien que de tendances ou d'écoles absolument opposées, ont serré de près le texte liturgique. L'œuvre