PRÉFACE XIII
A la premièreaudition de je nesais plus quelle symphonie de Brahms, je fus frappé davantage de ce qu'il y a d'un peu artificiel et voulu dans sa musique. Technique de premier ordre, harmonie riche, instrumentation hors ligne, très supévieure à l’instrumentation terne et sans perspective de Schumann. Mais le sens de ces timbres, mais le but de ces motifs m'échappait. Un phénomène singulier, dont je suis loin de vouloir faire une règle pour les autres et qui dépend d'une particularité de ma nature, m'a parfois servi de pierre de touche pour la musique instrumentale. J'imagine que les musiciens de profession trouveront ce diapason ridicule et j'ignore Sa valeur ; mans 1l est pour mor la source des émohons les plus merveilleuses, et m'a fait comprendre dans une certaine mesure le phénomène de l’extase. Lorsque la musique instrumentale m'émeut, elle crée en mot une succession d'images lumineuses qui sont en général de la plus idéale beauté, et cela sans le concours de ma volonté, d'une manière 1mmédiate, impétueuse, envahssante. Des paysages défilent, des figures humaines surgerssent, des scènes dyamatiques se déroulent comme au coup d'une baguette magique. La fantasmagorie mouvante et animée dure autant que l'émotion. Quand celle-ci faiblit ou cesse, les images se brouillent et disparaissent. Eh bien, en écoutant les symphonies de Brahms, je me trouvais en présence d'un édifice harmonique construit selon toutes les règles, admirable sans doute, mais je n'étais pas ému, et je ne voyais rien. Cela me semblait de la musique abstraite.
Quand je faisais part d'impressions analogues à mon ami Hugues Imbert, je voyais une ombre passer sur son front serein et un chagrin profond, une sorte d'angoisse obscurcir son œil si limpide et si bon. Alors, comprenant
que je l'afffigears, et me sentant d'ailleurs un profane, je 4*
me taisais et le laissais me réfuter victorieusement. On trouvera dans ce beau livre ses arguments judicieux et sa défense éloquente de Brahms symphoniste.
Mais je ne veux pas trop me calommier, car, j'eus, à propos de Brahms une sorte de révélation. Imbert l'eñût appelée volontiers mon chemin de Damas, et je l'appellerais mormême de ce nom, Si la foi entière l’eñt suivie. Elle m'inspira du moins pour ce maître discuté le respect et l'admirahon. Le 24 mars 18071, la société de chant 1, Euterpe, fondée et dirigée par M. Duteil d'Ozanne, exécutait dans la chapelle de Versailles le Requiem allemand. La parhe de soprano était tenue par la voix exquise et suave de Mme Lowse O, celle-là même à qui je dois d’avoir compris les plus beaux Lieder de Schumann et de Brahms. Les autres soli, l'orchestre
et les chœurs furent excellents, la direction parfaite. J'eus le
sentiment de quelque chose de très haut et de très pur.C'étant le sérieux et presque la profondeur de Bach, dans une gravité et une mélancolie propres à l'auteur et au géme douloureux du XIXe siècle. Plus tard, Imbert me fit entendre, chez un am commun, un quinteite et un sextuor de Brahms, remarquablement exécutés par le quatuor Parent et quelques autres musiciens de choix. Lui-même faisait la partie du second violon — avec quelle ferveur et quelle conviction ! Si les symphonies n'avaient laissé froid, le quinteite et le sextuor me remuèrent et me secouèrent diversement. La musique de chambre convient mieux à l'intimité et à l'intériorité de PBraluns que la grande symphome.Celle-cr exige un inspiré, un prophète, un héros parlant au peuple. Dans la première, 1l nous suffit qu'une âme originale nous ouvre ses arcanes par la magie des sons.
Brahms ne cessera pas d'occuper une place d'élite parmi Les musiciens de la vie intérieure. Il m'est impossible cepen-
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