‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 12 sur 50 · W. VIE · texte numérisé non relu

W. VIE

nière la plus péremptoire le rôle que joua dans sa vie d'artiste l'étude des œuvres de Weber. Ce fut l'audition de Freyschutz qui lui inspira pour la musique une passion si exaltée. Mozart, au contraire, ne lui plut pas tout d'abord. Il raconte que, lorsque, à Dresde il voyait passer Weber devant sa demeure, il le considérait toujours avec un effroi sacré. Quand il composa son premier opéra romantique, ce fut Weber qui lui servit de modèle. En 1844, il fit la propagande la plus active pour obtenir le retour, de Londres à Dresde, des restes mortels de Charles-Marie de Weber, et composa, lors de cette translation,la Marche funèbre, dont il puisa les motifs dans Euryanthe, Dans le discours qu'il prononça sur sa tombe, il sut faire ressortir qu'il ne fut jamais au monde un musicien plus allemand que lui. Il ne fit aucime allusion à Beethoven.

Loin de nous cependant, la pensée de faire croire que Richard Wagner ne ressentit pas une profonde admiration pour l'immortel auteur de la Neuvième Symphonie ; mais les sommets qu'avaient atteints Beethoven dans la musique symphonique lui causèrent de l'épouvante, du vertige, et, finalement, le détournèrent de le suivre sur le même terrain. Il l'avoue lui-même dans son « Esquisse autobiographique »: «Je renonçai à mon modèle Beethoven : sa dernière symphonie, conclusion d'une grande époque artistique, me parut être la clef d'une voûte au-dessus de laquelle personne ne pouvait s'élever, et à l'abri de laquelle personne ne pouvait obtenir l'indépendance. »

Ce que nous voulons prouver et ce que nous croyons avoir démontré, c'est que Weber fut l'initiateur de Wagner dans l'art musical, son principal modèle, son auteur préféré.

Brahms, lui, est passé maître dans la symphonie, dans la musique purement instrumentale. Plante de la même

famille que ks Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, \^ Schiunann, il a été , plus qu'aucun autre, le continuateur de Beethoven. Les similitudes surgissent à chaque page de ses œuvres, notamment à partir de Topus ii, La sérénade en ré pour orchestre. Dans les symphonies, dans les sextuors et quatuors pour instruments à cordes, on retrouve entièrement la donnée Beethovenienne, c'est-à-dire la \ richesse de la mélodie imie à l'art le plus parfait des modulations, les accents d'énergie et de sombre passion qui ' caractérisent la dernière manière du maître.

Un critique très compétent en Allemagne, M. Hermann Deiters, en une étude très approfondie sur Brahms, fait ressortir cette parenté avec Beethoven :

« Seul, parmi les artistes de ce siècle, Brahms a des points de ressemblance avec Beethoven, aussi bien par son style que par les formes qu'il donne à ses créations, et par sa facture. C'est en marchant dans la voie tracée par Beethoven que Brahms, égal à ce grand maître, par les dons de la naissance, poursuit le but auquel aspire l'artiste véritable. »

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